La sélection de Mélanie Pennec
Mélanie Pennec, directrice du design chez Romance depuis deux ans, est du genre fidèle. Dotée d'une mémoire redoutable, elle se souvient de tout. Et ne se moque de rien. Réjouissante créative.
«C'était génial ! » Ce sont les premiers mots de Mélanie Pennec, directrice du design chez Romance, quand on la revoit après quelques mois d'échanges virtuels. «Je sors d'un jury de mémoire des 5e année de DSAA graphisme et stratégies transmédia à Olivier de Serres (ndlr : ENSAAMA). Et j'ai halluciné du niveau. Ils sont brillantissimes. Lorsque j'y étais étudiante, nous étions moins ouverts sur d'autres disciplines comme la philosophie, l'histoire ou la sociologie. Entre une passionnée d'héraldique et une étudiante qui s'exprime en langage inclusif, je me suis régalée. Outre le contenu, la forme des mémoires rendus est d'une sophistication créative extrême.»
Quand elle était directrice de création chez DDB, elle commençait toujours par le graphisme. Comme un cuisinier qui imagine son plat d'abord avec un croquis. «Cette méthode de recherche créative me convient. Et je me suis rendu compte qu'elle plaisait aussi aux clients, explique Mélanie Pennec. Quand on crée, on a devant nous tout un tas de possibilités. Expliquer le chemin d'une idée – celle des planneurs d'abord – et d'une création permet de planter profond les fondations d'un projet. Notamment pour les plateformes de marque. » Elle avoue avoir eu la confirmation de cette méthode à Cannes. «Lorsque j'étais jurée dans la catégorie Industry Craft en 2022, le président du jury Nils Leonard, d'Uncommon Creative Studio, travaillait ainsi. Comme bon nombre d'agences anglaises où le design est intégré.»
Convaincue que la pub et le design marchent ensemble, elle a pitché l'idée en interne. Sa chance, c'est qu'au sein du groupe Omnicom, cette discipline horizontale n'existait pas. Ni même l'agence design. «Chez Romance, je travaille notamment avec Jérôme Lavillat, le directeur des stratégies, qui a travaillé chez W Coran Design. On se comprend, donc !» continue-t-elle. Chez Romance, «où il n'y a jamais de trucs tièdes», elle est concentrée sur des plateformes de marques comme Atol et bientôt Ricard. Elle sait très bien qu'elle n'est plus «la petite jeune créa de l'agence», et le fait d'être revenue sur sa base, à savoir le design, la réjouit. «J'ai beaucoup, beaucoup travaillé depuis seize ans dans ce secteur. Et le plaisir est toujours là.»
L'Espagne
De ses années Erasmus à Valence, elle conserve l'émerveillement. «Quand ça ne va pas trop, il faut aller en Espagne», dit-elle sans nostalgie, car elle s'y rend souvent et pratique la langue. Elle y a fait un stage avec la (très) grande graphiste Marisa Gallén, auréolée du Prix national de l'innovation et du design en 2019. «J'ai adoré cette période et je demeure fascinée par le talent et le courage de cette femme qui, pendant la dictature de Franco, travaillait dans un collectif d'artistes», explique Mélanie Pennec. Ce fut aussi la découverte de Rosalia à ses débuts. «Tout le monde en parlait : les jeunes comme les plus âgés. C'était fou !»
Les podcasts
«Quand j'étais petite, il y avait une radio différente dans chacune des pièces de notre appartement. J'en ai gardé le goût des voix et des histoires», explique-t-elle. Elle est branchée en permanence sur des podcasts et a ses favoris. Un pour chaque humeur. Elle cite spontanément «À bientôt de te revoir», de Sophie-Marie Larrouy (aka SML), une découverte tendre et absurde. Et «Code source», le podcast d'actualités du Parisien.
Bières et cacahuètes
Le bar, le rade… Comme un sas pour marquer la fin d'une journée. «J'en ai besoin de ce temps-là. De cette transition. Et toujours avec une bière et des cacahuètes. L'un ne va pas sans l'autre. Sinon ça ne va pas du tout ! Je conserve ce plaisir là avec les années qui passent», sourit-elle. Et de citer un classique littéraire (et de s'en excuser tout de suite comme si on allait la juger) : «La Première Gorgée de bière et autres plaisirs minuscules», de Philippe Delerm.
Culture Teuf
Romane Nougaret-Fischer, son ancienne assistante lorsqu'elle était directrice de création chez DDB, devenue directrice artistique depuis, alimente un compte instagram collectif sur la fête : @culture_teuf. «Sa vision de la fête est réjouissante. J'adore son travail, sa documentation des fêtes et des jeunes. Des jeunes que l'on dit mous et déprimés. Là, ce n'est pas vrai du tout ! Et son travail me permet de rester un peu au goût du jour», continue Mélanie Pennec. «Je crois que c'est la première génération qui adopte un tel second degré, sur la mode par exemple.» Un fanzine se prépare, a-t-on appris en parlant des looks...
Petites conversations
Fan de cinéma – elle a même tenté la Fémis –, Mélanie Pennec s'essaie depuis longtemps à l'écriture automatique. Notamment en lisant les «bouquins de conseil à la con des anglo-saxons sur comment écrire un scénario quand on est nul. Avant ChatGPT, j'écrivais en me parlant à moi-même. Et quand je suis bloquée, je prompte désormais. J'ai des conversations qui me défoulent ! Et jamais, vraiment jamais, il ne sort de bonnes idées de ces conversations artificielles», dit-elle d'une manière définitive.