Hadrien Lecca (Humanfish) : « L’étude du cerveau est notre priorité stratégique »
La semaine vue par... le CEO de Humanfish Paris, Hadrien Lecca.
Hadrien Lecca est CEO de l'agence Humanfish Paris depuis 2019. Il nous raconte sa semaine.
CB News : Cette semaine, quel a été votre ''+'' ?
Hadrien Lecca : Cette semaine, c’est la rentrée, on réactive le cerveau après quinze jours de vacances. Cela peut paraître étonnant dit comme ça, mais nous avons fait de l’étude du cerveau notre priorité stratégique et business chez Humanfish Paris. Le cerveau n’a pas d’interrupteur travail / vacances. Il fonctionne en permanence, mais pas avec les mêmes réseaux ni les mêmes niveaux d’intensité. Au travail, il consomme beaucoup d’énergie et mobilisent l’attention, la planification et la prise de décision. À long terme, sans récupération, ils s’usent fonctionnellement, pas au sens matériel, mais en efficacité. Comme beaucoup de Français, j’ai dû remettre la machine en marche. Il faut accepter que cela prenne un peu de temps. Se replonger dans les campagnes en cours, définir les enjeux de l’année à venir, affiner notre magnétisme demandent parfois un vrai break pour mieux repartir.
CB News : Qu’est-ce qui a retenu votre attention cette semaine dans les médias ou la publicité ?
Hadrien Lecca : La question est intéressante, car l’attention est au cœur de notre nom : Humanfish. Ce nom vient d’une idée largement répandue sur le temps d’attention de l’homme, souvent estimé à 7 secondes, comparé à celui du poisson, à 9 secondes. Chaque jour, nous sommes confrontés à plus de 6 000 informations. Alors, si je devais répondre sans détour, je dirais que nous retenons tout et rien à la fois. Mais ce qui a particulièrement retenu mon attention cette semaine, c’est la crise agricole française. Pourquoi cette information me touche-t-elle plus que les autres ? Je ne suis pas fils de paysan, je suis né en ville, je n’ai aucun lien particulier avec le monde agricole et pourtant cette actualité me marque et stimule mon cerveau. C’est précisément ici que la science du cerveau et les leviers cognitifs de l’attention prennent tout leur sens et deviennent des outils puissants pour nos métiers de communicants. Cette actualité active chez moi plusieurs leviers attentionnels forts en même temps, là où la majorité des 6 000 messages quotidiens n’en activent qu’un seul, souvent faible et isolé. Elle est concrète, visible, incarnée. Elle touche à une fonction vitale, se nourrir, ce qui déclenche un réflexe de survie collectif. Elle met en scène une injustice claire entre effort et reconnaissance, un biais auquel le cerveau est extrêmement sensible. Elle s’inscrit dans la durée, ce qui signale de la gravité, et elle s’ancre dans un imaginaire culturel familier. Résultat, elle traverse naturellement les filtres de l’attention, là où le reste du flux est éliminé.
CB News : Et qu’avez-vous appris d’intéressant concernant des initiatives à impact ?
Hadrien Lecca : Nous avons la fierté, à l’agence, d’accompagner la marque de restauration Cojean. Notre rencontre est singulière, sincère, et elle me rend très fier. J’ai la chance d’avoir une sœur qui souffre de troubles cognitifs, un handicap invisible. Oui, j’ai bien dit chance. Elle travaille chez Cojean en tant qu’équipière. Un soir, elle me raconte à quel point elle est heureuse et bien accompagnée dans cette entreprise. Je suis surpris. Pour moi, Cojean était avant tout une enseigne « healthy », un peu chère, pour bobos parisiens. À partir de ce moment-là, je fais tout mon possible pour rencontrer le dirigeant de Cojean et lui dire à quel point je suis reconnaissant de voir une entreprise mettre autant d’énergie dans l’insertion et le bien-être des personnes en situation de handicap. J’en profite pour leur dire que nous aimerions les accompagner sur leur communication RSE, pour raconter ces histoires et mettre en lumière ce travail de fond. Nous travaillons depuis deux ans avec leurs équipes marketing, et quel pied. Nous planchons actuellement sur deux sujets RSE que nous avons hâte de leur présenter.
CB News : Et quelque chose vous a-t-il froissé ? Votre “-” de la semaine…
Hadrien Lecca : Plutôt la semaine dernière, comme beaucoup de Français, j’étais en vacances. L’occasion pour moi de préparer la rentrée ? Non. J’ai tout simplement mis mon cerveau sur OFF et, pour être tout à fait transparent, c’est la première fois depuis très longtemps. C’est frustrant et absolument pas intuitif. Cela a froissé ma semaine, dans un premier temps. Nous faisons un métier où le travail s’exporte partout, en vacances comme à la maison. La bonne idée peut surgir à n’importe quel moment. Mais il faut parfois se faire violence et s’obliger à couper. Cette expérimentation m’a déstabilisé.
CB News : Une campagne récente dont vous êtes fiers ?
Hadrien Lecca : Le lancement BtoB du nouveau parfum masculin Prada avec L’Oréal Luxe. Cette campagne coche absolument toutes les cases de ce que nous aimons faire à l’agence et est la résultante d’une compréhension fine du cerveau humain. Le brief était simple : comment former 2 000 conseillères de vente sur un nouveau parfum masculin Prada, dans un contexte multimarque où chacune vend plus de 100 références différentes. Nous avons activé les bons leviers cognitifs de l’attention pour que la formation soit à la fois marquante et pertinente. Nous ne leur avons pas simplement raconté le parfum ou la marque, nous leur avons fait vivre une véritable expérience. L’agence Humanfish a imaginé une murder party géante dans Paris, conçue avec une troupe de comédiens. Une expérience sur mesure, construite autour du parfum, de son histoire, de ses fragrances et de son argumentaire de vente. Une opération live et digitale qui a permis aux conseillères de vente de mieux comprendre le parfum, de le vivre, et surtout de mieux mémoriser les informations.
CB News : Le vendredi en général : votre week-end est-il déjà planifié ? Un peu ? Beaucoup ? Pas du tout ?
Hadrien Lecca : Oui, tout est planifié, mais c’est précisément ici que je veux changer les choses. Encore une fois, nos cerveaux, et le mien en particulier, sont extrêmement sollicités la semaine. C’est ce que l’on appelle la charge mentale. Or, un cerveau a besoin de s’alléger. C’est exactement ce que je veux mettre en place pour cette nouvelle année 2026, comme une bonne résolution. Alors, pour la première fois de ma vie, non, ce week-end ne sera pas planifié. On profite de l’instant présent et on verra bien.