Orient Express : en mode Dolce Vita
Sublimée par Agatha Christie, la mythique marque ferroviaire, portée par une alliance inédite entre Accor et LVMH, ouvre un premier hôtel à Rome, lance une ligne de train en Italie avant de faire renaître le légendaire Paris-Istanbul et de mettre à flot un voilier.
L’histoire de l’Orient Express est riche et complexe. Son nom éveille un imaginaire collectif puissant. Créé en 1883 par Georges Nagelmackers, ce train reliait Paris à Constantinople (Istanbul) en passant par plusieurs capitales européennes. Après des décennies de succès et d’autres plus sombres dues aux guerres et conflits politiques, le train s’arrête en 1977. Belmond (LVMH) continue cependant d’exploiter le Venice Simplon-Orient-Express. Accor, propriétaire de la marque Orient Express depuis 2017, et LVMH ont conclu en juin 2024 un partenariat stratégique pour accélérer le développement de la marque. Et pour son grand retour, l’Orient Express a choisi l’Italie, le pays qui propose un luxe fait de lenteur, de savoir-faire et d’élégance intemporelle. En avril dernier, il a ouvert à Rome Orient Express La Minerva, son premier hôtel. L’établissement abrite 93 chambres, dont 36 suites. Pour Gilda Perez-Alvarado, CEO Orient Express, « l’ouverture des portes de l’Orient Express La Minerva marque un moment fort dans notre parcours. Ville à la beauté multiple et au caractère affirmé, Rome offre la toile idéale pour réinventer l’héritage d’Orient Express avec une nouvelle intention et une nouvelle expérience. » Dans les chambres, les essences de bois rappellent la décoration des trains, tandis que les malles de chevet sur mesure célèbrent l’art de l’échappée belle. Le linge de lit Rivolta Carmignani, autrefois présent dans les voitures-lits de l’Orient Express, luminaires, mobilier… tout est dessiné sur mesure. Quant aux corridors de l’hôtel, ils évoquent des wagons élégamment stylisés. Au centre de cet écrin, Minerve, la statue originale de Rinaldo Rinaldi datant de 1854, veille. Et pour se régaler : La Minerva Bar dans le lobby et un restaurant Gigi Rigolatto sur le toit. Après Rome, un second hôtel ouvrira à Venise en 2026. Depuis avril aussi, à la gare Rome-Ostiense, la Dolce Vita Orient Express propose huit itinéraires, traversant quatorze régions, alliant culture millénaire, paysages pittoresques et gastronomie du chef triplement étoilé Heinz Beck. Doté de 31 cabines dont 18 suites, 12 cabines Deluxe et la suite La Dolce Vita, le train est le résultat d’un minutieux processus de restauration et de conception. À l’origine des voitures italiennes du modèle Z1, chaque wagon a été repensé avec le groupe Arsenale grâce à un investissement conséquent mobilisant l’excellence technique et artisanale du sud de l’Italie. Les intérieurs, signés par le studio milanais Dimorestudio, sont inspirés de l’âge d’or du design italien : échos géométriques de Gio Ponti, modernisme sensuel de Gae Aulenti, subtilités d’Osvaldo Borsani. Ce projet marque la naissance de la première flotte privée italienne de trains de luxe, qui comptera, à terme, six trains.
L’autre grande actualité est le relancement de la ligne mythique Paris-Istanbul en 2027. 17 voitures originales retrouvées en Pologne sont restaurées avec un design mêlant nostalgie et touches contemporaines, sous l’impulsion de Sébastien Bazin, président du groupe Accor, et de l’architecte Maxime d’Angeac, directeur artistique d’Orient Express. À la manière des grands ensembliers de l’époque des Arts déco, Maxime d’Angeac a mobilisé autour de son projet une quarantaine de maîtres d’art : brodeurs, sculpteurs, horlogers, dinandiers, verriers, ébénistes… Une cabine de l’ancien train, les archives et les maquettes du futur train sont exposées sous la nef du musée des Arts décoratifs dans le cadre de l’exposition « 1925-2025. Cent ans d’Art déco ». Enfin, le voilier Orient Express Corinthian, le plus grand voilier du monde – 220 mètres –, est en construction aux Chantiers de l’Atlantique de Saint-Nazaire. Les premières croisières prendront le départ en juin 2026, en Méditerranée et Adriatique l’été puis aux Caraïbes l’hiver. Un nouveau yacht, l’Olympian, sera mis à l’eau en 2027. La cible de cette nouvelle offre : les passionnés de culture, de gastronomie, recherchant voyages expérientiels et exclusifs. L’objectif étant de réinventer le voyage itinérant, comme l’explique Sébastien Bazin : « Orient Express ne devait pas être une simple réédition nostalgique, mais une réinterprétation complète de l’art du voyage, un voyage total, immersif, où le moyen de transport, l’hébergement, la destination et le récit ne font qu’un. Pour cela, nous avons structuré notre offre autour de trois verticales complémentaires : le train, l’hôtel et le voilier. » Et d’ajouter : « C’est une nouvelle manière de voyager que nous proposons, à la fois inspirée de l’histoire et résolument tournée vers l’innovation, en faisant de chaque trajet une expérience à part entière – raffinée, exigeante, libre. Et je crois profondément que c’est cela, le luxe du XXIe siècle. »
Catherine Heurtebise