Vincent Taglioni (Groupe Rocher): « Un ancrage local fort peut soutenir une ambition internationale »
CB LE MAG - Le Groupe Rocher s’inscrit dans un modèle fondé sur l’investissement local et un ancrage breton, moteur durable de performance et de développement. Explications avec Vincent Taglioni, son directeur des opérations.
CB News_ Le Groupe Rocher est né à La Gacilly en 1959. Cet ancrage breton, c'est un héritage ou un choix stratégique pleinement assumé aujourd'hui ?
Vincent Taglioni_ Les deux. Yves Rocher voulait faire revivre sa région, et sa promesse continue aujourd’hui. L’ancrage territorial est au cœur de notre modèle et guide nos choix, notamment en matière d’investissement, dans un secteur souvent marqué par la délocalisation.
Le Groupe Rocher réunit quatre marques – Yves Rocher, Dr Pierre Ricaud, Sabon et Arbonne – avec un modèle intégré dont le centre de gravité industriel est le Morbihan. 80 % des produits sont fabriqués sur deux sites bretons, notamment à La Gacilly, qui regroupe aussi logistique, fonctions support et cultures en agroécologie (1 230 emplois). Avec plus de 90 % d’ingrédients d’origine naturelle et une distribution dans 90 pays, ce modèle prouve qu’un fort ancrage local peut soutenir une ambition internationale.
CB News_ Concrètement, comment faites-vous vivre cet ancrage au quotidien ? avec quels acteurs, sur quels sujets ?
Vincent Taglioni_ Il y a d’abord nos équipes puis nos fournisseurs locaux, directs et indirects. Quand on additionne les commandes passées aux PME du bassin de Redon, le volume est significatif et il structure une part du tissu économique local. Nous travaillons aussi main dans la main avec les collectivités, les associations, les producteurs et les agriculteurs locaux ou encore Bear Formation à Bains-sur-Oust. À La Gacilly, il y a aussi le Jardin Botanique, le musée, un pôle hôtelier. Nous soutenons aussi le rayonnement culturel. Bref, autant de facteurs d’attraction que nous développons activement. Parce qu'un territoire qui vit est un territoire qui retient les talents.
CB News_ Naturalité, proximité, territoire… Ces mots sont très présents dans les discours de marque aujourd'hui. Comment évitez-vous l'effet «attendu » ?
Vincent Taglioni_ Nous parlons de faits, pas d’intentions. 110 hectares en agroécologie et en bio, c'est vérifiable. 80 % de production en Bretagne, quatre ans d’actions LGBC, tout est vérifiable. En s’appuyant sur le concret, la question de « l’effet attendu » se pose moins ; un outil industriel ancré depuis des années se conteste moins. Autre point clé : la durée. Présents à La Gacilly depuis 1959, nous ne sommes pas arrivés sur le sujet « territoire » parce que c'était devenu un positionnement marketing « tendance ». Nous étions là avant que ce soit un sujet.
CB News_ Quels sont vos projets pour les années à venir sur le territoire ?
Vincent Taglioni_ Cultiver notre implication en Bretagne, accompagner nos équipes et consolider les relations avec nos partenaires : une feuille de route simple mais durable. Cette stratégie territoriale, fondée sur la constance et l’innovation, devient un avantage compétitif dans un environnement changeant. Reste l’après-LGBC : la méthode fonctionne à La Gacilly, mais peut-elle être transposée ailleurs ? La réflexion est en cours, on est en train de bâtir la réponse.