Vous reprendrez bien un petit kawa ?

L’éditeur savoyard du marketing fait sa rentrée littéraire et nous abreuve d’une production aussi variée que prolifique. Café gourmand de quelques productions.

Kawa n’offre pas le même jus que les autres éditeurs. Il apporte des angles ou des traitements éditoriaux nouveaux. Souvent intéressants même si de temps en temps, l’excés heurte un peu le palais, ou fait mal à la tête.

L’expresso classique tout d’abord. Le livre de Yves Claeyssen (2ème édition) : « La marque face à la révolution client » dont la meilleure définition est le sous titre : « De la transformation digitale à la transformation client ». Il est sain de rappeler que le client est vraiment l’enjeu, quand le digital est l’effet levier. Au delà du digital ou surtout à cause de lui, ce livre reprend les fondamentaux de la marque, montre comment le net modifie profondément son environnement, renouvelle l’expérience client et définit peut être une nouvelle éthique de la marque et de son expression. Un bon kawa, qui a du goût et vraiment du sens. Sans fioriture mais solide, bien étayé et bien argumenté en bouche. A conseiller assez largement à tous publics.

Le café du zinc. «  Moi, Président des couacs » de Joël Amar et Ziad Gebran. Le titre pourrait laisser penser à des brèves de comptoir. Que nenni. Les auteurs relèvent les erreurs de communication, mais immédiatement analysent, dressent des bilans parfois peu flatteurs des valses hésitations, des zig zags et des incompréhensions du « Moi Président ». On est plus dans l’observation politique- datée et documentée - et dans l’enquête de news magazine que dans un livre de science de la communication. A consommer d’un trait (mais peut être fastidieux) ou mieux à picorer suivant des mots clefs qui interpellent chacun de nous à sa façon : Scooter ou loi travail, Leonarda ou Réfugiés, Michel Sapin ou Mathieu Sapin… au final des épisodes du quinquennat en cours et des rencontres avec les acteurs de la cour média politique au filtre de l’actu. Ce texte est à suivre en continu sur le site médiapicking. Que feront ils sous le prochain règne ? Pour les accros du café du comptoir.

Le faux ristretto. « Marketing : 100 pages, ça suffit » de François Laurent co-Président de l’Adetem, universitaire, blogger (Marketingisdead.net), blagueur aussi. L’idée des 100 pages est bonne : elle pourrait être le concept d’une collection à succès, tant les livres de référence prennent du gras pour tenir compte de l’évolution des marques et de la communication imposée par le digital. Dans le cas présent, il ne s’agit pourtant pas d’un manuel de marketing en concentré dont on suivrait un parcours logique. Les intitulés des 8 parties sont déroutants : In real life, Intelligences, Tendances et Innovation, Image n’est pas réputation, Cibles et ciblages, Marketing collaboratif, Communication hybride, Personnal Branding. Déroutant surtout sous un tel titre qui fait penser au « Que sais je », au « …pour les nuls » quand le texte est plutôt celui d’un essai, non exhaustif à souhait. François Laurent y parle de ce dont il a envie et avec talent. Savourez les intitulés un à un lentement, cela vous évoque des points clefs de votre vécu marketing média. Des témoignages soutiennent le goût : dommage qu’ils n’émanent que de conseils, de professeurs et pas assez d’acteurs de marque de food. On est d’ailleurs plus dans l’analyse marketing, les études, les concepts que dans l’action. Un café un peu froid : en page 81, le tableau de Marcel Marc sur les médias (IREP années 70) déjà pillé par tous les auteurs dont votre serviteur en 1989… et qu’il faudra bien actualiser un jour. A lire pour développer sa propre aptitude à la serendipité.

Café allongé. « Chroniques de l’intimitée connectée ». Les mardis du Luxembourg. Peut être le plus déjanté. Une pléiade d’auteurs piliers de la maison appartenant à un « Think Tank bigarré » sorte d’arrière salle de bar rive gauche rassemblant un médiéviste, un avocat, des journalistes, des experts en communication… qui s’essayent à l’art de la nouvelle ou de la libre chronique plus ou moins romancée suivant le talent narratif de chacun pour évoquer ce que sera notre libido au XXIème siècle : elle sera selon eux connectée ou elle ne sera pas. Malraux n’y avait pas pensé, qui s’était arrêté au féminin. La découverte des positions pour l’accouplement en apesanteur y voisine avec la fée serendipité (encore elle !), le psychrobate avec quelque conte pour (grands) enfants, les scénarios catastrophes se succèdent… le symbolisme est fort, les chroniques sont très connotées culture, science fiction, digital… Mercatique fantasy ? Pourquoi pas ! Prenez donc un verre d’eau avec votre kawa et respirez.

Quant à l’addition, elle va de 21,95€ à 25, 90€ selon votre consommation.

PS : une petite critique au patron de l’estaminet  « le Kawa », certaines de vos bibliographies sont illisibles vu le caractère informatique utilisé, c’est regrettable d’autant plus qu’elles sont surtout françaises…ce qui est rare.

Bon brunch du dimanche. 

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