Matthias Leullier
Pousser la porte du bureau de Matthias Leullier, c’est embarquer pour un voyage au cœur de la pop culture et des plus grands événements live. Objets cultes et passion contagieuse : rencontre avec l’artisan de l’émotion chez Live Nation France.
Pénétrer ce bureau vous envoie direct en backstage avec accès en coulisses de quelques-uns des plus grands noms et moments de la pop culture. Les objets qui y trônent ont été choisis avec soin et prennent vie dès que leur propriétaire vous en conte l’histoire. Des anecdotes autour de shows orchestrés devenus mythiques, à l’instar des JO de Paris, tout comme elles vous permettront de pénétrer un défilé d’Hedi Slimane (dont il est le show producer depuis 2007), ou encore les travées de Lollapalooza (dont il a participé à la création après avoir contribué à la naissance de Rock en Seine)... Une diversité d’expériences à l’image du quotidien aussi pluridisciplinaire que bien rempli du directeur général adjoint de Live Nation France.
C’est en 2016 que Matthias Leullier rejoint l’entité française du premier groupe mondial de l’entertainment musical, allant de la production de concerts et de festivals au management d’artistes, à la gestion de salles ou encore de billetterie (Ticketmaster, Live Nation Concerts et Live Nation for Brands). La devanture et l’entrée assez anonymes de l’immeuble qui abrite les 130 employés à quelques encablures de la Bourse ne préfigurent en rien de l’émulation qui règne dans les étages. Les occupants des lieux représentent aujourd’hui le plus important roster de talents internationaux (U2, Coldplay, The Weeknd, Drake, Bruno Mars…), d’artistes français (Nekfeu, La Femme, The Blaze, Vald…), ainsi que de festivals et d’événements de toute envergure (Lollapalooza Paris, Main Square…). Le secret d’un tel succès ? « Notamment la transversalité de nos métiers, savoir-faire et compétences », rétorque Matthias Leullier. « Live Nation France, c’est plus de 2 millions de billets vendus et plus de 2 500 événements par an. » Et la capacité inégalée de fédérer des communautés qui se rassemblent pour partager des moments très émotionnels. « Plus le monde se digitalise, plus on se démarque par la capacité à fournir des expériences inoubliables, que ce soit un concert de Beyoncé ou une soirée Amex », poursuit le chantre de « money can’t buy ». En matière d’expériences uniques, retour sur les JO de Paris.
Ce moment unique immortalisé en grand format trône au-dessus de son bureau. L’intéressé, au Stade de France, entouré de Angèle, Phoenix ou encore Kavinsky, auxquels il prodigue ses dernières directives avant leur entrée sur scène pour le show de clôture olympique. Tout près, posée à même le sol, une affiche clin d’œil à sa passion pour Gustave Doré, célèbre illustrateur du XIXe siècle. Et une anecdote. Il travaille alors avec un artiste électro français, Gesaffelstein, qui a notamment produit Lady Gaga. En 2021, ce dernier produit alors l’album « Donda » de Kanye West. Matthias Leullier lui montre le travail de Gustave Doré, dont sa réinterprétation de l’Enfer de Dante. L’image a finalement inspiré le premier clip sorti de cet album. À proximité, une figurine de Beavis et Butt-Head, icônes des années 1990 mais aussi des années MTV. « Nous en sommes tous un peu les enfants, sourit-il. Les clips, notamment ceux de Michael Jackson… on a grandi avec », commente-t-il. Autre souvenir, une fête de The Blaze à l’occasion d’un Bercy, une batte aux couleurs du groupe Justice ou encore une « boule magique », souvenir d’un clip axé sur le bowling pour Mojo. Le premier groupe qu’il a managé, et un premier tube en tête de tous les charts, « Lady » en 2001, marquant son entrée dans le monde de la musique. Chaque objet s’accompagne souvent d’une anecdote parfois sous le sceau d’une confidentialité requise par une telle proximité avec les artistes. « Il y a 25 ans, il y avait encore des pianos qui passaient par les fenêtres. Je fais un peu vieux routard en disant ça mais les artistes peuvent se permettre beaucoup moins de choses aujourd’hui. Cela s’est très professionnalisé, et le live est quand même leur driver numéro un. » Dans ce monde plus aseptisé où les rappeurs ne sont toutefois pas en reste, l’intéressé s’astreint quant à lui à bien canaliser son rythme de travail, notamment en soirée au regard du nombre d’événements produits. Coulisse rime avec endurance.