Perquisition chez X et convocation d'Elon Musk en France

Elon Musk
(© Duncan Hull)

La justice française enquête sur les dérives présumées de la plateforme X.

Elon Musk, propriétaire du réseau social X, est convoqué pour être entendu le 20 avril par la justice française dans l'enquête sur les dérives présumées de sa plateforme, dont les locaux français sont en cours de perquisition. Linda Yaccarino, ancienne directrice générale de X, est également convoquée à cette date. Cette ex-responsable et Elon Musk sont visés "en leur qualité de gérant de fait et de droit de la plateforme X au moment des faits", précise mardi la procureure de Paris Laure Beccuau dans un communiqué. En parallèle, une perquisition est "diligentée" dans "les locaux français" de la plateforme X, ajoute la magistrate. Ces investigations, dirigées par la section de lutte contre la cybercriminalité du parquet de Paris, sont menées avec l'unité nationale cyber de la gendarmerie et Europol. Le régulateur britannique de la protection des données (ICO) a par ailleurs annoncé mardi l'ouverture d'une enquête contre le réseau d'Elon Musk et son entreprise d'intelligence artificielle xAI au sujet des images à caractère sexuel générées par son chatbot Grok, à l'origine d'un tollé mondial.

En France, la plateforme X est visée par une enquête préliminaire, partie de signalements début 2025 dénonçant un biais dans ses algorithmes. L'enquête a été ensuite élargie, après d'autres signalements à l'été 2025 notamment. Ces alertes dénonçaient le fonctionnement de Grok, l'intelligence artificielle de la plateforme, ayant conduit à la diffusion de contenus négationnistes et de deepfakes à caractère sexuel. A ce jour, les investigations sont encore plus étendues : la section de lutte contre la cybercriminalité du parquet enquête pour savoir si X s'est rendu coupable de complicité "de détention d'images" à "caractère pédopornographique" ou encore de "contestation de crime contre l'humanité (négationnisme)".

Contacté par l'AFP, l'avocat de X, Me Kami Haeri, n'a pas souhaité commenter à ce stade. Les auditions libres "des dirigeants doivent leur permettre d'exposer leur position sur les faits et le cas échéant les mesures de mise en conformité envisagées", souligne Mme Beccuau. Des salariés de X sont également convoqués du 20 au 24 avril "pour être entendus en qualité de témoin".

"Danger"

Le choix d'un interrogatoire sous la forme d'une audition libre, plutôt qu'une garde à vue, montre l'état d'esprit dans lequel échangent, pour le moment, la plateforme et les enquêteurs. "La conduite de cette enquête s'inscrit à ce stade dans une démarche constructive", indique ainsi Laure Beccuau, "dans l'objectif de garantir in fine la conformité de la plateforme X aux lois françaises, dans la mesure où elle opère sur le territoire national". A l'inverse, dans l'information judiciaire visant la plateforme Kick après la mort cet été en direct du streamer Jean Pormanove, le parquet a émis fin janvier des mandats d'arrêt contre les trois gérants de fait et de droit de la plateforme, elle-même aussi visée en tant que personne morale. Le ministère public a expliqué y avoir été contraint car les protagonistes, convoqués, ne s'étaient pas présentés.

Pour X, tout est parti de signalements du député macroniste Eric Bothorel et du député socialiste Arthur Delaporte. Ces signalements soulignaient une "réduction de la diversité des voix et des options", une plateforme qui s'éloigne d'un objectif de "garantir un environnement sûr et respectueux à tous", un "manque de clarté quant aux critères qui ont conduit aux changements d'algorithmes et aux décisions de modération", ainsi que des "interventions personnelles d'Elon Musk dans la gestion de sa plateforme", soit "un véritable danger et une menace pour nos démocraties". A ce stade, la plateforme ne fait pas l'objet de poursuites pénales dans ce dossier.

Chambres à gaz

Le patron de X France, Laurent Buanec, avait assuré le 22 janvier 2025 que "X a des règles strictes, claires et publiques visant à protéger la plateforme des discours de haine", "lutte contre la désinformation" et que son algorithme "est construit de manière à éviter de vous proposer des contenus de type haineux." La plateforme est également dans le collimateur de la justice française à cause de son intelligence artificielle Grok qui a nié fin 2025, dans un post vu en France près d'un million de fois, la finalité criminelle des chambres à gaz. La Ligue des droits de l'Homme, qui avait porté plainte pour ce post, s'est félicitée de l'"avancée judiciaire" ce mardi. "Il est plus qu'urgent que tous les responsables politiques et d'abord à gauche - Jean-Luc Mélenchon, Marine Tondelier, Olivier Faure, Fabien Roussel et Raphaël Glucksmann - aient suffisamment de courage politique pour montrer le chemin de la sortie", a mis en avant auprès de l'AFP Me Arié Alimi, avocat de la LDH.

La justice française n'en est pas à son coup d'essai contre les géants du numérique, sur lesquels la section spécialisée du parquet de Paris s'efforce d'enquêter. Outre Kick et X, elle a aussi dans son viseur le fondateur de la messagerie cryptée Telegram, Pavel Durov, soupçonné de ne pas agir contre l'échange de contenus criminels, ou encore des géants asiatiques comme Shein et AliExpress après l'affaire des poupées sexuelles à l'apparence d'enfants. "La France est le seul pays au monde à poursuivre pénalement tous les réseaux sociaux qui offrent aux gens un certain degré de liberté. Ne vous y trompez pas : ce n'est pas un pays libre", a d'ailleurs commenté Pavel Durov sur ses réseaux.

X ne veut pas se "laisser intimider"

Le milliardaire Elon Musk a qualifié mardi d'"attaque politique" la perquisition des locaux en France du réseau social X. Dans un second message aussi posté sur son réseau social, l'homme le plus riche du monde, également patron et actionnaire du constructeur automobile Tesla, de la société spatiale SpaceX et de la start-up d'intelligence artificielle xAI, a estimé que les autorités françaises feraient mieux de lutter contre la délinquance sexuelle. Pour sa part, le réseau social a dénoncé un "acte judiciaire abusif" reposant "sur des motivations politiques". "Les allégations ayant justifié cette perquisition sont infondées et X réfute catégoriquement avoir commis la moindre infraction", a affirmé le réseau dans un post. Le parquet de Paris tente manifestement d'exercer une pression sur la direction générale de X aux Etats-Unis en visant notre entité française, étrangère aux faits poursuivis, ainsi que ses employés, au mépris des mécanismes procéduraux établis par les traités internationaux leur permettant de collecter des preuves ainsi que du droit de X de se défendre", a encore affirmé la plateforme. "Cette mise en scène ne fait que renforcer (notre) conviction que cette enquête viole le droit français, constitue un détournement de procédure et porte atteinte à la liberté d'expression", a-t-il souligné, en précisant être "déterminé à défendre ses droits fondamentaux ainsi que ceux de ses utilisateurs". "Nous ne nous laisserons pas intimider par les mesures mises en œuvre aujourd'hui par les autorités judiciaires françaises", a-t-il conclu.

 

 

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