La sélection de Maxime de Pommereau
Tous les mois, nous demandons à des créatifs de nous dévoiler leurs sources d'inspiration, leurs découvertes, leurs influences, leur jardin secret.
C’est rare d’entendre une telle phrase : « J’avais besoin de me former aux rapports humains »… Ce n’est pas un ermite misanthrope qui la prononce. C’est Maxime de Pommereau, directeur de création chez Heaven depuis un an. Après quelques années en agences (Publicis Conseil et Marcel), après une formation à Penninghen, Maxime de Pommereau décide qu’il a « des progrès à faire pour embarquer une équipe. Vous savez, tous ces petits mots pour créer des liens entre les gens. » Il se définit comme un « élève du fond de la classe qui s’ennuyait beaucoup ». Dossier scolaire « nul » avec un tropisme artistique parce que dans sa famille, il y avait un graphiste formé à Olivier de Serres qui le fascinait. En quittant les agences, il devient assistant, pendant deux ans, pour des photographes et des réalisateurs. Les mains dans le moteur avec une troupe de talents qui doivent jouer la même partition. Son, lumière, régie technique, décors, script, maquillage… « J’avais besoin d’être au cœur du processus de création si je voulais rester dans ce milieu. Pour être juste dans son travail, il faut bien écouter. » Son métier aujourd’hui, c’est de « faire s’accorder des talents ». Après cette séquence, le cadre agence lui manque. « Je suis directeur artistique à l’origine », continue-t-il, « j’ai participé en free à un appel d’offres pour la content factory de Sephora. On a gagné. L’agence s’appelait Zagett et c’était énorme ! Des milliers de contenus produits par an et des rencontres incroyables. » Chez R2 ensuite, il a accompagné la mutation de la boîte de production vers une agence de communication et de publicité. « J’ai toujours aimé être dans une position de défricheur. D’outsider également. » Contrairement au blues du businessman, Maxime de Pommereau n’a jamais « voulu être un artiste ». Il « répond créativement aux besoins d’un client. Parce que je suis depuis toujours fasciné par les marques. Pour quelles raisons les choisit-on ? Pourquoi certaines nous marquent-elles si profondément ? » Le spectacle de l’exercice de la consommation le « fascine ». Et il observe tout. Les affiches, les packs dans les rayons des supermarchés, toutes les interactions, notamment digitales… Ni misanthrope, ni ermite, ni timide non plus. Il convient de l’écouter.
1 Réseaux sociaux - Créativité galopante
J’ai 40 ans et je travaille dans une agence très « tech » ! Il y a de la créativité sur les réseaux et le niveau monte. J’ai un profond respect pour tous les créatifs. Mon préféré est sans doute Pablo Rochat.
2 Musique - Éclectisme
J’ai grandi dans le rap et mes choix se font de plus en plus éclectiques. Je cours beaucoup en musique [il a créé au sein de l’agence le Heaven Running Club, ndlr] et en ce moment ma bande-son c’est du jazz hip-hop. En revanche, je ne suis pas du tout concert. Trop de monde.
3 Photo - Visions singulières
J’ai toujours un appareil photo sur moi. Ce qui me convient comme « contrainte ». Je suis admirateur du travail de Saul Leiter. Son œil est cinématographique, ce qui m’inspire beaucoup. Tout comme celui d’Édouard Boubat. Et les photographies de nature dans la neige de Jérémie Villet sont incroyables. J’ai gardé quelques bouquins d’art, même si à force de déménager, j’en ai moins. C’est lourd, les livres !
4 Nature - Dame de compagnie
J’ai besoin d’elle. Souvent. La nature est une compagnie depuis l’enfance. J’ai eu la chance d’aller tous les week-ends, toutes les vacances scolaires chez mes grands-parents à côté de Chartres. Je taillais des bouts de bois, construisais des cabanes, allais à la pêche… Je suis fasciné par les oiseaux. « Le Guide des oiseaux de France » aux éditions Belin et l’application Merlin Bird ID m’accompagnent pour cultiver cette passion.
5 Spectacle Vivant - Minimal
J’ai découvert la danse contemporaine. Le minimalisme, l’expression brute et première de cet art me touchent. « Margem » de Victor Hugo Pontes au Théâtre des Abbesses et (La)Horde du CCN Ballet national de Marseille m’ont marqué.
6 Lecture - Pages d’émotions
Je n’ai jamais été un « littéraire ». Et c’est un manque. J’ai lu et beaucoup aimé « Sur les chemins noirs » de Sylvain Tesson. Même si le personnage m’énerve un peu, ce texte est formidable. Je suis davantage lecteur de bande dessinée. Un genre qui m’intimide moins, je crois. « La Route » de Manu Larcenet est un chef-d’œuvre. Peu de mots et tant d’émotions dans le dessin. J’aime cet auteur. Sa franchise sur les coulisses de son travail est inspirante.
7 Vidéo - Fan de YT
Je n’ai pas de télé. Sans doute parce que je n’ai pas grandi avec. J’apprécie YouTube parce qu’on y croise de vraies gens. Pas d’animateur star par exemple. On y trouve tout et parfois n’importe quoi, mais c’est une source d’inspiration infinie. En ce moment par exemple, je regarde tout ce qui concerne la réhabilitation d’un véhicule en camping-car. Et puis je crois que l’algorithme de YouTube m’aime bien, parce que je lui échappe un peu.