La sélection d'Anaïs Zuili

Directrice artistique, puis directrice de création chez Rébellion, Anaïs Zuili est surprenante. Elle n’avait pas envisagé la création publicitaire comme un métier. Deux professeurs à l’école Condé de Lyon ont tout chamboulé.

C’est « Co-naissance » de l’agence Rébellion qui a remporté cette année la deuxième édition du concours Futurs désirables, organisé par le Club des D.A. et présidé par Rémi Babinet. Le brief était « Vivre ensemble en 2035 ». Dix ans, c’est plutôt « raisonnable » pour se projeter pour certains d’entre nous. « Co-naissance » est un programme sociétal mondial porté par les Nations unies, lancé le 1er janvier 2035. Chaque enfant, dès la naissance, sera lié de manière durable à un autre enfant né à la même heure, quelque part dans le monde. Une relation symbolique entre deux êtres humains qui partagent un même départ de vie. Un point commun, libre de tout conditionnement culturel, social ou géographique. « Nous avons décidé de participer lors d’un iderdnev », explique Anaïs Zuili. Le iderdnev, c’est vendredi à l’envers ! Un rendez-vous mensuel entre la dizaine de créatifs que compte l’agence basée à Paris et Marseille. « On cherche ensemble ce qui nous anime, nous interroge, nous fait kiffer », continue la créative. « Nous avons tous pitché, avec le planning stratégique aussi. » Elle tient absolument à citer Nayah Bamoudrou, la directrice artistique en alternance qui « a bossé sur le projet de A à Z ! Et nous avons gagné ! » Directrice de création depuis quatre ans au sein de l’agence, avec Gaylord Brossard, Anaïs Zuili a débuté sur les chapeaux de roues. Stagiaire chez TBWA (Integer, Zakka), elle a été embauchée en CDI avant la fin de ses études à l’école Condé de Lyon. Un BTS en arts appliqués. « J’étais passionnée par l’histoire de l’art, le design et l’architecture et je n’avais pas envisagé la publicité. Mais j’ai eu deux professeurs en graphisme et publicité qui ont tout changé dans ma perception de la création. » Elle « adore » toujours travailler en agence et mesure sa chance d’être « toujours en éveil » sur le monde qui l’entoure. De s’infiltrer dans des problématiques très différentes les unes des autres, en quelque sorte. « Notre cabinet de tendances interne Trends for Change, piloté par Aude Legré, nous est nécessaire ! » Et d’ajouter : « C’est beaucoup de travail, d’investissement personnel. Et ce qui demeure difficile, c’est de perdre un appel d’offres ou de ne pas être compris sur une création. » Optimiste « de naissance », elle écoute un air de duduk et ça repart.

Le son du duduk

C’est une immense flûte que le duduk – qu'on appelle aussi doudouki, dodoug ou dadouk –, un hautbois essentiellement joué dans le Caucase, symbole de la musique arménienne. « Cette sonorité orientale est une grande alliée dans ma vie. » On a fait connaissance avec le duduk depuis, et c’est effectivement hypnotique.

Allégorie créative

C’est son grand-père qui lui fait découvrir les silhouettes fragiles d’Alberto Giacometti. Elle les envisage comme « une allégorie des créatifs. Sans cesse en équilibre. » Il y a certes de cette fragilité longiligne chez Giacometti, mais surtout une force et une détermination.

Poésie corporelle

Le documentaire « Pina » de Wim Wenders l’a profondément émue. Elle aime « la poésie corporelle et la danse des émotions » ainsi que « l’interrogation perpétuelle des relations humaines » de la chorégraphe Pina Bausch.

Fille de psy

Elle a dévoré les séries « Empathie » et « En thérapie ». Elle se définit comme « très sensible », ce qui fait sa « force ». Passionnée par les histoires – petites et grandes – des gens, cette fille de deux parents psychologues assume complètement son empathie.

Optimisme… pas bisounours

Son livre de chevet c’est « Humanité : une histoire optimiste » de Rutger Bregman, paru en 2020. Le postulat de départ, c’est de prouver, par la science notamment, que l’homme est bon. Radical comme croyance… « J’ai besoin de le relire souvent. L’optimisme c’est sérieux », poursuit la créative, « savez-vous que l’Homme est le seul animal à rougir, par exemple ? » On va lire l’ouvrage.

Femmes artistes

Le collectif d’artistes féministes Misschiefs, créé par la Suédoise Paola Bjäringer, est un mouvement très uni qui explore la gravure, la mode, la décoration… « C’est ma source première d’inspiration », explique Anaïs Zuili, qui en est la directrice artistique. Misschiefs sera présent à la Design Week de Barcelone en octobre prochain. Avec « Personne ne met bébé dans le coin » qui explore la thématique de l’avortement. Après avoir essuyé les refus de Paris et de Stockholm.

Amelle Nebia

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