Seulement 12% de femmes réalisatrices dans les fictions télévisées

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(© Crédits photo : La Revue des médias. Illustration : Alice Durand.)

Dans les fictions diffusées à la télévision, les femmes sont nettement moins nombreuses que les hommes, tant derrière la caméra - où les réalisatrices ne sont que 12% - qu'à l'écran où les personnages féminins parlent quasiment moitié moins que les hommes. Telles sont les conclusions d'une étude de l'INA (Institut national de l'audiovisuel) portant sur 2008-2018, inédite par son ampleur et réalisée en collaboration avec l'association « Pour les Femmes dans les Médias » (PFDM), présentée jeudi à l'occasion du rapport annuel du CSA sur la représentation des femmes dans les médias.

Elle est publiée quelques jours après l'onde de choc provoquée aux César par l'attribution du prix de la meilleure réalisation à Roman Polanski, visé par des accusations de viol, qui a provoqué de nombreuses protestations, notamment chez des actrices. Pour obtenir le chiffre de 12%, les chercheurs de l'Ina ont mesuré la proportion de réalisatrices dans tous genres de fiction (films d'animation, séries, films ou téléfilms) programmées en primo-diffusion ou en rediffusion sur les chaînes historiques (TF1, France 2, France 3, Canal+, France 5, Arte et M6) pendant 10 ans.

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« La tendance longue montre une amélioration, réelle, mais qui reste très limitée : cette proportion a augmenté de quasiment cinq points entre 2008 et 2018, passant de 10% à 15%, mais la hausse n'est pas continue, et des reculs ont par ailleurs été enregistrés », note l'Ina dans cette étude publiée dans sa Revue des médias. Les productions françaises laissent légèrement plus de place aux réalisatrices (14% en moyenne sur la période) que leurs homologues étrangères et les coproductions (11% en moyenne).

L'étude note une différence entre les chaînes : la proportion de femmes est plus élevée sur TF1 (15,7%) et France 2 (14,3%) que sur France 5 (9,3%) et France 3 (7,4%), en queue de peloton. De manière générale, les chaînes privées sont meilleures élèves que les publiques, notamment grâce à TF1 et Canal+, sur lesquelles la part de femmes réalisatrices a augmenté ces dernières années. En 2018, les chaînes privées ont ainsi diffusé 20% de fictions réalisées par des femmes, deux fois plus que sur les chaînes publiques.

France Télévisions, moteur en matière de parité à l'antenne avec des objectifs ambitieux pour les expertes notamment, souhaite mettre en place des quotas de femmes réalisatrices. « Je pense qu'il faut aller un cran plus loin, il faut des objectifs chiffrés sur les directeurs de collection, les showrunners, ce sont eux qui ont la main sur l'histoire et c'est bien là qu'on peut véhiculer des stéréotypes », a expliqué la patronne du groupe Delphine Ernotte aux députés de la Délégation aux droits des femmes lors d'une audition mercredi.

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Des stéréotypes qui se matérialisent dans les faibles temps de parole dont bénéficient les personnages féminins de fiction. Sur les 54.000 fictions passées au crible, les personnages féminins disposent de seulement 35,4% du temps de parole, contre 64,6% pour les personnages masculins. Ce rapport de deux tiers/un tiers est proche de celui établi avec la même méthode (un logiciel développé par l'Ina) sur l'ensemble des programmes télé (y compris les émissions et l'information) entre 2010 et 2018.

« L'influence du genre du ou des réalisateur(s) est un facteur qui influe sur le temps de parole des femmes : le taux de parole des femmes atteint son plus bas dans les fictions réalisées uniquement par des hommes, avec 34,6% », relève l'étude. Il dépasse la moyenne du temps de parole général quand les fictions sont réalisées uniquement par des femmes (38,2%) et est au plus haut quand hommes et femmes coréalisent (40,8%). Pour Laurence Bachman, présidente de l'association PFDM, « des réflexes grégaires sont en place » dans le milieu, raison pour laquelle elle soutient l'idée de « quotas temporaires », pour quelques années, et préconise de conditionner l'obtention d'aides publiques à la parité.

Pour lire l’intégralité de l’étude, c’est par ici.

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