Olivier Saguez (Saguez&Partners) "agir vite et tester vite des solutions"

Olivier Saguez, fondateur, designer et président de l'agence Saguez & Partners

C'est la cinquième semaine de confinement. CB News, au delà de l'endurance, continue d'informer. Nous poursuivons notre série d'interviews, débutée le 17 mars, avec aujourd'hui le témoignage d'Olivier Saguez, fondateur, designer et président de l'agence Saguez & Partners.

Comment va l’agence ? Et ses multiples activités ?

Olivier Saguez : mal ! Comme quelqu’un qui voit sur la route qu’un accident va forcément se produire et qui continue à  rouler… très vite ! Pour le moment, les mois de mars et d’avril ne sont pas mauvais. Mai est en recul et juin est dans le brouillard. Notre trésorerie est bonne, nos clients nous payent à l’heure. C’est le travail qui s’arrête, se reporte, ou pire s’annule. Nos activités sont diversement touchées : le design stratégique et le design d’identité sont clairement bien atteints. Le design des usages et particulièrement le design des lieux le sont beaucoup moins, hormis le retail. Nous étions très en pointe sur la santé, le monde du travail, les mobilités, la ville, autant de sujets qui sont plus que jamais d’actualité, même si la formulation des problématiques a changé ces dernières semaines. Ceci dit, nous prévoyons un recul entre 30 et 40 % sur l’année. C’est la première fois que nous demandons une aide extérieure. Après avoir payé beaucoup d’impôts depuis vingt ans, nous apprécions l’aide de l'État avec ses mesures d’activité partielle mais, pour tout dire, nous serons contents de payer à nouveau nos impôts…

Le design est-il utile tout le temps ? Et l’est il encore d’avantage qu’aujourd’hui ? 

Olivier Saguez : je me suis depuis très longtemps posé la question de l’utilité de notre métier et demandé, en cas de déluge, quels seraient les métiers qui monteront à bord de l’Arche de Noé pour sauver la planète. Les médecins, les agriculteurs, OK. Les éducateurs, les maçons, les menuisiers, les chercheurs, OK. Mais les designers ? Nous voulons monter à bord ! Le design est pour moi forcément dans l’utile et dans les usages du quotidien des gens, alors oui il est utile aujourd’hui ! Le design, c’est rendre simples et utiles les usages, c’est une démarche, une façon de penser. Voyez comme au pays du sytème D, les Français bricolent et donc font du design de crise (Decatlhon et ses masques, les restaurateurs et leurs take away improvisés, les caissières et leurs barrières bricolées , leurs horaires aménagés, les commerçants et leurs drive improvisés, etc. ). Il faut être dans les solutions concrètes, fussent-elles bricolées, et pas dans les "y’a qu’à, faut qu’on". Et puis, work in progress, j’ai toujours pensé que, plutôt que de vouloir avoir raison en chambre, il faut se confronter vite au réel et aujourd’hui : il faut agir vite et tester vite des solutions.

Vous êtes très engagés dans la RSE, est-ce un réveil douloureux pour toutes les entreprises qui ne l’ont pas considérée comme essentielle ?

Olivier Saguez : oui, nous sommes très engagés, mais c’est normal. J’aime ça et puis nous vivons cette responsabilité sociale et environnementale au quotidien à Saint-Ouen-sur-Seine, mais je n’ai pas envie d’en parler ou de donner des leçons. D’abord, on a le droit de s'être trompé, de ne pas avoir compris l’intérêt du développement durable et de n’avoir pas eu un comportement social et local. Mais maintenant, il ne faut plus hésiter, il faut s’engager et surtout s’engager pour agir. Soyons clair, il va falloir consommer moins mais mieux. C’est d'ailleurs un designer Mies Van Der Rohe qui l’a dit au milieu du 20ème siècle : "Less is more" À réciter chaque matin et à faire passer… Merci !

Votre imaginaire n’est lui pas confiné, où va le vôtre ? 

Olivier Saguez : je suis un observateur de la vie et ce que j’aime en l’homme, c’est sa capacité à s’adapter. C’est dingue, regardez Jean-Paul Kauffmann et son confinement. Quand il était retenu en otage au Liban pendant trois ans, regardons les Français aujourd’hui qui ne roulent plus et ne vont plus au café, ce qui est formidable dans ces moments de confinement c’est le retour à l’essentiel. On se passe de beaucoup de superflu et puis on fait travailler une autre qualité qu’a l’homme :  son imagination, sa capacité unique à créer du beau. Chaque matin avec ma femme, nous lisons de la poésie. Hier encore, j’écoutais la Gran Partita de Mozart et là, oui l'on peut croire à l’homme, à ce qu’il est capable de créer de meilleur, et non pas que des virus ou de la pollution. S'il n’y avait pas Mozart, Les Beatles, Jean Dubuffet, René Char, Alain Souchon, Andrea Palladio, Paul Auster… Je retournerais à la vie sauvage pour répondre à l’appel de la forêt et devenir un arbre, une fougère ou une fourmi. Côté agence, nous lançons une série de posts sur Linkedin « Dis, design-moi demain ». L’idée : nos collaborateurs et nos clients partagent leur vision, en trois mots, du design d'après la crise covid-19. A suivre sur #DesignMoiDemain.

[ndlr : Olivier Saguez a choisi trois mots : honnête, frugal et sensible]

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