Stéphane Levy, la force de la discrétion

CB LE MAG - Discret par nature, exigeant par conviction, Stéphane Levy a fait de la valeur client son moteur. À l’occasion des 25 ans de Labelium et de la naissance de Cosmo5, il revient sur un parcours construit loin des effets d’annonce.

Il a longtemps cultivé l’art de la réserve. Peu enclin aux effets d’annonce, rarement exposé médiatiquement, Stéphane Levy sort aujourd’hui du bois à l’occasion des 25 ans de Labelium et du changement de nom de son groupe. Un moment charnière pour cet entrepreneur méthodique qui a bâti, loin du bruit, l’un des groupes indépendants les plus singuliers du conseil et des médias digitaux. « C’est une success story impressionnante, mais assez méconnue sur le marché », observe Nathalie Taboch, CEO France de Cosmo5 qu’elle a rejoint voilà un an. « Stéphane s’est toujours concentré sur ses clients, sur la fidélité et le bouche-à-oreille, plutôt que sur la communication externe. Si le groupe est resté discret, c’est avant tout parce qu’il est à son image. »

Avant Labelium, l’aventure entrepreneuriale de l’intéressé commence par le vin. En 2000, Stéphane Levy lance un site de vente en ligne de grands crus destiné aux marchés américain et japonais. « Je mettais les bouteilles en ligne, et une fois vendues, j’allais les acheter à Bordeaux avant de les expédier », raconte-t-il. L’entreprise est revendue en 2001, dans un contexte post-bulle Internet peu favorable. Le temps de la réflexion s’impose dès lors. L’idée fondatrice de Labelium naîtra d’un projet avorté : créer un label de confiance pour les sites e-commerce. Trop lourd réglementairement en France, le concept est abandonné. Mais les outils survivent. « Les grilles d’évaluation que nous avions conçues sont devenues la base de nos premières activités de conseil digital », explique-t-il. Labelium est créée en 2001, sans précipitation ni coup d’éclat.

Stéphane Levy ne répond pas au cliché de l’entrepreneur empressé. Ancien trader, passé par un MBA puis par Andersen Consulting, il revendique une approche prudente. « Il y a deux types d’entrepreneurs : ceux qui créent quand ils ont faim, et ceux qui créent quand ils sont à l’aise. Je fais partie de la deuxième catégorie. » Il ne bascule à plein temps sur Labelium qu’en 2005, lorsque l’activité devient plus confortable que son poste salarié. Cette même année, le cabinet signe ses premiers grands comptes structurants, dont L’Oréal et Club Med.

Dès l’origine, Labelium se distingue par son rapport aux clients et le refus d’adopter la posture de l’agence omnisciente. « Notre conviction, c’est le client first. Notre rôle n’est pas de nous ériger en sachant absolu, mais de traduire la connaissance métier du client en stratégie digitale », explique Stéphane Levy. Une philosophie qui se traduit par des méthodes de travail très collaboratives. « Stéphane a toujours fait le choix d’expliquer, de transmettre, d’upskiller ses clients, souligne Nathalie Taboch. Il n’a jamais eu peur de leur donner toutes les clés. »

Une vision d'ensemble

Autre rupture fondatrice : le modèle économique. Très tôt, il identifie « un problème majeur d’aléa moral » dans la rémunération classique des agences médias. « Plus une agence optimise bien, moins le client dépense… alors que l’agence est rémunérée sur le budget engagé. » Labelium choisit alors de se rémunérer sur les résultats, alignant durablement les intérêts de l’agence avec ceux des annonceurs. Un choix qui illustre, selon Thomas Jamet, fondateur de 7Kids au sein du groupe, la singularité du dirigeant. « Stéphane est un visionnaire comme je n’en ai rencontré que très peu dans ma carrière. Sa grande qualité est d’être autant en deep dive sur les clients qu’en train de penser à l’avenir de nos métiers et aux produits de demain. » Une capacité à articuler vision et exécution qui structure la croissance du groupe. « C’est comme ça qu’il a construit Labelium : en écoutant les attentes clients et en construisant, brique par brique, un groupe leader », poursuit-il.

Cette double lecture, stratégique et très opérationnelle, se retrouve aussi dans son mode de management. « Il a une capacité à se projeter tout en connaissant sur le bout des doigts tous les dossiers », souligne Thomas Jamet. « Et en restant hyper accessible pour tous. »

L’internationalisation s’est imposée dès le milieu des années 2000. Refusant le choix binaire entre agences locales éclatées et grands groupes centralisés, l’entreprise opte pour une présence locale coordonnée. Aujourd’hui, le groupe, rebaptisé récemment Cosmo5, compte 1 300 collaborateurs dans une vingtaine de pays, gère près de 2 milliards d’euros de budgets et affiche 150 millions d’euros de chiffre d’affaires. Sans course à la taille, insiste Stéphane Levy. « Notre priorité reste la solidité de l’OS du groupe. » Fidèle à une ligne de conduite résumée par Nathalie Taboch : « privilégier toujours la valeur à l’exposition ».

Fouzia Kamal

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