Cela peut paraître bizarre, mais il existe aujourd’hui des entreprises de plus de 250 salariés dans lesquelles les patrons (président ou Dg) ne prennent jamais la parole au sens premier du terme. Ce qu’ont répondu 29 % des 1000 salariés interrogés par Harris Interactive pour Meanings dans le cadre d’une étude sur les prises de parole en entreprise. Plus « drôle », ils sont encore plus nombreux, 40 %, à signaler le même mutisme de la part des responsables… de la communication ! En même temps, la discrétion de ces derniers s’explique : « Les responsables de la communication, tout comme ceux des RH ne sont pas considérés, contrairement aux syndicats, aux supérieurs directs ou aux collègues, rappelle Bruno Scaramuzzino, directeur de Meanings. Leur parole est jugée trop téléguidée. En revanche, la parole du chef est attendue. Il existe un déséquilibre entre ce qui se passe et ce qui est souhaité. » Sur les points abordés, là encore les attentes sont fortes et souvent inassouvies.
Si les thèmes relatifs à la stratégie d’entreprise ou au développement commercial sont correctement abordés, tous ceux qui concernent les RH manquent à l’appel. « L’entreprise sait parler d’elle-même, mais elle ne sait plus parler des gens qui la compose et des sujets qui les concernent directement comme les conditions de travail, l’évolution professionnelle ou les salaires. » Quand on les interroge sur les sujets abordés (ou pas) par leur patron, 73 % des collaborateurs disent ne jamais l’entendre parler de leur avenir dans l’entreprise, 70 % des sujets RH, 68 % de l’ambiance en interne ou des conditions de travail (67%)… Une erreur dans le choix des thèmes qui, combinée à une trop grande rareté des prises de parole, est une source de défiance comme le montre également l’étude qui révèle que plus le Pdg s’exprime, plus il devient crédible et que plus il aborde les questions sociales et RH, plus on lui accorde sa confiance. Mais encore faut-il y mettre les formes : « Plus que la clarté et la transversalité, la sincérité et la proximité des discours apparaissent comme les principaux attributs de la confiance, constate Bruno Scaramuzzino. Tout comme le fait de privilégier les moments informels et non pas seulement des événements institutionnels. »
Si dans l’ensemble, les discours des présidents sont appréciés par les collaborateurs, ils apparaissent aussi dénaturés lorsqu’ils n’abordent pas les vraies préoccupations de l’interne. Tout comme lorsque l’orateur manque proximité physique et de sincérité. Bref, contrairement à l’adage, le silence n’est pas d’or. Et c’est dans sa forme la plus simple – orale, directe et sincère – que la parole peut être d’argent.
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