Audience tendue sur le licenciement de Guillaume Meurice par Radio France
Droit à l'humour ou devoir de loyauté ? La décision a été mise en délibéré au 9 février.
L'humoriste Guillaume Meurice a réclamé mercredi l'invalidation de son licenciement en 2024 par Radio France, qui lui a imputé une "faute grave". Devant les prud'hommes de Paris, l'ancienne figure de France Inter a réclamé, par la voix de son avocat, quelque 400 000 euros à son ancien employeur et demandé l'annulation de son licenciement au motif qu'il porterait "atteinte à sa liberté d'expression". Pour l'avocat de Radio France, Me Eric Manca, Guillaume Meurice avait violé les missions dévolues au service public de ne pas "diviser le public". Il a jugé le licenciement justifié au motif que Guillaume Meurice aurait "fait passer un engagement personnel sous le coup de l'humour" et aurait enfreint son "devoir de loyauté" vis-à-vis de son employeur.
Vision radicalement différente de l'autre côté de la barre. Selon son avocat Me Hugues Dauchez, M. Meurice a respecté à la lettre "la ligne éditoriale" de la première radio de France, qui défend le droit à l'impertinence et appelait à être "punk". Me Dauchez a assuré que la direction de Radio France avait en fait évincé Guillaume Meurice parce qu'il "dérangeait ses supérieurs". Il a aussi indiqué que M. Meurice a été victime de harcèlement moral à Radio France.
Débat sur le contrat de travail
Me Dauchez a par ailleurs demandé la requalification en CDI des quelque 250 contrats que M. Meurice a signés avec son employeur depuis sa première apparition sur Inter en août 2012. Selon lui, Radio France aurait abusé des contrats à durée déterminée d'usage (CDDU) avec M. Meurice, affirmation contestée par l'avocat de la radio publique selon qui cette pratique est légale et généralisée dans l'audiovisuel. La décision a été mise en délibéré au 9 février.
Dans un sketch diffusé en octobre 2023 sur France Inter, Guillaume Meurice avait suggéré, pour susciter la peur pendant Halloween, un "déguisement" de Benjamin Netanyahu, "sorte de nazi mais sans prépuce". Ces propos, tenus trois semaines après l'attaque du Hamas en Israël du 7 octobre 2023 et le début de la guerre à Gaza, avaient soulevé une tempête médiatique, dont une plainte pour incitation à la haine raciale classée sans suite. S'estimant blanchi par la justice, Guillaume Meurice avait ensuite réitéré ses propos polémiques à l'antenne en avril 2024, déclenchant une nouvelle controverse qui a conduit à sa suspension et à son éviction en juin 2024. Après son licenciement, l'humoriste de 44 ans, qui a rejoint depuis septembre Radio Nova, où il anime une émission hebdomadaire.