Commission audiovisuel public : dernier jour des auditions
Les parlementaires voteront le 27 avril pour ou contre la publication du rapport.
La présidente de France Télévisions, Delphine Ernotte Cunci, est attendue mercredi devant la commission d'enquête parlementaire sur l'audiovisuel public, pour la dernière audition de l'instance qui s'achève après quatre mois de travaux sous haute tension. Après une première audition le 10 décembre, Mme Ernotte Cunci se pliera pour la seconde fois à l'exercice des questions des députés, notamment celles du rapporteur Charles Alloncle (UDR), qui a concentré les critiques pour ses méthodes qualifiées d'"inquisitoriales" mais s'est taillé un franc succès auprès des pourfendeurs de l'audiovisuel public. Il s'agit de la dernière des 67 auditions, qui ont vu défiler 234 protagonistes, selon le président de la commission, Jérémie Patrier-Leitus (Horizons).
Mardi encore, en fin de journée, les députés ont entendu Martin Ajdari, président de l'Arcom, ainsi que Bruno Lasserre, chargé par le régulateur de l'audiovisuel d'une mission sur l'impartialité de l'audiovisuel public, dont les conclusions seront rendues fin mai. "La plupart des pays européens connaissent cette notion", qui n'a "pas été très investie en France", a-t-il souligné.
Des incidents
Les travaux de la commission d'enquête ont été marqués par de nombreux incidents et ont souvent tourné au dialogue de sourds entre le rapporteur et ses interlocuteurs, qui lui reprochaient des questions biaisées ou le fait qu'il n'écoutait pas les réponses. La commission avait été créée par le parti UDR d'Eric Ciotti dans la foulée d'une vidéo montrant les journalistes Thomas Legrand et Patrick Cohen en pleine discussion privée avec des responsables du PS, dont le contenu a nourri les accusations de partialité en faveur de la gauche. L'UDR est allié au RN, qui prône la privatisation de l'audiovisuel public. Charles Alloncle estime que son travail a permis de découvrir "un système de gabegies largement assumé" dans les 4 milliards d'euros annuels que l'Etat distribue aux chaînes et radios publiques. Il dénonce aussi un "système de castes et de privilèges", de l'opacité et des conflits d'intérêts dans l'attribution des contrats de France Télévisions aux sociétés de production.
Des voix, à gauche comme à droite, se sont au contraire élevées pour défendre le rôle de l'audiovisuel public et critiquer une volonté de Charles Alloncle de l'affaiblir. Selon un sondage Viavoice dévoilé lundi à l'occasion des Assises du journalisme de Tours, les médias de service public sont importants pour le bon fonctionnement de la démocratie, voire indispensables, pour trois Français sur quatre.
Verdict le 27 avril
Après la fin mercredi des auditions, la commission d'enquête sur l'audiovisuel public connaîtra son point d'orgue le 27 avril, jour du vote sur le rapport final du député Charles Alloncle. Il a une quinzaine de jours devant lui pour rédiger ses conclusions et formuler ses propositions d'évolutions, notamment législatives. Il a même évoqué l'inscription d'une proposition de loi sur l'audiovisuel public à l'ordre du jour de la "niche" réservée à son groupe à l'Assemblée nationale, le 25 juin. Son rapport pourra être consulté du 22 au 24 avril, dans une salle dédiée, par les membres de la commission d'enquête, privés de téléphone et soumis au secret, afin qu'ils se fassent un avis. Les 31 parlementaires, qui reflètent la composition de l'Assemblée nationale, voteront ensuite le 27 avril pour ou contre sa publication. "Si c'est un torchon voyeuriste, démagogique et populiste, je ne le voterai pas", lâche un membre à l'AFP. Certains députés veulent "enterrer cette commission", a déploré Charles Alloncle dans le dernier numéro du magazine "L'Incorrect". Mais "ce refus ferait encore davantage de publicité à tout ce qui a été révélé et jetterait un voile de suspicion sur leur complicité institutionnelle et systémique avec ces dérives" de l'audiovisuel public, a considéré le rapporteur.
L'enjeu du vote est de taille : en cas de rejet - situation rare - les travaux ne pourraient être rendus publics au nom de la commission d'enquête. Tous ses documents, notamment comptes-rendus d'auditions et pièces transmises, seraient alors archivés. Et toute personne qui, dans un délai de 25 ans, divulgue ou publie une information relative aux travaux non publics d'une commission d'enquête encourt un an d'emprisonnement et 15 000 euros d'amende. Sans aller jusqu'au rejet, les parlementaires peuvent marquer leurs différences en joignant leur propre opinion dans une partie du rapport intitulée "contributions des groupes ou des membres". Le président de la commission lui-même, Jérémie Patrier-Leitus (Horizons), peut rédiger un avant-propos avec ses propres propositions. Sur l'ensemble, "il faudra discuter avec le rapporteur pour arriver aussi à une forme de compromis", a prévenu le député ce week-end sur RTL. Le cas échéant, le rapport lui-même sera rendu public au moins cinq jours francs après son vote, soit dans la semaine du 4 mai, en épilogue de six mois de coups d'éclats et rebondissements.