La "décommercialisation" des centres villes inquiète
Le nombre de magasins des enseignes de mode a chuté de près de 20% entre 2019 et fin 2025.
L'Alliance du commerce alerte sur la "décommercialisation" des centres-villes à l'approche des élections municipales. Les grandes enseignes de mode ont en effet perdu 20% de leurs magasins depuis 2019 en France. Le recul est particulièrement sévère pour les centres-villes et les centres commerciaux, qui pâtissent le plus de ces disparitions. "Nous souhaitons adresser un signal fort d'alerte sur la situation des centres-villes", a déclaré Bernard Cherqui, président de l'Alliance du commerce, "l'attractivité des centres-villes aujourd'hui se dégrade et la vacance commerciale continue de progresser".
Cette vacance est passée de 6% à presque 12% en 15 ans, a-t-il précisé, en estimant que le "risque de décommercialisation est désormais réel" dans certaines villes. Grenoble est la ville qui subit le plus durement le phénomène, avec une chute du parc de magasins de 14,6% entre 2022 et 2025. A l'inverse, Nice s'en sort le mieux (+13,9%). Paris bénéficie de son côté d'un fort effet JO-2024, avec une croissance du secteur de l'habillement de 1,4% en 2025, selon le panel.
La moitié des disparitions de boutiques est due aux liquidations et redressements judiciaires qui ont frappé le secteur. L'autre moitié résulte de choix stratégiques des marques, qui ferment plus de points de vente qu'elles n'en ouvrent pour réduire leurs coûts. A l'inverse, les enseignes privilégient désormais les zones de périphérie et les parcs d'activités commerciales hors des villes, portés par la croissance de l'entrée de gamme, selon un panel réalisé pour l'Alliance du commerce par le cabinet Retail Int., basé sur les données d'environ un tiers du marché représentatif de l'ensemble.
Paradoxe
Malgré la chute du nombre de points de vente, la surface de vente globale résiste, ne reculant que de 5% depuis six ans. Ce paradoxe témoigne d'une mutation profonde: les marques ferment leurs petites boutiques de centre-ville pour ouvrir des magasins plus vastes en dehors, aidées par des loyers moins élevés. Ces défaillances d'entreprises viennent plomber le chiffre d'affaires global du secteur de l'habillement, en baisse de 1,9% en 2025, selon les chiffres du panel. A périmètre constant, en écartant les marques ayant fait faillite, l'année 2025 se solde par une quasi-stabilité (-0,2%). Le textile féminin est la locomotive (+2,6% en 2025, +6,6% depuis 2022), qui tire les autres wagons en difficulté, comme le textile homme (-2,2% sur un an, -0,9% depuis 2022) ou la chaussure (-2,2% sur un an, -3,8% depuis 2022).