Cinq choses à savoir sur les centres de données, nouveau filon de la filière numérique française
L'annonce d'un investissement record de 75 milliards d'euros du géant japonais SoftBank dans des centres de données dans les Hauts-de-France a remis en lumière ces infrastructures vitales au fonctionnement des géants du numérique et particulièrement voraces en énergie.
A quoi ça sert ?
"Un "data center" est une usine qui sert à stocker des machines informatiques et télécoms", résume à l'AFP Fabrice Coquio, directeur France de l'entreprise Digital Realty, qui gère 18 de ces centres en France. Ces serveurs servent à stocker et échanger des données, indispensables notamment au fonctionnement d'internet, et fournissent également les capacités de calcul nécessaires aux outils d'intelligence artificielle. La France compte environ 350 centres de données commerciaux, opérés par des gestionnaires spécialisés, et autant qui sont détenus par des entreprises privées ou le secteur public, estime Robert Bouchard, président d'APL Data Center. Une vingtaine sont actuellement en construction, et il faut entre quatre et sept ans pour les voir sortir de terre. Selon une étude du cabinet Deloitte, la France devrait tripler ses capacités en centres de données d'ici 2030, avec une capacité informatique passant d'environ 0,6 GW à 2,1 GW, pour répondre à la demande croissante, en grande partie tirée par l'utilisation d'outils d'IA.
Pourquoi la France est-elle attractive ?
Pour alimenter une technologie très énergivore, la France dispose d'un atout majeur : "un parc de centrales nucléaires qui produit un excédent d'électricité décarbonée et relativement bon marché", souligne M. Bouchard. La production "bas-carbone" représente environ 95 % de la totalité de la production en France en 2024, selon le gestionnaire du réseau électrique RTE. Le pays dispose aussi d'une position géographique centrale en Europe et d'équipements propices au développement de ces infrastructures, notamment à Marseille, reliée au reste du monde par de nombreux câbles sous-marins.
Quel enjeu pour la souveraineté ?
Le marché du cloud (nuage numérique) en France et en Europe est largement dominé (70 % à 80 % de parts de marché) par des entreprises américaines, ce qui suscite des inquiétudes face au risque de voir l'accès aux serveurs américains coupés. "Le "data center" est un actif qui a une certaine puissance stratégique", observe Guillaume Aubatier, avocat associé au cabinet August Debouzy. Selon lui, développer des centres de données sur le territoire français permet "de ne pas être dépendants de structures opérées depuis l'étranger, notamment des États-Unis et d'Asie". Lundi, le président de Softbank a affirmé que la décision d'investir en France a été prise après sa rencontre avec le président français. "Il y a une volonté politique marquée de faire venir ces investissements" dans le pays, note M. Aubatier, mais qui "ne se ressent pas forcément toujours au niveau local lorsque les autorisations doivent être obtenues".
Quel impact pour l'environnement ?
Très consommateurs en énergie, les centres de données tentent aujourd'hui de limiter leur impact environnemental, par exemple en refroidissant leurs serveurs en utilisant des circuits d'eau fermés. La consommation en eau des data centers de Google a ainsi augmenté de 14 % en 2023, pour atteindre 24 millions de m3, soit l'équivalent de 9.600 piscines olympiques de 2 mètres de profondeur. D'autres centres testent des techniques dites de refroidissement en utilisant un liquide non-corrosif et non-conducteur. Mais certains opposants à l'implantation de centres de données alertent face au "greenwashing" des géants du secteur. "L'exploitation des data center est de plus en plus performante sur tous les plans, y compris sur le plan environnemental", affirme M. Aubatier. Cependant, "aujourd'hui, il y a plus de projets, donc les oppositions sont plus visibles".
Quelles retombées économiques ?
Au niveau national, la filière revendique environ 50.000 emplois directs, dont plus de 90 % en CDI, selon le baromètre 2025 de France Datacenter et du cabinet EY. Mais selon des chercheurs, ces infrastructures géantes génèrent peu d'emplois directs au vu de ce qu'ils accaparent en espace et électricité. Le sociologue Loup Cellard, qui étudie ces sites depuis 2021, rapporte qu'"à emprise au sol équivalente, une boîte de logistique c'est entre 300 et 400 employés, alors qu'un datacenter, ça va être du 15 ou 20". Ramené aux capitaux engloutis, "ça fait un emploi par tranche de 24 millions (d'euros) d'investissement", calcule-t-il à partir d'études sectorielles.