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Embouteillage en cuisine

Le 07/04/2016 à 14:33 par Michel Perret

Embouteillage ce vendredi soir rue Jean Macé dans le 11è à Paris. Au numéro 10 un Chef amène un repas gastronomique pour une table de huit. Au 24, un livreur de Foodora cherche à garer son vélo ; en face, un biker attend les travers de porc qu’un client a commandé via Deliveroo au Chinois du coin. Et dans le bouchon, une fan de cuisine s’impatiente : elle a rendez-vous au numéro 16 pour faire la cuisine à six convives. En matière de cuisine, la livraison, c’est tendance. Courses à domicile, paniers de légumes, rien de nouveau. Mais ce qui se passe rue Jean Macé ce vendredi soir est en train de perdre son caractère marginal : c’est le restaurant qui vient à la maison, avec parfois le chef en prime (labelleassiette.fr ou invite1chef.com). Comme une sorte d’uberisation de la restauration. Avec aussi son « Uber pop » : monvoisincuisine.com.

Mais, à part frustrer les lecteurs en train d’avaler un sandwich option caoutchouc, qu’est-ce que cela raconte ?

D’abord qu’internet fait ici son office : il lève des barrières. Des barrière pratiques,  bien décrites par La Belle Assiette : chez moi pas de musique insipide, pas de baby-sitter, pas de parking, pas de tapage, pas non plus 3 heures passées aux fourneaux  et je reçois un Chef sympa qui m’apprend des trucs de pro…

Internet lève aussi des barrières psychologiques en ces temps où l’extérieur est parfois vécu comme risqué : on est mieux chez soi.

Mais derrière ces raisons terre-à-terre, se cache un besoin plus profond : celui d’habiter son « espace de confiance », comme le décrit Jean-Marc Besse dans « Un monde à mon image » : l’endroit que j’habite raconte mon histoire, c’est l’endroit précieux d’une mémoire du réel. L’endroit de l’affirmation de soi : je suis comme ça, c’est ça que je veux partager dans une commensalité intime dont le monde connecté me prive de plus en plus.

Alors Rue Jean Macé ou ailleurs dans le monde, c’est une manière d’observer un food de plus en plus polymorphe, mais dont l’ancrage culturel et social, quelles que soient les pratiques avec lesquelles on l’accommode, est plus robuste que jamais.

Michel Perret

Directeur Général en charge des Stratégies

Leo Burnett France

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