"Réactiver l’avant-garde", par Stéphanie Jolivot (Publicis Media)
Aujourd’hui, la mode est en crise. Pas seulement économique, mais existentielle. À l’heure du grand mercato de la mode et de la frénésie algorithmique des défilés sur les réseaux sociaux : comment retrouver l’avant-garde sans renier la permanence, comment faire du patrimoine un laboratoire ?
La mode n’est pas un flux, c’est une littérature textile, une archive sensible, une célébration de la matière et du geste.
La réponse tient peut-être dans une tension créative : déplacer les codes, hybrider les savoir-faire, transformer la couture en espace expérimental.
La nomination de Grace Wales Bonner chez Hermès incarne ce basculement : une créatrice qui conjugue la rigueur sartoriale du tailoring avec une lecture contemporaine du streetwear. Wales Bonner s’impose comme une curatrice culturelle, orchestrant des dialogues entre vêtements, musique, littérature et arts visuels. Ses expositions de la Serpentine à la Biennale de Venise témoignent d’une vision où la mode devient une réflexion sur l’identité, un lieu de mémoire et de métamorphose.
Le vêtement devient l’expression de son identité, architecture intime, archive vivante, poétique du corps.
Créer, c’est être un artisan du risque.
C’est sculpter le corps comme Alaïa. C’est écrire sur la manche d’une veste comme Olivier Saillard, lors de ses performances. C’est « oser la contrainte pour faire jaillir la nouveauté » comme Jonathan Anderson. C’est suivre la philosophie de Dries Van Noten : « L’acte le plus radical à faire aujourd’hui est de ralentir ».
Dans un monde saturé d’images et de consumérisme, il est temps de réinventer la mode comme acte de résistance, de responsabilité et de liberté.
La mode est plus que jamais un marqueur social et culturel, révélant les tensions entre apparence et identité, entre innovation et héritage de la marque.
Joan Didion, essayiste américaine et muse intemporelle, partageait son allure minimaliste et intellectuelle, non pas par choix esthétique mais par choix stratégique : un refus du chaos en portant une vision prophétique de la mode : « Le style est caractère. »
Et si demain le vêtement était une protection, un manifeste personnel privilégiant l’authenticité et la fonctionnalité, un espace de liberté où se joue notre rapport au monde ?
La mode sera une architecture intime, une provocation élégante, une grammaire de la forme, un langage du corps, une allure qui défie le temps.
Elle sera culture. Elle sera identité. Elle sera un acte créatif en mouvement.
Elle sera esthétique et éthique pour notre bien-être.
Elle sera libre, affranchie des tendances imposées.
« Il n’y a pas d’élégance sans élégance de cœur » – Yves Saint Laurent
Stéphanie Jolivot, DG pôle luxe business intelligence Publicis Media.