Aglaé de Beauregard (L'Oréal) : « Créer l'exceptionnel »
En pleine phase d’expansion avec les acquisitions de la branche beauté de Kering et le développement de l’usine de Gauchy, L’Oréal vit de grandes heures. Aglaé de Beauregard, directrice générale de la division luxe pour la France, chapeaute la vingtaine de marques qui composent le pôle. Entretien.
cb news_ L’Oréal figure dans le classement Time des 100 entreprises les plus influentes et pour Fortune, vous étiez cette année l’entreprise la plus innovante. Qu’est-ce qui est le plus remarquable ?
aglaé de beauregard_ Je pense que c’est cette volonté farouche d’être au cœur d’une innovation qui propulse vers la modernité. La mission est de s’assurer que tout ce que l’on réalise fait aussi avancer le monde. L’innovation est une vraie hygiène de fonctionnement, de goût pour l’audace, avec des prises de risques et les échecs qu’elles peuvent parfois engendrer. Pour L’Oréal Luxe, il s’agit de proposer l’exceptionnel, ce qui n’existe pas, ce qui n’a pas été encore imaginé ou même rêvé, et qui fait qu’ensemble, nous créons ce luxe de demain.
cb news_ Quand vous évoquez l’innovation comme élément de différenciation et valeur principale de L’Oréal, vous la mettez au même niveau sur le segment luxe ?
aglaé de beauregard_ L’innovation est au cœur de la proposition du luxe. Parmi les grands succès qui ont marqué cette année, il y a Make Me Blush d’Yves Saint Laurent Beauté, un blush compact qui est devenu le produit le plus recherché en maquillage dans les parfumeries dès son lancement. Ce blush a été conçu avec des codes couture très puissants, avec un lien très fort à la maison Saint Laurent et il met en scène une Dua Lipa plus cool et connectée que jamais.
cb news_ La beauté, c’est un héritage ?
aglaé de beauregard_ Dans notre vision du luxe, l’héritage se transmute en une vision prospective, un legs précieux qui, loin de peser, éclaire et façonne les contours d’un avenir audacieux et innovant. Il n’y a pas d’héritage s’il n’y a pas de transmission à la jeune génération tout en étant fidèle à la vision, l’ADN de chaque marque. Finalement, nous enrichissons chaque jour cet héritage : un véritable patrimoine vivant.
cb news_ C’est très difficile aujourd’hui d’apporter quelque chose de nouveau, comme Touche Éclat en son temps. Il y a eu tellement de choses que ce n’est pas simple d’innover…
aglaé de beauregard_ Ce n’est pas simple, mais vous êtes chez le leader de la beauté et le leader du luxe mondial. Donc, par essence, c’est notre savoir-faire. Vous citez Touche Éclat, vous vous souvenez sûrement de Rouge Pur Couture The Slim de Saint Laurent, ce premier rouge à lèvres longiligne à la matité absolue tant sa concentration en pigments est intense. Cette année, Make Me Blush et Loveshine ont affolé les parfumeries. Des objets exceptionnels tant par leur efficacité que par leur conception esthétique. Chaque détail compte dans notre métier. Pour surprendre des clients, il faut accomplir des prouesses. Le Cassandre de Saint Laurent qui encapsule la pièce de verre du flacon de Libre, c’est magnifique : une véritable œuvre d’art.
cb news_ Pour les marques issues de la mode, la beauté constitue une sorte d’écho. Avec Mugler, vous gérez la mode aussi. Est-ce que ce n’est pas un peu compliqué, ces deux métiers étant très différents ?
aglaé de beauregard_ Oui, les métiers sont différents et je ne pourrai vous donner un regard aussi précis sur la mode que sur la beauté. En revanche, ce qui me fascine dans mon métier, c’est la capacité qu’a la beauté à encapsuler une partie des idéaux d’une génération. C’est une façon de signer une époque. La matité illustrant la perfection couchée sur un papier glacé a laissé place au « glow », signature d’une génération qui prône une beauté plus lumineuse, naturelle et authentique. Recréer la fraîcheur de la rosée du matin et de la jeunesse sur le teint et les lèvres. La beauté est vivante, elle exprime les codes d’un idéal, d’un rêve. Par ailleurs, la beauté offre la possibilité d’encapsuler l’essence d’une marque, de son univers, de sa signature. Glisser un rouge à lèvres Prada dans son sac à main, c’est emporter une « pièce » de la maison.
cb news_ Est-ce une façon d’intégrer le luxe par la porte la plus accessible ?
aglaé de beauregard_ Les nombreuses maisons qui ont confié à L’Oréal Luxe le développement de leur ligne cosmétique ont en réalité confié la responsabilité de leur identité olfactive. N’est-ce pas très intime ? Je crois qu’il faut y voir un grand signe de confiance en notre savoir-faire. Cela nous oblige à viser l’excellence chaque jour !
cb news_ Le parfum est-il un révélateur de personnalité ?
aglaé de beauregard_ Les effluves que nous rencontrons, que nous portons ou que nous associons à des moments et des personnes forgent ce que j’appellerais notre « référentiel olfactif », une véritable bibliothèque sensorielle. Elles deviennent des ancrages émotionnels et sont, pour beaucoup, de grandes sources de bien-être, de réconfort ou d’affirmation de soi. Le parfum est une forme d’expression non verbale de la personnalité ou de notre humeur du jour. C’est une signature intime qui dialogue avec le monde qui nous entoure.
cb news_ Est-ce que pour toutes les marques liées à la mode, le lien est fort ? Comme monsieur Armani était investi dans la conception de ses parfums ?
aglaé de beauregard_ Bien sûr, les liens sont forts et constructifs avec chacune des maisons. Les échanges permettent d’innover, d’avancer.
cb news_ Quelles sont les priorités de vos marques en France ?
aglaé de beauregard_ La France est le marché domestique du groupe et le berceau du luxe mondial. L’Oréal Luxe est leader du parfum en France avec une approche très complémentaire dans le portefeuille parfums. Nous sommes fiers d’occuper les deux premières places du podium avec Libre et La Vie est Belle. Aux côtés des grandes lignes, notre actualité s’est intensifiée cette année sur le marché des collections de haute parfumerie avec le relancement du Vestiaire des Parfums de Saint Laurent et l’accélération continue de Replica de Margiela.
cb news_ Soin et maquillage sont-ils aussi très importants ?
aglaé de beauregard_ Absolument. Notre mission est d’offrir la beauté la plus performante avec des soins de très haute technologie que vous pouvez trouver chez Lancôme. Nous avons également à cœur de proposer des soins plus accessibles avec Biotherm : le développement de Collagen Fit pour le corps a été très remarqué.
Avec le maquillage, nous portons la modernité des marques. L’innovation est omniprésente dans nos packagings et nos formules. Mais pas seulement. Le relancement de Juicy Tube porté par Aya Nakamura est l’illustration de la parfaite symbiose entre héritage et modernité. Lancôme ne prend pas une ride, comme une illustration de la longévité. N’est-ce pas extraordinaire de fêter les 90 ans de la marque avec une actualité si vibrante ? En septembre, on a lancé le Nano- Resurfacer 400 Booster, un appareil de beauté qui a été spécifiquement développé pour stimuler la pénétration des cosmétiques et amplifier la performance du produit. Il s’appuie sur une technologie de pointe brevetée composée de 400 nanopointes ultra-précises pour créer des micro-pistes invisibles sur la peau, sans douleur ni temps d’arrêt. Pour ceux qui ne souhaitent pas se rendre dans des cliniques ou des instituts, mais rêvent d’une belle peau, c’est notre premier appareil cosmétique offrant des résultats de qualité clinique dans le confort de sa maison. Une technologie douce mais très performante qui convient à tous les types de peau, même aux plus sensibles.
cb news_ Les marques de niche enregistrent les plus belles progressions. Dans toutes vos marques figure désormais cette signature : le Vestiaire chez Saint Laurent, Replica chez Margiela… Ce marché fonctionne-t-il très bien en France ?
aglaé de beauregard_ Ces propositions olfactives séduisent de plus en plus de Français à mesure que le parfum est devenu une expression de soi, un signe identitaire. Certaines personnes recherchent des signatures toujours plus singulières, plus uniques, plus différenciées. Le parfum de niche est un bouillonnement de créativité, d’originalité, d’audace dans les choix olfactifs. Le Vestiaire des Parfums est une proposition mixte, un vestiaire partagé. L’industrie s’est beaucoup développée, notamment dans des pays très matures auprès des grands connaisseurs, y compris parmi les plus jeunes. La pratique du layering offre une multitude de combinaisons pour toujours plus de singularité.
cb news_ Le marché français demeure-t-il très hexagonal ?
aglaé de beauregard_ Les clients privilégient beaucoup les marques françaises. Il y a effectivement un terreau très français, fruit de cet héritage culturel et patrimonial. Mais les clients savent aussi se laisser tenter par des signatures jeunes et originales venues d’ailleurs. En témoignent les résultats de Prada et Valentino en France qui font des années record avec une croissance à deux chiffres. Paradoxe, avec son flacon triangulaire, encapsule totalement l’univers Prada avec un jus d’avant-garde, quand Valentino nous plonge dans l’univers magique de Rome, mêlant passé et présent dans un tableau aussi couture que rock. Les flacons exsudent tous les signifiants de la maison. Dans les deux cas, la proposition est très juste et offre de nouveaux territoires très séduisants.
cb news_ Et en termes d’odeur, vous êtes le leader avec vos gourmands, La Vie est Belle et Angel. Est-ce que ce ne serait pas bien d’essayer de remuer le marché ? Peut-on rêver de gourmands en queue de comète ?
aglaé de beauregard_ Il y a aussi des variations olfactives au sein des gourmands ! Cette année, nous avons de très jolies vanilles avec Vanille Nude de La Vie est Belle, par exemple. Nous voyons des déclinaisons fruits rouges, plus légères, moins collantes. Une évolution du monde des gourmands. Quelle que soit la proposition, nous croyons aux signatures militantes. Le gourmand, un peu régressif, renvoie à tout un univers de bien-être qui est très important. Une signature positive qui rassure dans les temps plus difficiles.
Chez L’Oréal Luxe, chaque nouvelle création olfactive est le travail d’une entité à la croisée de l’art, de la science et de la compréhension client. Karine Lebret, directrice internationale pour le métier parfum du Groupe, fait un travail incroyable. Elle chuchote à l’oreille des marques, des parfumeurs et des consommateurs pour imaginer une parfumerie qui fait sens. Elle dit souvent que le parfum n’est plus un simple accessoire, qu’il est devenu un pilier de la beauté, mais aussi de la culture contemporaine. Nous avons une capacité à surprendre et bousculer les codes. Prenez par exemple MYSLF : nous y avons audacieusement incorporé du jasmin, traditionnellement associé aux parfums féminins, pour lui apporter une tonalité unique. À l’opposé, Libre tire sa force et sa personnalité notamment par sa lavande, empruntée à l’univers olfactif masculin. Ces derniers mois, nous avons dévoilé Paradigme et sa pyramide olfactive inversée. La construction olfactive est un véritable éloge à l’iconique triangle de Prada.
cb news_ Comment voyez-vous le futur du luxe ?
aglaé de beauregard_ En tant que leader de la beauté, et en France, leader du parfum, nous l’imaginons toujours plus créatif, mais aussi toujours plus transformatif et toujours plus durable. Nos clients ne sont pas dupes et s’aperçoivent qu’il faut des engagements solides sur toute une filière pour être capable de s’inscrire dans un vrai luxe durable. Cela fait partie des grands chantiers sur lesquels L’Oréal Luxe s’est considérablement investi. Tout d’abord sur le plan du sourcing des matières premières. Vous connaissez le Domaine de la Rose de Lancôme à Grasse, mais je pense également aux jardins de l’Ourika de Yves Saint Laurent au Maroc, où sont extraites nos matières premières dans un écosystème préservé et qui, en plus, favorise l’accès à l’autonomie des femmes.
cb news_ Vous agissez également dans la transformation des ingrédients. Pour la tubéreuse de Private Talk de la collection Anatomy of Dreams (Valentino), vous avez un nouveau procédé innovant, sans eau et à faible consommation d’énergie…
aglaé de beauregard_ Osmobloom est une technologie d’éco-extraction exclusive pour des ingrédients uniques et innovants développée en partenariat avec Cosmo International Fragrances. C’est un processus qui retranscrit les odeurs telles que perçues dans la nature en faisant une extraction lente, sans eau, sans solvants, sans produits chimiques et principalement avec de l’air. Ça ouvre un champ des possibles extraordinaire pour avoir à la fois une qualité de matière exceptionnelle tout en étant très respectueux dans notre capacité à utiliser les ressources naturelles de la planète.
cb news_ Avec EcoDesignCloud, vous mesurez l’empreinte des points de vente…
aglaé de beauregard_ C’est une vraie nécessité de réfléchir en amont et en aval à notre impact. L’Oréal s’engage fortement au sein de chaque site industriel. Dans les équipes pays, nous analysons et adaptons tout notre merchandising dans les points de vente. Le savoir-faire et la connaissance ne cessent de progresser, vous en avez une preuve concrète avec EcoDesignCloud. Tous nos nouveaux parfums sont désormais rechargeables en France et, avec Angel, nous avons le pionnier en la matière depuis 1992 ! Les équipes sont sincèrement engagées dans cette approche et les nouvelles générations qui nous rejoignent n’envisageraient pas de faire du business autrement.
cb news_ Pour vous, qu’est-ce que le luxe ?
aglaé de beauregard_ Le mot « luxe » a une définition fluide, qui évolue avec son époque tout en ayant un temps d’avance. C’est créer l’exceptionnel, l’inattendu, ce qui n’existe pas. Chez L’Oréal Luxe, notre président Cyril Chapuy parle de « culture de l’écart » pour illustrer cette vision de l’exception. Fluide, car il anticipe ce qui verra le jour demain. On a connu des luxes opulents, puis minimalistes. Le luxe saisit l’essence de ce qui fera rêver demain.
cb news_ Comment voyez-vous l’évolution de ce futur ?
aglaé de beauregard_ La chance est d’avoir chez L’Oréal tous les métiers de la beauté réunis (maquillage, soin, parfum, tech) et de pouvoir créer des points de rencontre pour faire des propositions toujours plus innovantes et inattendues. Chaque année a son cru exceptionnel. Chaque création donne à penser et à réfléchir comme étant une nouvelle vision de la marque.
cb news_ Vous avez beaucoup d’enfants, 16 marques en France et 26 dans le monde. Les aimez-vous toutes ? Et vous ne choisissez pas ?
aglaé de beauregard_ Non, on ne choisit pas comme on ne choisit pas entre ses enfants. Elles sont toutes amenées à faire de grandes choses de façon complémentaire. Ce sont des facettes, des regards sur le monde, qui illustrent aussi la diversité et la richesse d’ouverture de L’Oréal Luxe.
cb news_ La diversité est un sujet dans l’air du temps. Est-ce toujours sincère ?
aglaé de beauregard_ On est dans l’authenticité pure. Si l’on n’a pas de sincérité, le consommateur le détecte immédiatement. Une des créations qui montrent cette authenticité, c’est probablement la publicité de Born in Roma. Cette romance extraordinaire entre Adut Akech et Anwar Hadid. C’est une perfection d’équilibre, de justesse par rapport à l’univers de la marque.
cb news_ L’important investissement dans l’usine de Gauchy va augmenter de façon considérable la production des parfums… On parle de 200 millions de flacons par an.
aglaé de beauregard_ 100 % des parfums vendus par L’Oréal Luxe France sont fabriqués en France. Cette ouverture était particulièrement impressionnante : il s’agissait du doublement de la surface de production. Savoir qu’une entreprise française produit ses parfums sur le territoire français est une grande fierté. Cela donne évidemment une saveur toute particulière à notre métier. Il y a deux usines de parfums qui opèrent cette production mondiale, Gauchy et Aulnay, toutes deux à la pointe, y compris sur les sujets environnementaux.
cb news_ L’Oréal achète des marques asiatiques comme Takami ou Yuesai. Allez-vous les distribuer en France ?
aglaé de beauregard_ Le portefeuille de L’Oréal est un organe « vivant ». Il est constitué de grandes marques mondiales et de marques plus locales et régionales. Sans cesse, nous réévaluons les opportunités pour chacune.
cb news_ Comment rassurer les consommateurs aujourd’hui ?
aglaé de beauregard_ Deux choses me semblent importantes. La première est d’assurer la désirabilité de nos produits. Un driver fondamental du luxe. Cela se joue sur l’enveloppe extérieure du produit. Vient ensuite le sujet de la résonance. Du sens de cet achat. C’est là qu’interviennent les engagements des marques : de la conception et du sourcing des matières premières jusqu’aux informations de traçabilité des flacons. Nous nous assurons que l’environnement est en ligne avec nos convictions et celles de nos consommateurs toujours plus aguerris. Dans ce contexte, une production 100 % made in France est un gage de sécurité. D’ici 2030, 100 % de nos formules seront éco-conçues.
cb news_ Pour le soin et le futur s’invite la longévité avec les anti-âge…
aglaé de beauregard_ Au-delà de vivre plus longtemps, la quête du bien-vieillir et de la longévité est une préoccupation montante, en particulier en France. En 2026, Lancôme dévoilera un projet majeur, une révolution dans l’approche du soin. Accompagner chaque cliente au travers des âges, quelle que soit sa philosophie vis-à-vis du vieillissement cutané. Le futur de la beauté va avec le futur des consommateurs. Il y aura coexistence d’éternelles militantes dans la « correction ». Et un grand courant naissant sur la longévité qui vise à repousser les limites de l’âge en accompagnant de façon subtile et harmonieuse. Lancôme sera présent sur chacun des territoires avec des formules de pointe.
cb news_ Quelles sont les recherches les plus importantes sur Lancôme ces dernières années ?
aglaé de beauregard_ Lancôme n’a eu de cesse d’innover en soin. Il y a eu Génifique en 2009, puis Visionnaire et le Triple Sérum de Rénergie lancé en 2022, qui est la quintessence de trois actifs hautement dosés et non miscibles dans une même texture qui ressortent via trois containers séparés. L’innovation packaging est ici au service de la formule pour proposer un soin révolutionnaire dans son efficacité. Lancôme incarne une beauté moderne et avant-gardiste. La marque célèbre chaque femme, quels que soient son âge et son origine, en magnifiant sa singularité et ses choix de beauté.
cb news_ Les jeunes se mettent-ils au soin de plus en plus tôt ?
aglaé de beauregard_ Il y a effectivement une tranche toujours plus jeune qui achète en parfumerie. Nous avons des propositions plus jeunes avec les marques Biotherm et Kiehl’s. Ce sont surtout les raisons et les motivations d’acheter du soin qui se rajeunissent : au-delà de la performance et de l’expertise, il y a maintenant dans le soin un enjeu de « playfulness », de dédramatisation, de fun, de couleur… Et c’est cela que souhaitent les consommateurs de soin qui recherchent hydratation et sensorialité, car ils ne sont pas encore dans la quête de produits anti-âge.
cb news_ C’est l’exemple de Kiehl’s, une marque américaine bien implantée en France…
aglaé de beauregard_ Oui, parce qu’elle a un positionnement extrêmement unique et complémentaire. C’est une marque qui s’adresse à la Gen Z, une génération qui se renseigne énormément via les réseaux sociaux. La double proposition d’un discours très pointu en efficacité et d’une touche d’humour est une proposition très unique sur le marché français.
cb news_ Quels sont les succès les plus remarquables ces dernières années en France ?
aglaé de beauregard_ Nous avons deux féminins en tête des ventes en France : Libre d’Yves Saint Laurent, c’est un succès phénoménal, jusqu’à devenir numéro 1 du marché français. Avec La Vie est Belle, on a un duo de tête. Mais nous avons également les deux premiers contributeurs à la croissance du marché des parfums masculins avec MYSLF et Stronger With You. Enfin, Prada – qui vient de lancer son opus masculin Paradigme – et Valentino se font une place sur ce marché exigeant. Miutine de Miu Miu a fait ses premiers pas en septembre dernier. Comme vous pouvez le constater, chaque proposition est soigneusement orchestrée et millimétrée pour sa cible. Du côté du maquillage : Yves Saint Laurent fait une année remarquable : Make Me Blush et Loveshine ont illuminé la parfumerie. Lancôme est revenu en force avec une proposition plus jeune autour d’Idôle. Il s’est passé beaucoup de choses, et en même temps, on a déjà la tête dans 2026 et 2027 : imaginer ce qui fera chavirer le cœur des Français et des Françaises dans un univers très saturé. C’est cette course à l’innovation, à l’idée créative inattendue qui donnera la réussite.
cb news_ Les flankers sont-ils nécessaires ?
aglaé de beauregard_ C’est une bonne question. Pour moi, le flanker doit accompagner le pilier historique. Ces variations olfactives permettent à des lignes très installées de rester dans l’air du temps. Les flankers sont parfois des propositions de nouvelles gestuelles parfumées. Cette année, l’Eau Nue de Libre, sans alcool, offre une formule huile-en-eau pour une utilisation plus estivale, par exemple. Les parfums sont des histoires, les parfums sont des rêves. Les flankers sont de nouveaux chapitres, de nouveaux opus, de véritables valeurs ajoutées aux grandes lignes historiques.
Propos recueillis par Fouzia Kamal et Antigone Schilling