Décès du cofondateur de Red Bull

Dietrich Mateschitz

Cofondateur de Red Bull, le milliardaire autrichien Dietrich Mateschitz, est mort samedi à l’âge de 78 ans. Il a construit sur le tard un empire sportif et médiatique autour de son entreprise de boissons énergisantes Red Bull, devenue une marque mondialement célèbre.
Né en 1944 dans la région orientale de Styrie au sein d’une famille d’enseignants, cet homme à la personnalité timide était considéré en 2022 par le magazine Forbes comme la première fortune d’Autriche, estimée à 27,4 milliards d’euros. Il possédait l’île paradisiaque de Laucala aux Fidji et de nombreuses propriétés en Autriche, où il cultivait la discrétion. Jamais marié, toujours en jeans, cheveux grisonnants, Dieter Mateschitz n’aura quasiment jamais accordé d’entretien aux journalistes. Tout juste sait-on qu’il avait un fils. Après des études d’économie, il devient directeur marketing chez un fabricant de dentifrice. A l’occasion d’un voyage d’affaires, il découvre un breuvage qui va changer sa vie, au bar d’un hôtel hongkongais. On lui sert une boisson énergisante, courante en Asie. Conquis, il rachète alors avec un associé thaïlandais, Chaleo Yoovidhya, les droits de la société et fonde "Red Bull" - taureau rouge en anglais - en 1984.

Il a 40 ans et c’est le début d’une formidable ascension. La marque aura son siège dans une vallée verdoyante des Alpes, à Fuschl-am-See, depuis laquelle elle va doucement mais sûrement conquérir l’Occident. Aujourd’hui, Red Bull emploie plus de 13 000 personnes dans 172 pays, avec un chiffre d’affaires d’environ 8 milliards d’euros, et vend près de 10 milliards de canettes par an. Cette conquête s’est faite principalement grâce à un marketing original fondé sur les sports extrêmes et les sports mécaniques. Il a ainsi investi des sommes considérables – mais non quantifiées, discrétion oblige – dans le sponsoring, organisant toutes sortes de compétitions de glisse, d’aviation acrobatique et autres événements originaux, tandis que les dépenses publicitaires classiques restèrent nulles pendant des années. Propriétaire de deux écuries de Formule 1, Red Bull et Alpha Tauri, la marque visible dans la plupart des catégories du sport automobile et moto dans le monde. Red Bull a également poussé l’événementiel à son paroxysme en parrainant de Felix Baumgartner, le premier homme à franchir le mur du son en chute libre stratosphérique en 2012. Mateschitz s’est également intéressé au football en rachetant notamment le club de la ville autrichienne de Salzbourg en 2005 puis celui de Leipzig en Allemagne.

Pour valoriser ses événements, Red Bull a créé en 2007 en Autriche la "Media house", chargée de fournir des milliers d’heures d’images aux diffuseurs intéressés, et investit également dans la téléphonie mobile. Red Bull Média, qui édite The Red Bulletin, un magazine dédié aux univers de la marque, produit également des heures de vidéo et est détenteur de droits sportifs, dont ceux du Championnat du monde des rallyes, WRC.

Dans un rare entretien accordé au quotidien autrichien Kleine Zeitung en 2017, le milliardaire critiquait l’absence de maîtrise de la vague migratoire en Europe et laissait entrevoir des positions conservatrices. Une partie de son empire médiatique, présent dans le monde germanique, est depuis critiquée pour avoir pris un tournant conspirationniste, notamment dans le traitement de la pandémie de Covid-19. En 2021, le magazine autrichien Dossier a publié une enquête révélant les dessous de cette entreprise impénétrable, dont le marketing sportif cacherait la nocivité de la boisson. Il a également révélé le lobbying joué par la diplomatie autrichienne auprès des États souhaitant réguler la consommation de boissons énergisantes, accusées d’être dangereuses pour la santé en cas de surconsommation.

À lire aussi

Filtrer par