Haute tension pour le Super Bowl
Du sport aux tensions politiques : le Super Bowl ulcère les trumpistes.
C'est une soirée à risque pour la ligue professionnelle de football américain NFL, qui opposera les New England Patriots et les Seattle Seahawks. L'organisation a confié le show de la mi-temps du Super Bowl dimanche 8 février à Bad Bunny. L'artiste américain "honni des trumpistes et devenue un symbole de l'opposition à la politique migratoire du président" précise l'AFP depuis New-York. Va-t-il dire "Fuck ICE" devant 130 millions de téléspectateurs (rien qu'au Etats-Unis). C'est l'un des paris que propose le site de prédictions Polymarket. La probabilité de voir mentionnée la police américaine de l'immigration n'est que de 9% selon la plateforme, mais cette seule question résume la situation délicate dans laquelle se trouve la NFL. Dès l'annonce, fin septembre, plusieurs élus et personnalités de la droite américaine avaient condamné le choix de Bad Bunny pour le sacro-saint Halftime Show du Super Bowl, qualifié de "honte" par Corey Lewandowski, un conseiller politique du président. La NFL connaissait le pedigree de cet artiste politique, qui a souvent dénoncé, entre autres, la ligne dure de Donald Trump sur l'immigration, mais elle avait préféré retenir son statut de chanteur le plus écouté en 2025. "Cela a été mûrement réfléchi", avait alors commenté le patron de la NFL, Roger Goodell. "Je ne pense pas qu'il y ait un seul artiste qui ne nous ait pas valu un retour de flamme".
Donald Trump a qualifié d'"horrible choix" l'affiche musicale du Super Bowl comprenant également le groupe de rock Green Day, critique du président, qui "ne fait que semer la haine", selon lui. Une pétition demandant le remplacement de Bad Bunny par le chanteur country de 73 ans George Strait a réuni plus de 125 000 signatures, ainsi que plusieurs commentaires racistes à l'endroit de Benito Antonio Martinez Ocasio, son vrai nom, qui chante et ne s'exprime quasiment qu'en espagnol. L'organisation Turning Point, créée par le polémiste conservateur Charlie Kirk, assassiné en septembre, a organisé un concert alternatif baptisé "The All American Halftime Show", avec trois artistes country et le rockeur trumpiste Kid Rock.
"ICE out" a déclaré Bad Bunny lors de son triomphe à la cérémonie des Grammy Awards, récompenses de la musique américaine. "Nous ne sommes pas des animaux (...) nous sommes humains et nous sommes américains", a scandé l'artiste, vainqueur de trois trophées dont celui d'album de l'année. ICE ne sera d'ailleurs pas déployée autour du stade Levi's, a affirmé mardi la NFL. "Cette plateforme est faite pour unifier les gens", a déclaré mardi Roger Goodell au sujet de l'événement en réponse à une question sur un possible message politique du chanteur durant son spectacle. "Je pense que Bad Bunny le comprend", a-t-il ajouté. Lors d'une conférence de presse, jeudi, l'intéressé a promis des surprises mais a aussi tenu un discours apaisé: "Ca va être sympa, facile. Les gens n'auront qu'à penser à danser." Patrick Bennett, responsable créatif de l'agence de marketing Jack Morton, cite le précédent de Kendrick Lamar, qui a envoyé, il y a un an, plusieurs flèches pour dénoncer le sort réservé aux Afro-Américains aux Etats-Unis, se moquant notamment ouvertement de l'image du célèbre Oncle Sam. Pour autant, tempère-t-il, "le monde ne s'est pas écroulé".
Expansion
Le championnat le plus puissant financièrement au monde mène ainsi depuis plusieurs années une opération séduction au sein de la communauté latino aux Etats-Unis mais aussi dans le monde hispanique en général. La NFL revendique notamment des progrès en Espagne ou au Brésil, pays traditionnellement sous emprise exclusive du football, où vont être délocalisés deux matches de la saison prochaine à l'automne. "Dans ce contexte, le choix de Bad Bunny fait complètement sens", estime Patrick Rishe, professeur à l'université Washington de St. Louis. "Les gens de la NFL ne sont pas idiots", insiste Patrick Bennett, "ils ont fait leurs calculs et ils savent qu'ils ont saturé leur marché" d'origine.