Chanel converse sur les secondes

Chanel Ali Mac Graw

Chanel repense subtilement sa montre J12 et en confie la campagne à dix "égéries-amies" de la maison. Rencontre avec Thomas du Pré de Saint-Maur, directeur général des ressources créatives parfums, beauté  et horlogerie-joaillerie de Chanel.

La montre J12 change tout, sans rien changer. Une métamorphose douce à seulement 19 ans. "C'était le moment. Un travail très Chanel en réalité. Celui de s'inscrire dans son époque. Une façon de capter l’air du temps tout en restant fidèle à une certaine idée française du classicisme" explique Thomas du Pré de Saint-Maur, directeur général des ressources créatives parfums, beauté et horlogerie-joaillerie de Chanel, "une icône ne change pas, elle s’adapte au temps qui passe, le capture, le sculpte, le sublime, le comprend". Arnaud Chastaingt, directeur du studio de création de l’horlogerie de Chanel, offre à la J12 une cure de jouvence sans toucher l’identité qui a fait son mythe [ndlr : c'est Jacques Helleu, directeur artistique de la Maison qui crée cette montre en 2000]. Pour les connaisseurs de montres, la lunette a été affinée, le nombre de ses gouges augmenté, la typographie de ses chiffres et index ont également été redessinés. La largeur de la couronne a été réduite d’un tiers et son cabochon de céramique a été légèrement aplani. Au centre du cadran, des indicateurs au niveau des heures ont été ajoutés au chemin de fer intérieur qui a, lui aussi, été redessiné. Les mentions Automatic et Swiss Made sont désormais étampées en typographie Chanel. Les aiguilles, elles aussi, ont été revues et corrigées. "L’épaisseur de la boîte a été augmentée mais la silhouette de la J12 demeure fluide. Le bassinage du fond et le dessin du nouveau bracelet, avec des maillons rallongés, accentuent cette illusion d’optique et de finesse" précise Thomas du Pré de Saint-Maur. La nouvelle J12 possède désormais un boîtier monobloc en céramique, serti d’une glace saphir avec un mouvement automatique conçu et développé exclusivement pour Chanel par la nouvelle manufacture suisse Kenessi. D'habiles modifications qui confère à la nouvelle J12 une impression de légèreté à la fois visible et invisible. "Des changements à la fois fondamentaux et cosmétiques" résume Thomas du Pré de Saint-Maur. La première version de la J12 ne sera plus produite et devient de fait collector.

Des secondes universelles

"C'est toujours passionnant d'imaginer une campagne sur les montres. Quoi de plus universel que de donner l'heure ? " poursuit Thomas du Pré de Saint-Maur, "mais là où c'est philosophiquement intéressant, c'est que nous avons tous une perception intime du temps qui passe. Chanel parle du temps depuis sa création. La campagne, visible dans le monde entier, évoque une mesure du temps essentielle : la seconde. C'est le marqueur le plus fort de l'instant. C'est dans la chose la plus petite, que la valeur semble parfois la plus grande".  Dix égéries-muses de la maison livrent quelques instants intimes de vie. De petits riens et des grands tout dans des conversations filmées aux quatre coins du monde. Qu’il s’agisse de la seconde la plus longue d’une vie, le jour d’une décision importante ou de la préparation d’un œuf à la coque, d’un avion à prendre ou d’un taxi manqué, l’existence est une succession de rendez-vous qui ne sont pas des hasards. Des confessions attendues comme celles de Vanessa Paradis et de sa fille Lily-Rose Depp, Carole Bouquet, Keira Knightley, Claudia Shiffer ou Naomi Campbell. D'autres plus surprenantes de ce côté-ci du globe. Comme les deux égéries chinoises Liu Yen et le seul homme William Shan. Mais la plus inattendue d'entre toutes, est incarnée par Ali Mac Graw. "C'était un rêve très personnel de travailler avec elle" révèle Thomas du Pré de Saint-Maur, "l'actrice a été l'égérie de la maison dans une campagne à la fin des années soixante. C'est grâce à cette campagne, qu'un producteur la remarque et lui propose le rôle dans Love Story. Une seconde a suffit". Très attaché aux signes, aux chiffres et à la mystique du temps, Thomas du Pré de Saint-Maur va sans doute initier d'autres conversations avec les personnalités qui l'inspire. "Les mots, la littérature et l’art sont mes moteurs. Je ne sais pas vivre sans lire, je ne sais pas réfléchir sans parler. La littérature stimule l’imagination, l’image y est en creux. Quant à l’art, et à l’antiquité grecque et romaine en particulier, il ne cesse de me procurer de véritables chocs et de me questionner sur la modernité et l’universalité".

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