Nicolas Rieul (L'Alliance Digitale) : “Être attentif à la montée en puissance de nouveaux gate keepers”
Alors que l'investiture de Donald Trump a marqué un tournant dans la politique des grandes plateformes américaines, Nicolas Rieul, président de l'Alliance Digitale, s'inquiète des conséquences pour le secteur de l'adtech européen.
cb news_ Selon vous, les principaux faits marquants de 2024 sont avant tout d’ordre politique. Pourquoi ?
nicolas rieul _ L'instabilité politique de la France diminue son poids en Europe, alors qu'une bascule s'opère à l'échelle internationale, et notamment aux États-Unis où, à l'image d'Elon Musk, certains appellent à déconstruire tout ce qui limite la liberté d'expression. Il s'est attaqué au GARM en menaçant la WFA de poursuites, accusant les annonceurs de s'entendre pour boycotter X et limiter sa liberté d'expression. C'est cette valeur qui prime désormais, et qui se concrétise par la reculade de Mark Zuckerberg sur le fact-checking, alors que l'on fait plus que jamais face à une « weaponization » des réseaux pour désinformer et influencer les votes. La France et l'Europe doivent se préserver des ingérences étrangères, et c'est ce qui a ouvert la voie au Digital Services Act. Selon moi, le risque serait de rétropédaler à notre tour. Mais c'est mon opinion, et c'est là toute la difficulté du « free speech » : toutes les opinions se valent.
cb news_ Quelles sont vos autres priorités en 2025 ?
nicolas rieul_ L'IA reste bien sûr un enjeu. Il faut accompagner l'évolution des métiers du marketing digital, qui concernent plus de 300 000 personnes en France, avec nombre de petites agences et de freelances, mais aussi l'évolution de la partie réglementaire sur le sujet. L'Alliance, qui je le rappelle a été rejointe par les membres de la Data Marketing Association en 2024, a vocation à défendre les intérêts de la filière, comme elle l'a fait en étant partie prenante de la décision de Google de ne plus mettre fin aux cookies tiers sur Chrome. D'ailleurs, ce point sera aussi un gros sujet pour nous, puisque Google a décidé de donner le choix à l'utilisateur, sans détailler davantage son calendrier ou la façon dont il compte le faire. On est vigilants quant à cette annonce. On ne veut pas qu’elle soit une forme « d’ATT déguisée » et nous continuons les discussions avec Google et les régulateurs sur le sujet. La décision de l’Autorité de la concurrence à la suite de notre plainte contre ATT déposée en novembre 2020 ne devrait d’ailleurs pas tarder.
cb news_ Vous évoquez les enjeux réglementaires de l’IA. Quelle est votre position sur le sujet ?
nicolas rieul_ Il faut trouver un équilibre permettant de ne pas étouffer l'innovation française et européenne dans un monde totalement dérégulé sur ces sujets. Par ailleurs, il faut être attentif à la montée en puissance de nouveaux gate keepers du côté des outils d'IA générative, alors que de nombreuses sociétés vont les utiliser pour développer de nouveaux services. L’enjeu est le même que celui que nous avons connu avec d’autres acteurs : comment se protéger dès lors qu'un changement de politique d'une de ces plateformes peut faire peser un risque sur votre propriété intellectuelle ou les performances de vos solutions ?