Ciblage publicitaire : plainte contre le groupe de médias nordiques Schibsted

Oslo
Oslo (© Marian Rotea, Unsplash)

Deux organisations ont annoncé mercredi avoir saisi l'autorité norvégienne de protection des données, reprochant ses nouvelles pratiques de ciblage publicitaire au groupe nordique de médias Schibsted qui a exprimé son désaccord "fondamental" avec les plaignants. Editeur de grands titres norvégiens et suédois (Aftenposten, VG, Svenska Dagbladet, Aftonbladet...), Schibsted a récemment introduit un système de "pay or okay" ("accepte ou paie"). En Norvège par exemple, les lecteurs en ligne qui refusent que leurs données personnelles soient utilisées à des fins de publicité ciblée doivent débourser jusqu'à 49 couronnes (4,5 euros) par mois pour s'en prémunir. "On ne devrait pas avoir à payer pour se protéger contre l'utilisation commerciale de nos propres données personnelles. La protection de la vie privée est un droit fondamental, pas une option premium", a réagi Mette Fossum, directrice du Conseil des consommateurs de Norvège, dans un communiqué.

Cet organisme public a, conjointement avec l'organisation autrichienne de défense de la vie privée Noyb, saisi l'Autorité de protection des données, équivalent norvégien de la CNIL française. Les deux plaignants estiment que le consentement des internautes ne peut être considéré comme libre si l'alternative au traçage consiste à payer. En Europe, "le Règlement général sur la protection des données est clair: pour être valable, le consentement doit être librement donné. Un choix qui oblige à payer des frais pour éviter le traçage en ligne n'est en aucun cas légal", a souligné le président de Noyb, Max Schrems. Faisant valoir que 99,9% des internautes donnaient généralement leur consentement, ce qui traduit une absence de choix équitable, le Conseil des consommateurs de Norvège a demandé à Schibsted de suspendre le système "pay or okay", le temps qu'il soit juridiquement examiné. "Nous comprenons parfaitement que le journalisme coûte de l'argent et que la concurrence pour les revenus publicitaires est rude. Mais cela ne justifie pas pour autant de transformer nos droits fondamentaux en marchandise", a insisté Mme Fossum.

"Nous sommes fondamentalement en désaccord", a commenté Bjørn-Martin Bache Nordby, un porte-parole de Schibsted, auprès de l'AFP. Le groupe dit s'appuyer sur un modèle utilisé de longue date par de grands éditeurs en Europe et avoir pris en compte les lignes directrices fixées par plusieurs autorités de protection des données notamment en France, en Allemagne, au Royaume-Uni et en Espagne. Il affirme aussi protéger les données personnelles de tous ses utilisateurs, y compris ceux qui consentent à la publicité personnalisée, et refuse la comparaison avec les géants mondiaux de la tech, dénonçant une "rhétorique de la peur". Le Conseil des consommateurs de Norvège avait déjà déposé une plainte similaire contre Meta, toujours en cours d'examen par l'autorité de protection des données en Irlande, où se trouve le siège européen du géant américain.

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