Facebook, le télétravail, la chasse aux arnaques et les « Rooms »

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La moitié des employés de Facebook pourraient travailler de chez eux, de façon permanente, d'ici 5 à 10 ans, a annoncé Mark Zuckerberg jeudi lors d'une conférence pour ses employés diffusée en public sur la plateforme. Le géant des réseaux sociaux va être "l'entreprise la plus en avance au monde sur le travail à distance", a assuré le fondateur et patron de Facebook, qui comptait 45.000 employés dans le monde fin 2019. Fin avril, il a annoncé son intention de recruter 10.000 personnes supplémentaires, tant les changements de société liés à la pandémie représentent d'opportunités et de marchés à conserver ou conquérir pour le groupe américain. Mais les nouveaux salariés, dont une partie passera des entretiens uniquement en ligne, vont intégrer un univers en plein bouleversement, sans possibilité proche ou lointaine de retour à la normale. "Je voudrais insister sur le fait que le Covid ne va pas disparaître avant longtemps", a déclaré Mark Zuckerberg, avant de présenter les retours d'expérience et son plan pour l'organisation du travail au sein de son entreprise. Facebook, dont 95% du personnel est en télétravail en ce moment, avait déjà annoncé récemment que ses employés continueraient à travailler en majorité de chez eux jusqu'à la fin de l'année. Aucun rassemblement de plus de 50 personnes ne sera organisé avant juillet 2021 au mieux.

Selon une étude en interne, plus de 50% des employés s'estiment plus productifs en télétravail, et 20 à 40% se disent intéressés par la possibilité de travailler à distance de façon permanente. Mais la moitié aimerait retourner au bureau le plus vite possible. Mark Zuckerberg s'est dit "optimiste" sur le potentiel bénéfique du travail à distance. "Nous ne le faisons pas parce que des employés le réclament, mais parce que nous sommes là pour servir le monde, et notre communauté, et débloquer autant d'innovation que possible". Parmi les avantages, il a évoqué plus d'égalité des chances dans les carrières, des recrutements plus divers (géographiquement et chez les minorités), des économies sur les infrastructures et les salaires (qui seront ajustés en fonction du lieu de résidence) et une meilleure rétention des personnes obligées de déménager pour des raisons personnelles. Sans compter l'impact pour la planète. "En 2020 il est plus facile de déplacer des octets que des atomes, donc je préfère que nos employés se téléportent par vidéo ou réalité virtuelle plutôt qu'ils soient coincés dans les embouteillages à polluer l'environnement", a plaisanté Mark Zuckerberg.

Traquer les arnaqueurs

Facebook a également fait savoir jeudi que son application Messenger était désormais capable de traquer discrètement les arnaqueurs, en utilisant le système de communication des smartphones à l'arrière-plan. Des messages de sécurité apparaîtront dans les échanges si l'activité en coulisses est jugée suspecte par la technologie d'intelligence artificielle. Cette nouvelle fonctionnalité "va aider des millions de personnes à potentiellement éviter des interactions dangereuses et des arnaques, sans compromettre leur vie privée", a déclaré Jay Sullivan, un responsable de la sécurité des produits chez Facebook. Elle a déjà été déployée en mars sur les téléphones opérés par Android (Google) et le sera cette semaine sur les iPhone (Apple). L'intelligence artificielle repère les comportements douteux, comme l'envoi de messages à grande échelle, ciblant certaines régions ou démographies.   Cette technologie ne nécessite pas d'examiner le contenu des messages, assure Facebook, qui compte bien passer au cryptage intégral - dit de "de bout-en-bout" - de Messenger, comme son autre messagerie WhatsApp. "Pour nous préparer au chiffrage de bout-en-bout, nous investissons dans des outils comme celui-ci, qui protègent la vie privée des personnes sans lire les messages", a précisé M. Sullivan. Messenger utilise déjà des logiciels capables de combattre les spams et d'entraver les tentatives d'adultes de contacter des mineurs qu'ils ne semblent pas connaître.

Des salons virtuels

Enfin, Facebook a annoncé jeudi que les "Rooms", outil d'appel vidéo sous forme de "salons" virtuels, seraient disponibles à partir de juin sur Workplace, son réseau social dédié aux employés des entreprises. Lancé en 2016, Workplace a atteint les 5 millions d'utilisateurs payants en mars, contre 3 millions en octobre dernier, et devrait sortir largement gagnant des mesures de distanciation sociale instaurées dans le monde entier. "Il y a eu une accélération énorme de la demande", admet Julien Codorniou, vice-président de Workplace, à l'AFP. "Et nous étions bien positionnés pour prendre la vague". "Tout ce qui devait se produire au cours des cinq prochaines années, en termes de transformation numérique et d'évolution du travail, s'est passé en deux semaines", constate-t-il encore. La nécessité de travailler de chez soi a propulsé des interfaces comme Workplace et ses concurrents créés par Slack, Salesforce ou Microsoft. Elles permettent aux employés d'une société de communiquer, échanger des documents, travailler sur un projet, faire des conférences téléphoniques ou de la messagerie instantanée.

Facebook a présenté les "Messenger Rooms" fin avril, réagissant, comme d'autres grands groupes technologiques, au succès fulgurant du service de visioconférence Zoom. Elles sont conçues pour des groupes plus grands que pour les appels vidéo, mais plus restreints que pour les "live", où une seule personne s'adresse potentiellement à des dizaines ou centaines d'autres. L'idée est de "faire un saut" chez ses contacts qui ont ouvert leur "salon", en public ou privé, sur la plateforme. Workplace va désormais en bénéficier, avec les outils de modération et de sécurité propres au réseau professionnel payant. "Sur la vidéo, nous n'étions pas les meilleurs. Les appels limités à 8 personnes, ça ne répondait pas aux besoins de nos clients", raconte Julien Codorniou. La vidéo faisait déjà partie des priorités pour l'année 2020, mais la mise en place a été accélérée. "Nous ne cherchons pas à être aussi sophistiqués que Cisco ou Microsoft, nous faisons des produits qui marchent bien pour tout le monde, faciles à utiliser", résume M. Codorniou. Entre autres nouvelles fonctionnalités présentées jeudi, Facebook propose désormais ses casques de réalité virtuelle Oculus pour les entreprises.    Ils sont déjà utilisés par les supermarchés Walmart, avec un casque par magasin, pour former les employés aux procédures de l'entreprise, indique le vice-président de Workplace.

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