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La RNT : un enjeu d’intérêt général !

Le 30/11/2014 à 21:37 par Valère Correard

Valère Correard, directeur général du département médias du groupe SOS, éditeur du réseau radiophonique Raje, prend une défense vigoureuse de la radio numérique terrestre.

« Serpent de mer », « dossier froid », projet « mort né », les métaphores ne manquent pas pour évoquer la RNT. Il faut reconnaître que depuis 2004 (et surtout 2007) le sujet n’a pas manqué d’inertie et de (faux) rebondissements. 

Mais pourquoi ? Pourquoi la RNT n’a pas été lancée plus vite ? Pourquoi fait-elle l’objet de tant d’hésitations ? Et pourquoi va-t-elle s’imposer inéluctablement ? Les réponses sont si évidentes qu’elles  peuvent légitimement semer le doute, un principe posé par le législateur depuis dix ans ne peut pas être bafoué par quelques opérateurs (certes historiques et populaires) hésitants soutenus par la passivité des gouvernements successifs ? L’autorité de régulation de l’audiovisuel (Conseil Supérieur de l’Audiovisuel) est suffisamment indépendante pour faire fi des blocages et respecter la loi ! Aussi stupéfiant que cela puisse paraître c’est pourtant bien la situation dans laquelle se trouve le « dossier » : entre réactionnaires et volontaristes, entre ceux qui n’en veulent pas, ceux qui en voudraient bien, ceux qui préfèrent ne pas savoir, et ceux dont la survie, le développement ou la naissance sont directement liés à son issue.

Au détour de ce constat affirmons les choses sans détour : rien ne s’oppose objectivement à la numérisation de la radio telle que prévue par la loi. Le développement de l’écoute sur le web (IP) ne s’y substitue pas en ce qu’elle est payante,  non-anonyme et difficilement mobile. On nous parle déjà de 5G mais la preuve par les faits : essayez d’écouter votre radio via le web en voiture par exemple et même en ville, et ne parlons pas de la « campagne »….oui les campagnes françaises sont magnifiques mais parfois un peu désertées par certains opérateurs de téléphonie !). Le contexte économique est un argument irrecevable. La RNT permettra de baisser de manière historique les coûts de diffusion FM. Et n’évoquons pas les coûts en moyennes et longues ondes qui coutent encore des millions en 2014 aux radios qui désirent être présentes partout pour le plus grand nombre. Enfin, si la crainte d’une nouvelle concurrence est légitime, elle est aussi le symptôme d’un secteur mortifié à l’idée du changement, habitué à la régulation, qui veut encaisser du « cash » le plus longtemps possible, quel que soit le coût pour la population, réduite au « temps de cerveau disponible »... Car la mise en concurrence est une formidable opportunité d’évolution d’un marché, de nouvelles offres, des business développements insoupçonnés, des cessions, absorptions…la radio mérite d’entrer dans le XXIe siècle et d’être numérisée dans les meilleures conditions. Car l’audience du média est globalement réalisée en dehors du champs numérique avec toutes les conséquences que cela comporte : absence d’interactivité, absence d’option « replay », absence de données associées, de services, de la qualité d’écoute numérique, des bénéfices environnementaux..

Alors qu’attendons-nous pour aller au-delà du 20 juin 2014 qui a vu des opérateurs téméraires se lancer corps et âmes dans l’indifférence (presque) générale ? Qui de Paris, Marseille et Nice sait que cette innovation majeure de la radio est devenue une réalité ? C’est une honte, un déni, mais la France qui innove est là et il faut faire avec.

N’attendons pas un quitus de l’ancienne radio libre et libertaire NRJ, devenue radio système en puissance qui n’a rien trouvé de mieux qu’attaquer les 107 autorisations délivrées par le CSA en RNT, ou des autres groupes comme RTL, Lagardère, Nextradio – qui hésiterait par la voix de M. Weil, qui connaît le prix de l’innovation. Ils sont tous agrippés à leur zone de confort : une concurrence relative, un taux de rentabilité attrayant, qu’importe l’intérêt pour la France et ses auditeurs. Quant au gouvernement, celui-ci comme les précédents semblent avoir une approche pragmatique et silencieuse.

Le pragmatisme justement, prenons les auditeurs à parti. Ce sont eux les premiers concernés alors sortons de l’entre soi et parlons au plus grand nombre en s’appuyant sur nos fréquences FM qui doivent être mises à contribution, nos confrères doivent être sensibilisés, il s’agit de liberté d’expression, de diversité éditoriale, de qualité sonore et de réception, c’est un sujet qui nous concerne tous.

Le Réseau RAJE fait partie du Groupe SOS (1ère entreprise sociale de France, 12000 salariés) a les moyens de relever le défi : une radio citoyenne musicale implantée localement. Nous innovons ? C’est tant mieux et nous ne sommes pas seuls, il y a une multitude de  projets innovants sur la RNT, la France innove sur la RNT. Quant à ceux qui restent au chaud avec le projet de garder le dossier froid, sachez que l’innovation est en marche avec ou sans vous… Même pas peur ? Alors chiche !

 
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