Radio France : Mathieu Gallet démis de ses fonctions par le CSA

Le 31/01/2018 à 19:49 par Thierry Wojciak

Le couperet est tombé. Cinglant. Dans un communiqué lapidaire, le CSA indique qu’il a décidé mercredi en séance plénière « de retirer son mandat au président de Radio France Mathieu Gallet et ce, à compter du 1er mars 2018 ». Dans la tourmente depuis sa condamnation à un an de prison avec sursis pour « favoritisme » par le Tribunal correctionnel de Créteil et à 20 000 € d’amende alors qu’il était président de l’INA entre 2010 et 2014 (M. Gallet a fait appel, ndlr), le président de Radio France depuis 2014, nommé par le CSA, s’était également vu tancer par la ministre de la Culture Françoise Nyssen qui avait jugé la « situation inacceptable » pour le dirigeant de la Maison Ronde qui devait « en tirer les conséquences ». Le CSA lui a donc infligé le coup de grâce mercredi en le démettant de ses fonctions, comme ses prérogatives lui en donnent le droit. Dans sa décision motivée, le CSA estime que « pour assurer dans de bonnes conditions la gestion d’une société détenue à 100 % par l’État, il importe que les relations d’échange et de dialogue entre les représentants de l’État et le président-directeur général de la société soient denses, confiantes et permanentes, dans un contexte de réforme majeure de l’audiovisuel public annoncée par le pouvoir exécutif ». L’instance se dit en outre « particulièrement sensible aux questions de déontologie, de prévention des conflits d’intérêts et de moralisation de la vie publique qui sont des préoccupations fortes des citoyens et des pouvoirs publics ». Elle dit également avoir « pris en compte l’intérêt général et le bon fonctionnement du service public audiovisuel à l’exclusion de toute autre considération ».

Les réactions…

Si au moment du bouclage de cette édition de CB News on ignorait si Mathieu Gallet allait lancer un recours de cette décision du CSA auprès du Conseil d’État, les avocats du encore président de Radio France, Maitres Christophe Ingrain et Rémi Lorrain, ont fait part au site de L’Express de leur regret « profond », jugeant que « la pression de l'État a été plus forte que la présomption d'innocence. On retire son mandat à Mathieu Gallet qui est innocent. C'est une décision qui va encore plus loin que celle du tribunal correctionnel ». La ministre de la Culture Françoise Nyssen, quant à elle, a indiqué « prendre acte » de la décision du CSA, en remerciant tout de même « Mathieu Gallet de son engagement à la tête de Radio France ». Elle en profite pour rappeler que « l’exemplarité des dirigeants des entreprises est nécessaire », soulignant que « Radio France est au cœur de notre réflexion et des travaux en cours sur la transformation de l’audiovisuel public ». Pour Catherine Morin-Desailly, présidente de la commission de la Culture, de l’Education et de la Communication du Sénat, la décision du CSA « a pour mérite de réaffirmer l’exigence d’exemplarité des dirigeants de l’audiovisuel public et de protéger l’entreprise, à un moment où l’attention de son président est mobilisée par les nécessités de sa défense ». Si elle salue les « résultats » de M. Gallet en termes d’audience, la sénatrice pointe que les réformes demandées par la Cour des comptes dans son rapport de 2015 et par le Sénat dans les avis budgétaires de la commission de la culture « n’ont pas pu aboutir sous son mandat ». Elle appelle ainsi de ses vœux « une gouvernance nouvelle pour un audiovisuel public rassemblé afin de répondre aux défis des nouveaux usages et de la délinéarisation ».

Une présidence par intérim ?

Côté syndical, le Syndicat national des journalistes (SNJ) a réclamé la suspension des discussions sur la réforme de l'audiovisuel public, en attendant que la Maison ronde retrouve « un dirigeant légitime ». « Aujourd'hui sans capitaine, le navire Radio France, qui pourtant affiche des résultats d'audience exceptionnels, n'a plus ni gouvernail, ni boussole » et « cette situation inquiète fortement les personnels car elle place leur entreprise dans une situation aussi inédite que périlleuse, à l'heure où l'État veut profondément réformer l'audiovisuel public », a-t-il indiqué dans un communiqué. Jugeant qu’« aucun intérimaire ne pouvant raisonnablement engager l'avenir et l'existence même de l'entreprise ». Justement, qui pour succéder à Mathieu Gallet dès le 1er mars afin d’assurer l’intérim avant la nomination d’un nouveau président par le CSA ? Il pourrait s’agir, dans un premier temps, de Jean-Luc Vergne, personnalité la plus âgée du conseil d’administration de Radio France. Ancien président de l’AFPA et de l’ANACT, ancien DRH du groupe BPCE, PSA Peugeot Citroën ou encore Elf Aquitaine et Sanofi, M. Vergne n’aurait pour l’heure pas encore fait connaitre sa décision, selon Le Monde. Il réserverait sa réponse au Conseil d’administration de la Maison Ronde, toujours selon cette source.

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N°68-Juin Juillet 2018

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