"Nouveau jour" : M6 cède aux sirènes des feuilletons quotidiens
M6 débarque dans l'arène encombrée des feuilletons quotidiens.
Les feuilletons quotidiens sont représentants d'un genre resté longtemps absent du PAF mais devenu incontournable à l'heure du streaming. Lundi à 20H35, la chaîne M6 embarque les téléspectateurs avec "Nouveau jour", au sein du domaine Bartoli. L'hôtel 4 étoiles de l'Hérault est dirigé par Louise (Helena Noguerra), aînée d'une fratrie déchirée par un lourd secret et qui devient la cible d'un étrange corbeau... Soleil méditerranéen, mélange de soap-opéra, de thriller et de comédie, kyrielle de personnages campés entre autres par Bruno Solo et Laëtitia Milot...
"Nouveau jour" coche toutes les cases du genre inauguré en soirée en 2004 sur France 3 avec "Plus belle la vie" (PBLV) et qui se multiplie depuis huit ans. TF1, qui a relancé PBLV (14h00) l'année dernière, vient ainsi de se doter d'une quatrième quotidienne, "Tout pour la lumière" (TPLL, 18h00), coproduite avec Netflix, après "Demain nous appartient" (DNA, 19h10) en 2017 et "Ici tout commence" (ITC, 18h30) en 2020. Et France Télévisions propose "Un si grand soleil" (20h40) depuis 2018.
"Ce n'est pas parce que tout le monde le fait" que M6, qui misait jusqu'alors sur des séries quotidiennes courtes à sketchs comme "Caméra Café" et Scènes de ménages", a fini par s'y mettre, a insisté récemment devant la presse Quentin de Revel, le directeur de la fiction du groupe. "Ce qui a changé ces dernières années, c'est la prééminence du replay" et "le relancement" de la plateforme rebaptisée M6+ en 2024, a-t-il ajouté.
"Fidélisation"
Avec leurs intrigues au long cours (260 épisodes par an) et leurs nombreux rebondissements, les feuilletons "fonctionnent bien à la télé linéaire (traditionnelle) et très bien sur les plateformes de streaming", explique à l'AFP le spécialiste des médias Philippe Bailly, fondateur du cabinet NPA conseil. "Un si grand soleil", numéro 1 en nombre de téléspectateurs (2,8 millions en moyenne, dont 640 000 à la demande), est le "contenu le plus consommé sur la plateforme France.TV en 2024 avec 163 millions de vidéos vues", indique la directrice de la stratégie éditoriale de France Télé, Tiphaine de Raguenel. De même, ITC et DNA, qui séduisent environ 2,5 millions de téléspectateurs par épisode en sept jours (replay inclus), sont les programmes qui génèrent le plus de vidéos vues sur TF1+, selon Xavier Gandon, le directeur des antennes de TF1.
Il y a "plein de gens qui consomment ces feuilletons au-delà des 7 jours" mesurés par Médiamétrie, souligne ce dernier, évoquant une "rivière qui grossit jour après jour" et de "formidables outils de fidélisation". De quoi justifier aussi l'appétence nouvelle de Netflix pour ce format. Le géant du streaming a besoin de retenir ses abonnés et d'engranger des visionnages, alors que la publicité est devenue "un élément essentiel" de son modèle, selon Philippe Bailly.
"Complémentaires"
Si la plateforme américaine a déjà testé une quotidienne en Espagne, la diffusion de TPLL cinq jours avant TF1 représente une "première mondiale", selon Pauline Dauvin, vice-présidente des contenus pour Netflix France, qui entend ainsi diversifier son catalogue. Le succès est-il au rendez-vous ? "On fera le bilan à la fin des 90 épisodes" prévus, répond-elle. Côté TF1, où le feuilleton a rassemblé 1,4 million de téléspectateurs (replay inclus) pour le premier épisode et tourne autour des 800 000 en linéaire ces derniers jours, "on est très content", affirme Xavier Gandon.
Reste-t-il de la place pour celui de M6, gros investissement avec quelque 200 personnes mobilisées par jour et une trentaine de scénaristes ? Quand PBLV régnait seul sur le secteur en France, en "Allemagne, en Espagne, au Royaume-Uni, il y avait 4, 5, 6 quotidiennes simultanément", fait valoir Quentin de Revel. Programmé face à "Un si grand soleil", "Nouveau jour" ne "vise pas du tout le même public", celui de France 3 étant "plus âgé que la moyenne de la chaîne M6", a en outre assuré à la presse Guillaume Charles, le directeur général des programmes du groupe. "On est très complémentaires".