Commerce équitable : Max Havelaar publie ses nouveaux chiffres

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(© Unsplash)

À l'occasion de la Quinzaine du Commerce Equitable qui se tient jusqu'au 24 mai 2020 (mais en digital), l'ONG Max Havelaar France publie ses chiffres pour l'année 2019. Le moment donc, d'établir un bilan du commerce équitable Fairtrade/Max Havelaar, et de comprendre ce qui impacte les producteurs, comme ceux qui sont les maillons de la chaine. Et à l'inverse,  de comprendre qui sont les grands oubliés de la chaîne, en matière de plans de soutien et de relance. 

Les Français souhaitent mieux manger. C'est un fait. Comme l'indique d'ailleurs l'étude de l'ONG Max Havelaar France, le commerce équitable a considérablement gagné du terrain en 2019, notamment en matière de produits du quotidien au travers de l'augmentation des ventes de cacao, banane et café). Aussi, sur cette même année, les consommateurs ont été nombreux à s'inquiéter de la traçabilité des produits, ce qui a contribué à l'essor de produits labellisés. Ont également été recensés sur cette période, 902 millions d'€ de chiffre d'affaires de produits labellisés Fairtrade/Max Havelaar en France(+22 % vs 2018), 4 136 produits labellisés Fairtrade/Max Havelaar (dont 71 % bio) et 307 entreprises vendent en France des produits labellisés Fairtrade/Max Havelaar (+  10 % vs 2018). Enfin, ce sont 13,47€ qui ont été dépensés en moyenne par Français et par an (+ 2,39 € vs 2018) pour ce type de références. 

Aussi, comme l'explique Blaise Desbordes, directeur général de Max Havelaar France, les consommateurs ont tout intérêt à se tourner vers le commerce équitable à l'avenir. « Le commerce international crée des inégalités de plus en plus fortes et contribue à détruire notre planète. La crise sanitaire et économique que nous traversons renforcera ces impacts sur les plus fragiles, dont font partie les petits producteurs et travailleurs agricoles des pays en développement. Ils sont les premiers maillons des chaînes d'approvisionnement mondiales, subissent de multiples formes d'exploitation et de violation des droits humains. Le commerce équitable, porté par des ONG et des entreprises engagées, s'oppose à ce modèle dominant ». Une crise qui devrait donc, faire évoluer les consciences et faire changer les modes de consommation (moins d'emballages plastiques, plus de produits locaux, etc).

À ce sujet d'ailleurs, seuls 28% des sondés considèrent que cette crise sanitaire est « un événement qui n'a rien à voir avec la façon dont nous produisons et consommons », contre une majorité estimant qu'il faut au contraire, repenser tout le système (74% de femmes, 73% de 18-24 ans, 73% de 50-64 ans et 74% d'habitants de communes rurales. Mais ce n'est pas tout : après cet épisode ayant bouleversé les esprits, ils sont 80% à estimer qu'après ce confinement, ils privilégieront une consommation responsable. Cependant un véritable « French paradoxe » apparait : l'envie de consommer local avec l'envie de se tourner vers des produits importés. 

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(© Johny Goerend, Unsplash)

Des bananes et du quinoa en veux-tu en voilà

Parmi les plus fortes envies, celles de consommer des produits qui n'ont pas trop voyagé (local donc ou made in France). Pourtant, les personnes qui indiquent, au cours du sondage, favoriser la consommation de produits 100% locaux, éprouvent des difficultés à se passer de produits venant d'ailleurs. Ainsi, 75% d'entre eux ne pourront pas se passer de riz, 73% de gourmands, de chocolat,66% de café, 60% d'épices, ou encore de bananes (55%), de thé (51%) et de quinoa (33%). Quant à la viande, sa consommation semble avoir baissé pendant le confinement des Français (un quart de moins, 23%).

« La contradiction entre le local, paré de toutes les vertus par la moitié des Français pour l’après pandémie, et l’attachement à certaines denrées importées n’est sans doute qu’apparente. La valeur qui domine c’est la volonté de privilégier une agriculture à taille humaine, proche, territorialisée. Les Français veulent soutenir les producteurs dont ils savent bien que la mondialisation débridée les fragilise. Dès lors que des produits favoris comme le café et le chocolat ne peuvent être cultivés en France, pourquoi y renoncer ? Le prix du café revient à 80% aux entreprises françaises, et son transport ne pèse que pour 10% de son bilan carbone… L’enjeu c’est plutôt de garantir un prix juste et de bonnes conditions même loin de nos yeux. Nous défendons d’une certaine manière un développement local lointain. L’équitable doit servir de barrière anti-pauvreté en France comme ailleurs dans une monde largement interdépendant », décrypte encore Blaise Desbordes.

Zoom sur le frigo des confinés

Difficile cependant pour ces consommateurs contraints de rester à domicile, de se passer de légumes pour équilibrer leurs repas (+16%), sinon de lait (+12%) ou de pâtes (+12%). Cependant, la différence est notoire quant aux achats de paquets de sucre: 12% des Français en ont acheté moins pendant le confinement. 

Penser aux producteurs d'ailleurs

Ainsi, si le petit déjeuner se voit impacté par le manque de certains aliments sur le table, il convient de penser au delà de son assiette. Et plus précisément aux paysans et travailleurs vulnérables (dans les pays en développement), poursuit dans sa méthodologie l'ONG Max Havelaar. La raison de cette préoccupation ? Que ces maillons essentiels des chaînes agricoles et alimentaire, sont à ce stade, des grands oubliés des plans de soutien et de relance et demeurent invisibles dans les débats relatifs à la sortie de crise. « Actuellement, malgré l'impact du coronavirus sur leurs communautés, les producteurs du Sud engagés avec Fairtrade / Max Havelaar continuent à approvisionner les consommateurs européens en produits aussi appréciés qu'essentiels comme le thé, le café, le riz, le cacao.... Nous appelons la France et l'Union Européenne à agir pour soutenir ces maillons les plus vulnérables des chaînes d'approvisionnement, et à changer d'échelle les filières équitables dans le ''monde d'après », précise Blaise Desbordes.

En chiffres, l'écueil est d'ailleurs considérable, avec pour une majorité de répondants, le fait que les distributeurs (51%) et les pouvoirs publics (56%) ne soutiennent pas assez les agriculteurs. Et, que deux tiers des Français considèrent que les agriculteurs ne sont pas suffisamment rémunérés (66%). « Le juste prix aux agriculteurs et producteurs est le combat fondamental de notre label depuis 30 ans ; c’est aussi la première motivation des Français à consommer responsable (59%1 ). Les Français interrogés ne créditent visiblement pas les Etats Généraux de l’Alimentation et la loi EGALIM d’avoir changé la donne en la matière. Et dans les pays pauvres où poussent notre café, nos fruits exotiques, notre cacao.., les conditions commerciales et sociales sont pires encore », poursuit Blaise Desbordes.

Alors, qu'en déduire ? Que la crise du coronavirus aura peut-être éveillé les consciences de certains consommateurs. Et qu'elle les aura poussés à changer leurs habitudes et leur façon de s'approvisionner en magasin. À choisir des références valorisantes pour le monde agricole et plus saines pour leur santé, sinon pour la planète (nutriscore, moins d'emballages, choix du local là encore, etc). Reste à savoir si ces habitudes se maintiendront, une fois cet épisode si particulier passé... 

Méthodologie :  Sondage OpinionWay pour Max Havelaar réalisée auprès d'un échantillon de 1092 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. L'échantillon a été constitué selon la méthode des quotas, au regard des critères de sexe, d'âge, de catégorie socio-professionnelle, de taille de commune et de région de résidence. L'échantillon a été interrogé par questionnaire auto-administré en ligne sur système CAWI (Computer Assisted Web Interview) les 14 et 15 avril 2020.

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