Mistral AI va construire son premier centre de données en France
Ce centre de "plusieurs milliers de m2" sera installé en Essonne, selon Arthur Mensch le dirigeant de l'entreprise.
La start-up française Mistral va construire son premier centre de données dédié à l'intelligence artificielle (IA) en France, a annoncé son patron Arthur Mensch sur la chaîne de télévision TF1 dimanche, à la veille de l'ouverture du Sommet international sur l'IA de Paris. Ce centre de données, qui représente "plusieurs milliards d'euros" d'investissements, sera installé en Essonne, a précisé le dirigeant de 32 ans, qui s'est aussi exprimé dans les colonnes du journal le Parisien. Mistral AI vise une inauguration de ce centre de données, qui occupera plusieurs milliers de m2, dans les prochains mois, a précisé l'entreprise à l'AFP. "On a choisi la France pour son efficacité énergétique et la qualité de son mix énergétique en matière d'émissions carbone", a ajouté Arthur Mensch sur TF1. Dans le pays, le nucléaire reste de loin la première source de production électrique, pour une part de 67,41%. Les renouvelables (éolien, solaire, barrages, biomasse) comptent pour 27,6% dans le bouquet de production électrique.
Cette nouvelle infrastructure doit permettre à Mistral AI de "maîtriser l'ensemble de la chaîne de valeur, de la machine jusqu'au logiciel", a souligné Arthur Mensch.
Le cerveau de Mistral AI
À la tête de la start-up Mistral AI, le trentenaire a fait de son groupe la vitrine de la scène française de l'intelligence artificielle (IA) en quelques mois, soucieuse de peser face aux mastodontes américains et chinois. Ce polytechnicien et normalien aux cheveux en bataille, peu connu du grand public, profite du Sommet pour multiplier les annonces et asseoir la notoriété de son entreprise. Passé par le laboratoire d'IA du géant américain Google, DeepMind, Arthur Mensch a fondé Mistral en avril 2023 avec deux compatriotes, Guillaume Lample, l'un des créateurs du modèle de langage Llama de Meta, et Timothée Lacroix, lui aussi ancien chercheur chez Meta. "Je suis parti au moment où j'ai perçu les opportunités de révolution industrielle" que cette technologie apportait, confiait-il à l'AFP mi-janvier.
Si les opérations de Mistral ont débuté au coeur de la capitale française, dans une quarantaine de mètres carrés baptisés "le frigo" en raison du manque de chauffage, elles se poursuivent désormais sur tout un étage où s'activent plus d'une centaine d'employés derrière une forêt d'écrans dernier cri. La société de ce féru de mathématiques, qui a grandi dans les Hauts-de-Seine, a connu à l'image de son patron une ascension fulgurante. En trois levées de fonds, la dernière atteignant 600 millions d'euros en juin, la pépite française a obtenu plus d'un milliard d'euros de financements, pour une valorisation d'environ 6 milliards d'euros. Mistral compte désormais un bureau à Londres, à Palo Alto aux Etats-Unis et à Singapour.
Débloquer la réglementation
"Toutes les régions du monde prennent conscience à des vitesses plus ou moins grandes qu'il faut se mettre (à l'IA) et le faire avec une certaine indépendance vis-à-vis des acteurs américains", selon Arthur Mensch, soulignant l'importance d'une approche "décentralisée" pour "avoir le contrôle sur cette technologie sur le long terme". Comme beaucoup de ses homologues, Arthur Mensch fustige néanmoins une réglementation européenne en matière d'intelligence artificielle "extrêmement pénible et obsolète". "Il y a plein de questions qui ne sont plus pertinentes au regard de ce qu'est l'IA générative aujourd'hui", affirmait-il en décembre lors d'une conférence sur l'IA organisée à Paris. L'entrepreneur a ainsi invité les régulateurs à "tout repenser, tout simplifier et tout unifier pour supprimer ces freins" auxquels ne sont pas confrontés ses concurrents américains.
Ces obstacles réglementaires n'ont jusqu'ici pas bloqué l'élan du trentenaire désigné en septembre par le magazine Time comme l'une des 100 personnes les plus influentes de l'intelligence artificielle.