Presstalis : un plan de sauvegarde présenté ce lundi

Le 11/02/2018 à 13:05 par Thierry Wojciak

C’est ce lundi que Presstalis, en grande difficulté, va présenter son plan de restructuration qui pourrait entraîner la suppression du quart de ses effectifs. "Nous allons proposer un plan de sauvegarde de l'emploi qui pourrait concerner entre 200 et 300 personnes (environ la moitié sur la messagerie Presstalis et l'autre sur ses dépositaires) sur un total de 1 200", avait annoncé la semaine dernière sa présidente Michèle Benbunan dans une interview aux Échos. Ce PSE sera présenté aux organisations syndicales lors d'un comité central d'entreprise. "Ces mesures sont nécessaires pour un retour à l'équilibre de Presstalis fin 2019", a-t-elle plaidé, disant vouloir céder neuf dépôts en régions, pour "se recentrer sur la distribution dans les grandes villes de province". Sauvé in extremis de la faillite fin 2012 par ses actionnaires (les éditeurs de presse, ndlr) et l'État, moyennant des dizaines de millions d'euros d'argent public, et malgré une énième restructuration lancée en 2013 qui a réduit de moitié ses effectifs, le groupe est de nouveau au bord du gouffre, sur fond de chute continuelle des ventes en kiosque et de problèmes internes et externes. Mme Benbunan a confirmé que le plan de sauvetage qu'elle négocie avec les éditeurs de presse et l'État, nécessitera de mobiliser 190 millions d'euros. "L'État pourrait être disposé à avancer environ la moitié de cette somme sous la forme d’un prêt. Il reviendrait aux éditeurs de financer l'autre partie", avait-elle encore précisé aux Échos.

Dans ce contexte tendu, le Conseil supérieur des messageries de presse (CSMP), l'instance qui fixe les règles de la distribution de la presse, a lancé une consultation sur des "mesures exceptionnelles pour créer les conditions d'un redressement de Presstalis et de l'ensemble de la filière", en appelant à la "responsabilité collective des acteurs". Elles incluent notamment un moratoire des transferts de titres d'une messagerie à l'autre (pour éviter que des journaux ne quittent Presstalis pour son concurrent, les MLP), et surtout un prélèvement de 2,25% sur les ventes de journaux et magazines, payable par tous les éditeurs. Mais les éditeurs qui en auraient les moyens pourront échapper à ce prélèvement en fournissant des avances remboursables à Presstalis, une mesure jugée discriminatoire et injuste par certains.

Réactions : les pour… et les contre

Ainsi, certains éditeurs indépendants (qui publient notamment Le 1, Ebdo, So Foot, Society, America, Philosophie magazine...) ont-ils constitué un collectif et réclament la tenue d'états généraux de la presse pour trouver d'autres solutions. "On nous demande de participer à un plan et de financer des mesures soi-disant miracles, mais les personnes qui nous le demandent n'ont pas vu se former un trou de plusieurs dizaines de millions d'euros" dans les caisses de Presstalis, explique à l'AFP Franck Annese, cofondateur de So Press et membre du collectif, une allusion à d'autres éditeurs de presse qui siègent à la CSMP et/ou sont actionnaires de Presstalis. Dénonçant une politique du fait accompli, ce collectif réclame la "transparence" sur les messageries, et veut qu'on "prenne le temps de mettre à plat ce système archaïque", souligne Frank Annese.La filière est régie par la loi Bichet de 1947, que le gouvernement s'est déjà engagé à réformer.

"Il faut sauver le système car son effondrement serait terrible pour toute la filière. Nous, les quotidiens, participons et soutenons le plan, mais tous les efforts seront inutiles si ce système complètement kafkaïen et à bout de souffle n'est pas changé", souligne de son côté Marc Feuillée, directeur général du groupe Le Figaro. L'Association pour l'avenir des diffuseurs de presse, qui regroupe des marchands de journaux, a quant à elle réclamé "l'abandon de ce projet", contrairement à l'union des commerçants de la presse, Culture Presse, qui dit soutenir les mesures. Pour ce dernier, selon un communiqué, « la distribution relève d’une logique collective, dont profitent les éditeurs lorsque les choses vont bien, et qu’elle mérite donc une réponse collective face aux défis du moment. Le système est collectif ou ne l’est pas ». De même, Culture Presse considère comme légitime de requérir les éditeurs pour financer « exceptionnellement et ponctuellement » leur système de distribution au numéro, « indispensable à leur modèle économique », souligne-t-il. Enfin s’il juge « regrettable » que certains éditeurs puissent être mis en difficulté par les mesures prévues, cela ne saurait constituer pour lui « une raison de ne rien faire au risque de laisser disparaitre notre système de distribution ». Pointant ainsi « une minorité d’acteurs fragilisés » qui « empêcheraient le sauvetage du plus grand nombre », Culture Presse juge cette hypothèse « inacceptable pour le réseau des commerçant de presse ».

Enfin, dans un courrier cette fois adressé au Président de la République, le Syndicat de l’Association des éditeurs de presse (SAEP) souligne que « la cessation de paiement de Presstalis (…) n’est qu’un coup de bluff destiné à faire croire à un scénario catastrophe où s’imposerait, comme seule solution viable, la privatisation de la distribution de la presse telle que certains intérêts l’ont toujours souhaitée ». Le syndicat et ses membres veulent ainsi se poser en « interlocuteurs du changement pour une meilleure efficacité économique autour d’un modèle pérenne de la presse papier ». Il se dit en outre « volontaire » pour participer à la modernisation de la loi Bichet de 1947, « à l’aune de l’économie contemporaine et des contraintes budgétaires », indique encore ce courrier. Presstalis (ex-Nouvelles messageries de la presse parisienne, NMPP), premier distributeur de la presse au numéro en France, achemine 4 000 titres jusqu'à 22 500 points de vente.

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