Décès en Ukraine du photojournaliste français Antoni Lallican

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il avait fait de sa passion son métier. Diplômé en pharmacie, Antoni Lallican, tué par un drone en Ukraine, était devenu photojournaliste à l'aube de sa trentaine. Décrit comme "exigeant" et "bienveillant", il était habitué des terrains difficiles.

Il "était humainement bon, c'était quelqu'un de loyal, sur qui on pouvait compter, qui tendait la main et qui était bienveillant", s'est rappelé auprès de l'AFP Adrien Vautier, également photojournaliste, qui considérait son confrère de 37 ans comme son "meilleur ami". Présent à Kiev au moment de l'attaque de drone qui a tué son ami, il s'est aussitôt rendu dans la région du Donbass pour reconnaître le corps et organiser son rapatriement. Les deux hommes s'étaient rencontrés en Arménie, au moment de la guerre du Karabagh, en 2020, leur premier conflit à tous les deux. "Il s'impliquait beaucoup dans ses sujets mais sans non plus sombrer dans le pathos. C'était un photojournaliste exigeant avec les faits. Il a évolué très rapidement", selon Adrien Vautier.

Antoni Lallican a grandi à Villers-sur-Coudun, un petit village de l'Oise où ses parents habitent toujours. Après une première vie dans le domaine pharmaceutique, il décide de changer de carrière pour embrasser sa passion : le photojournalisme. "Il avait son diplôme de pharmacien, mais il avait choisi d'être photographe, photographe de guerre. C'était son truc, il était toujours dans des coins un petit peu particuliers", du Liban, à l'Arménie ou la Syrie, a confié à l'AFP son père, Daniel Lallican. "Il est devenu un baroudeur", a confirmé émue sa mère, Françoise Lallican, qui raconte que le déclic lui est venu quand une de ses photos a fait la Une d'un journal pendant le mouvement des "gilets jaunes". "C'était un être merveilleux, qui part trop vite. Il avait beaucoup d'empathie. Quand il était en Ukraine, il a aidé à déménager un hôpital" et "quand il était en Arménie, il a sauvé des gens car il avait été prévenu qu'une maison allait sauter", a-t-elle ajouté.

En octobre 2021, Antoni intègre l'école des métiers de l'information (EMI) à Paris pour parfaire ses compétences de reporter photographe. "Il faisait partie de ceux qui ont été très brillants" et "dont on sentait qu'il avait un sens pour le photojournalisme", s'est remémoré Julien Daniel, l'un de ses anciens professeurs qui était resté en contact avec lui.

En février 2022, alors que la Russie lance sa grande offensive en Ukraine, Antoni Lallican décide de s'y rendre, sans même avoir terminé sa formation. La photojournaliste Laurence Geai, qui collabore régulièrement avec Le Monde, l'y a côtoyé : "il était bon et c'était quelqu'un de très gentil, honnête, professionnel, passionné par son métier".    Comme de nombreux photojournalistes, il se rendait sur les terrains difficiles souvent à ses frais, proposant des sujets aux rédactions, dans l'espoir de vendre son travail. Il a collaboré avec des grands titres de la presse française comme Le Monde, Le Figaro ou Libération. La rédaction de Mediapart, avec laquelle il travaillait également, a rendu hommage à "un photographe formidable et un excellent collègue". Il était employé depuis 2018 par l'agence de photographie Hans Lucas mais pas pour cette mission, d'après son président Wilfrid Estève. Philémon Barbier, confrère photojournaliste et ami, se rappelle d'un homme qui "a toujours eu une passion pour les autres". L'Ukraine était "le terrain qu'il connaissait le mieux", d'après lui, et il était "très consciencieux sur les questions de sécurité". Antoni Lallican habitait Paris et s'était pacsé avec sa compagne il y a moins d'un mois. Il avait également un grand frère.

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