L'oeil du Club : "une légitimité sans pareil aux yeux de tous"

gaultier

La série L'œil du Club lance sa saison 2 avec les souvenirs de quelques ex-présidents...

Pourquoi le Club des Directeurs Artistiques est-il la meilleure institution de l’univers ? J’ai la chance rare d’appartenir à la fois à une génération pour qui le souvenir des premières éditions du Club des Directeurs Artistiques était vivant dans les mémoires et d’être encore aujourd’hui en activité pour constater les bienfaits de cette vénérable* association. Pareil à un randonneur parvenu au faîte d’une colline et qui peut observer la réalité de ses deux versants, passé et avenir, tout en englobant d’un coup d’œil le panorama de la concurrence, je peux affirmer que le Club des Directeurs Artistiques est assurément l’institution la plus indispensable, la plus vertueuse, la plus brillante et la plus méritante du métier que nous aimons par-dessus tout : la publicité.

Et ce pour les trois raisons qui sont celles-là même qui font qu’une publicité est bonne : l’originalité, la rigueur, le sens de l’époque. Originalité : les boules tricolores, pures et graphiques, ont dès ses débuts distingué le Club de ses concurrents aux trophées dorés et vaniteux comme des médailles de républiques bananières. Rigueur : ses jurés, à l’origine élus, sont choisis parmi les plus reconnus de notre profession ce qui donne au palmarès du Club une légitimité sans pareil aux yeux de tous. Et surtout, chaque session du Club s’accompagne d’un livre regroupant le bilan annuel de ce que notre pays a fait de mieux en matière de publicité, véritable travail de titan dont Michel Coudeyre fut l’initiateur et l’inlassable Sisyphe. Rendons-lui hommage ici**, car sans lui ce métier serait sans mémoire et nous tous créatifs de parfaits anonymes. Ce fabuleux travail de mémoire est un outil si précieux que chaque annonceur un tant soit peu sérieux, chaque agence de publicité digne de ce nom devrait avoir dans des bureaux et en plusieurs exemplaires l’intégrale des annuaires du Club  : cinquante volumes, tout de même !

Récompenser l’art de vendre au même titre que l’art de créer

Quiconque se plonge aujourd’hui dans les éditions des années, au hasard, 1972, 1985, 1998 ou 2013, sera stupéfait de découvrir à la fois un impressionnant réservoir d’idées créatives, une pige des meilleures stratégies et un polaroïd saisissant de l’époque. Ce travail d’archive et de sélection est incontestablement ce qui fait que notre Club est indispensable non seulement à notre métier mais, j’ose le dire, à la société tout entière. L’autre caractéristique du Club est son palmarès. Ce n’est pas sa plus grande originalité mais c’est hélas ce qui a le plus mis en péril son attrait auprès des nouvelles générations. Car il fut un temps où l’évidence était de primer des campagnes que chacun pouvait voir. On pouvait pronostiquer ainsi que telle campagne Vittel de CLM/BDDO vue dans le métro ou tel film Yop de Jean & Montmarin aperçu à la télévision méritaient quelques prix. Ces derniers pouvaient être contestés - c’est le propre des récompenses - mais au moins, on savait qu’ils seraient dans Le Livre, l’histoire rendrait son jugement. Ce n’est donc pas peu dire que le Club a toujours eu à cœur de récompenser l’art de vendre au même titre que l’art de créer.

Résister aux sirènes de l’imitation, de la facilité et de la vanité

Malheureusement, un certain modèle cannois est venu troubler ce cycle vertueux et la récompense a souvent précédé la réalité, la fausse monnaie le vrai labeur. Effet pervers de cette coupable tentation : la persuasion nécessaire pour convaincre qu’une création audacieuse allait faire grimper les ventes a perdu tout intérêt. Les commerciaux qui montaient sur les tables pour vendre ont désormais le vertige et les créatifs plongent dans les livres de recettes plutôt que d’inventer. Alors grâce soit rendue mille fois au Club d’avoir su résister aux sirènes de l’imitation, de la facilité et de la vanité, pour continuer à éditer année après année son précieux et incorruptible annuaire. À une époque où la constipation décisionnaire règne avec son lot de visioconférences sans joie, où la démotivation fait fuir les talents loin de nos sphères, en ces temps où les médias atomisés nous encouragent à consacrer l’éphémère, le cynique, le facile et le laid, il est urgent que nous, annonceurs, agences, institutions, faisions nôtre ce qui pourrait être la devise du Club des Directeurs Artistiques : « Place au travail qui restera ! »

*Le saviez-vous ? Le magazine Stratégies a d’abord été, autour des années 1968/69 un opus encarté dans les premiers bulletins du Club !

**Osons ici un triple hourra à proférer haut et fort en conclusion de cette tribune : Pour Michel Coudeyre : Hip, hip, hip...

À lire aussi

Filtrer par