Mode d’emploi contre la fatigue informationnelle

Efficace depuis sa fondation il y a dix ans, le média Brief.me mené par Laurent Mauriac et Edmond Espanel n’a pas changé sa vision du journalisme, ni son modèle économique.

Factuel, synthétique et facile d’accès. Le média Brief.me compte sur la même formule depuis dix ans. La newsletter envoyée à 18h30 du lundi au vendredi propose aux lecteurs les principales actualités de la journée. Un format compact qui rassemble quelques brèves et un sujet plus développé. Une lettre d’information dédiée à une unique actualité plus détaillée est également envoyée le samedi matin. La promesse est d’informer le public en moins de dix minutes de lecture. « Nous proposons un produit fini qui donne la satiété de l’information », soutient le directeur général et cofondateur Edmond Espanel, rencontré autour d’un café dans le 9e arrondissement de Paris en compagnie du directeur de la rédaction et autre cofondateur, Laurent Mauriac.

En 2015, ils entendent combattre la fatigue informationnelle à travers une lettre d’information sourcée, simple et compréhensible : « Un maximum de sens en un minimum de mots », décrit Laurent Mauriac, qui est également coprésident du Syndicat de la presse indépendante d’information en ligne. Selon une étude coréalisée par la Fondation Jean-Jaurès, L’ObSoCo et Arte fin 2024, près de 54 % des Français se déclarent fatigués de l’information. Pas de quoi décourager les dirigeants de Brief Media : « Brief.me réhabilite la fonction délaissée du journaliste : la hiérarchisation de l’information. » La rédaction rend aussi l’information plus accessible à travers une approche pédagogique. Ce travail passe notamment par des choix de syntaxe. « Nous n’utilisons pas de périphrases pour éliminer les barrières linguistiques », explique Laurent Mauriac. Les journalistes n’utilisent pas par exemple l’expression « Place Beauvau » pour désigner le ministère de l’Intérieur.

Le modèle s’est étoffé en dix ans d’existence. Brief.me fait désormais partie de Brief Media qui comprend les déclinaisons Brief.science et Brief.eco. Du côté des supports, les newsletters sont devenues disponibles sur un site, une application utilisée par 25 à 30 % des lecteurs, ainsi qu’une version audio suivie par 5 à 10 % des auditeurs.

Le pari de l’abonnement : rentable

En 2015, Brief.me est lancé à l’aide d’une campagne de financement participatif. Aujourd’hui, l’entreprise affiche près de 1,7 million d’euros de chiffre d’affaires en 2024, dont 300 000 euros de produits d’exploitations. Ces derniers correspondent à des subventions, dont l’aide au pluralisme du ministère de la Culture (236 733 euros en 2024). Depuis 2021, la société est rentable à l’aide de son modèle économique. Dès le départ, il n’est pas question de miser sur la publicité, mais uniquement sur l’abonnement. « Le modèle publicitaire incite à produire en masse, souvent au détriment de la qualité de l’information », analyse Laurent Mauriac, ancien cofondateur du site gratuit Rue89. Pour accéder à Brief.me, le lecteur débourse chaque mois environ 6 euros.

En plus de cette offre grand public, Brief Media vend ses abonnements à des professionnels (entreprise, université, bibliothèque…). La newsletter est envoyée à environ 40 000 comptes professionnels. Deux sources de diversification s’ajoutent à ce plan économique. À commencer par la distribution exclusive sur le marché professionnel d’autres médias en ligne comme Les Jours, L’Orient-Le Jour ou Marsactu. Récemment, en mars dernier, Brief Media a lancé son activité de studio Data & Infographies. À la tête de ce nouveau studio, François Prosper imagine des contenus pour les rédactions internes et pour des clients externes. Il fait partie des cinq postes créés depuis l’année dernière. Parmi eux, le poste de chef de projet éducation aux médias et médiation scientifique occupé par Louis Barchon et celui de responsable de la communication tenu par Anne Hartenstein (Le 1 hebdo…). Au total, près de vingt personnes, rédaction et services compris, travaillent au sein de Brief Media.

Une maturité d’abonnés en attente

Brief.me compte 12 500 abonnements individuels avec qui la rédaction échange régulièrement. Brief.me leur propose par exemple de choisir un sujet parmi les trois suggérés pour sa newsletter du samedi matin. Des sessions de rencontres et un baromètre annuel permettent à la rédaction d’entretenir un lien avec ses lecteurs. Tous les ans, le taux de réabonnement est d’environ 70 %.

Le média possède un lectorat urbain, féminin, actif et jeune (85 % ont moins de 45 ans). « Nous n’avons pas atteint la maturité, il y a encore des marchés à conquérir sur toutes les cibles d’âge », affirme Edmond Espanel. Une équipe commerciale travaille sur les abonnements professionnels. Pour ce qui est du grand public, une difficulté persiste : « Nous n’avons pas la notoriété de certains médias grands publics, ni la compréhension de ce que nous proposons », souligne le directeur général.

L’entreprise mise sur le bouche à oreille à travers un outil de parrainage ou encore sur une période d’essai gratuite de trente jours. Autre temps fort pour se faire connaître, les célébrations prévues cet automne pour fêter les dix ans d’existence de Brief.me.

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