Désinformation, mésinformation ou malinformation : combien ça coûte ?

Pinocchio

Les manipulations informationnelles coûtent cher ! A tous points de vue. Sopra Steria livre une photographie édifiante sur cette industrialisation du mensonge.

On ne se doute pas, en réfléchissant peu du moins, de l'impact économique de l'énorme vague de la désinformation. Une réalité polysémique. Posons les mots d'abord. La désinformation englobe les manipulations informationnelles intentionnelles dont l’objectif, direct ou indirect, est d’influencer les opinions individuelles ou collectives. Le contenu est intentionnellement faux et conçu pour causer un préjudice. La mésinformation est une information fausse partagée sans intention de nuire et la malinformation est une information vraie, mais sortie de son contexte ou utilisée de manière malveillante. Longtemps analysée principalement sous l’angle politique ou démocratique, la désinformation a profondément changé d’échelle ces dernières années. L’essor des réseaux sociaux, l’industrialisation des campagnes de manipulation informationnelle et l’arrivée de l’intelligence artificielle générative ont transformé ce phénomène en un risque économique de grande ampleur.

Cette industrie du mensonge représenterait 417 milliards de dollars en 2024, selon une étude inédite menée par Sopra Steria. Pour la France, c'est 15% du PIB.  "Les impacts se répartissent entre coûts financiers, sociaux et politiques, affectant entreprises, marchés et institutions publiques" précisent les auteurs de cette étude. C'est 393 milliards de dollars d’impacts financiers directs dont 227 milliards de dépenses de consommation influencées par des faux avis en ligne, 11 milliards de dollars de coûts liés aux deepfakes et fraudes utilisant l’IA et 5,5 milliards de dollars perdus dans les arnaques crypto de type pig butchering (ndlr : investissements fictifs). Ayman Awada, directeur exécutif du vertical Services Financiers du groupe Sopra Steria, explique, dans un communiqué, que "cette étude montre que la désinformation n’est plus seulement un problème démocratique. Elle constitue désormais un risque économique massif pour les entreprises et pour les marchés. Avec l’industrialisation des manipulations informationnelles et l’essor de l’intelligence artificielle, les organisations doivent désormais considérer ce phénomène comme un risque stratégique. L’enjeu est clair : passer de la prise de conscience à l’organisation d’une véritable résilience informationnelle au niveau européen".

Désinformation - Sopra Steria

Les campagnes/attaques de manipulation informationnelle se professionnalisent et s’industrialisent. D’après les travaux de Sopra Steria, l’IA a eu un coefficient multiplicateur de 15 à 20% sur l’impact économique de la désinformation. L’asymétrie des forces est exacerbée : la désinformation "rapporte à ceux qui la diffusent et coûte une fortune à ceux qui tentent de la contenir. L'asymétrie est vertigineuse ; à titre d’exemple, Meta aurait généré 16,4 milliards de dollars de revenus publicitaires sur des contenus frauduleux, alors que le budget mondial alloué à l’ensemble des initiatives de vérification de l’information ne dépasse pas… les 100 millions de dollars (dont 45% sont fournis par Meta)" lit-on encore dans l'étude. L’étude montre que ces impacts ne se limitent pas aux seules entreprises : les États, les systèmes de santé et les institutions publiques supportent également une part importante des coûts liés à la désinformation

Appel à la mobilisation collective 

Face à l’industrialisation des manipulations informationnelles, Sopra Steria souligne "la nécessité pour les organisations publiques et privées de renforcer leur résilience informationnelle. À l’image de ce qui s’est produit dans le domaine de la cybersécurité il y a vingt ans, les entreprises et les institutions doivent désormais intégrer la désinformation dans leur gestion des risques. Cela implique notamment de développer des capacités de veille, de détection et de réponse aux campagnes de manipulation informationnelle, mais aussi de renforcer la coopération entre acteurs publics, entreprises, chercheurs et experts". La réponse à ces menaces ne peut être "qu’écosystémique. Le groupe contribue notamment à structurer cet écosystème à travers le Cercle Pégase, un think tank dédié à l’analyse et à la lutte contre les menaces informationnelles, qui réunit institutions publiques, entreprises, chercheurs et experts du sujet".

 (1) Cette étude s’appuie sur une méthodologie ouverte et reproductible, inspirée notamment des approches utilisées par le GIEC, et combine une méta-analyse de travaux existants, l’analyse de cas documentés et une modélisation économique. 

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