Gilles Deléris

On a du mal à trouver la tour Horizons de Jean Nouvel dans ce quartier de Boulogne-Billancourt. Un comble. Une fois dans le bureau de Gilles Deléris, on est hypnotisé par la vue sur Paris.

Il l’a placé bien en vue dans la bibliothèque de son bureau, ce Black Pencil gagné aux derniers D&AD. « Parce que vous veniez cet après-midi. D’habitude il est ailleurs à l’agence », nous dit Gilles Deléris, coprésident en charge de la création de l’agence W Conran Design, d’une manière assez touchante. Même si nous le savons depuis le printemps, car nous étions à Londres pour couvrir la compétition (CB News est partenaire des D&AD1). Il y a aussi les boules du Club des D.A. remportées cette année : meilleure agence design de l’année et un premier prix pour le directeur artistique Peio Ospital. Mais ces trophées ne sont pas ce qui nous cueille en pénétrant dans ce bureau situé au 18e étage de la tour Horizons signée Jean Nouvel. C’est… la vue ! Un horizon sur Paris. « Quand j’arrive le matin, c’est café et contemplation face à ce qui est devant mes yeux », explique Gilles Deléris. « Nous sommes installés ici depuis le printemps sur les deux derniers étages. C’étaient des plateaux vides. Nous avons très peu cloisonné et opté pour un minimalisme assumé. La vue est l’ingrédient principal de ces nouveaux locaux. » Des touches de vert ont remplacé le jaune original de l’agence (créée en 1997 avec Denis Gancel et Frédéric Messian) depuis l’intégration au printemps 2024 au réseau Conran Design Group (groupe Havas). S’il n’est « ni fétichiste, ni nostalgique », il y a quelques objets qui le suivent partout. Son bureau (le meuble), plaqué contre la paroi vitrée, le canapé pop et une drôle de machine qui est « la première imprimante 3D », nous apprend-il. « Elle est arrivée des États-Unis en kit, c’est une Maker Bot, et nous l’avons eue avant la Cité des sciences. Bon, elle n’a presque jamais fonctionné. »

Passé à l’Ouest

Gilles Deléris est de Vitry-sur-Seine dans le Val-de-Marne, situé dans la « ceinture rouge » de la capitale. Une ville communiste depuis cent ans. « Aux Arts déco, j’ai rencontré François Miehe, professeur et fondateur du collectif de designers et de graphistes Grapus [une contraction de crapule stalinienne et de graphisme, ndlr]. Je conserve depuis leur cadeau : un coupe-carotte. » Un objet bricolé d’une grande poésie parce que drôle. Et « je suis passé à l’ouest en rejoignant la pub et précisément BDDP ». Au-delà de l’allégorie géographique et politique, Gilles Deléris est conscient que le travail de l’agence, réalisé pour les Jeux olympiques de Paris 2024 , pendant cinq ans, les a propulsés dans une autre dimension. « Oui le téléphone sonne beaucoup plus, oui nous sommes davantage consultés et remportons des appels d’offres. » Bien sûr dans le domaine sportif et de citer un pitch (perdu) pour l’UEFA, qui « ne nous aurait jamais contactés sans nos créations pour les JO ». L’agence travaille en ce moment pour le rebranding de Kiabi, de Relay (avec une nouvelle mascotte, « Hay »), Casino, Dacia, LVMH pour la F1… On remarque de petits tubes de peinture et des petits carrés Pantone jaunes sur son bureau. Il ne veut pas dire de quoi il s’agit. Juste « une réflexion sur la couleur d’une marque ». On avait oublié que le créatif ne parle pas beaucoup d’ordinaire.

Amelle Nebia

1. Lire dans le CB News de l’été « Jeux, design et Black Pencil ».

Filtrer par