Droits TV : Canal+ renonce à distribuer la chaine de la Ligue 1
Le groupe Canal+ renonce à distribuer la future chaîne de la Ligue de football professionnel, a annoncé vendredi soir son président Maxime Saada, jugeant dans une interview accordée à L'Equipe que les "conditions ne sont pas réunies".
Nous "avons informé la Ligue ce vendredi. C'est un rendez-vous manqué, Canal+ jette l'éponge", explique le patron de l'ex-partenaire historique du football français. "Nous avons choisi de renoncer. À date, nous considérons que les conditions ne sont pas réunies pour que Canal+ distribue la nouvelle plateforme de la Ligue 1", poursuit-il, mettant notamment en avant un désaccord avec l'instance du foot professionnel français sur le prix de l'abonnement. Après le divorce début mai entre la LFP et la plateforme de streaming DAZN, qui était le diffuseur principal de la Ligue 1 depuis le début de la saison 2024-25, la Ligue a opté pour la création d'une chaîne 100% L1 dont elle sera propriétaire. Des contacts avaient été noués entre LFP Media, la société commerciale de la Ligue, et le groupe Canal+, qui avait exposé une offre de distribution de cette future chaîne dans un courrier adressé à l'instance, avait appris l'AFP début juin de sources proches du dossier, confirmant une information de L'Equipe.
Deux scenarios… et puis s’en va…
Deux scénarios étaient envisagés, que Maxime Saada confirme vendredi soir. Le premier proposait que Canal+, moyennant un minimum garanti à déterminer serait distributeur exclusif de la chaîne. La chaîne cryptée souhaitait dans ce cadre co-diffuser 1 l'affiche du dimanche soir. Ce mandat de distribution exclusive, explique le patron du groupe, "faisait de Canal+ le distributeur de la nouvelle chaîne L1 pour le compte de la Ligue auprès de l'ensemble des opérateurs du marché français. Dans ce cas, nous étions évidemment disposer à verser un minimum garanti". Dans le second, le groupe se proposait d'être un distributeur non-exclusif, comme tous les autres acteurs du marché, avec l'avantage de bénéficier d'une force de frappe en France sans aucune commune mesure. "Nous estimions apporter très vite entre 800.000 et 1 million d'abonnés au lancement, rien qu'avec Canal+", assure Maxime Saada.
Un rendez-vous était envisagé avec Nicolas de Tavernost, ancien patron de M6 et des Girondins de Bordeaux devenu fin avril directeur général de LFP Media. "Il n'aura pas lieu", a tranché Maxime Saada, qui avance "le prix de l'abonnement" comme "le premier sujet de désaccord profond entre nous". "On voit mal comment vendre une chaîne qui ne comporte pas la totalité de la L1 la première année (huit matches sur neuf par journée) autour de 20 euros, comme évoqué par la Ligue. C'est trop élevé", dit-il, beIN Sport détenant les droits d'une affiche par journée pour la saison à venir au moins. Il dément en revanche toute "envie de revanche" de la part de son groupe, qui estime avoir été mal traité par le foot français après la faillite de Mediapro, en 2021. La plateforme Amazon avait alors récupéré 80% des matches pour 250 millions d'euros par saison quand Canal+ en versait 332 millions pour les deux matches dont il détenait les droits. "Les propositions que nous avons faites démontrent qu'il n'y avait plus d'animosité", assure-t-il. En revanche, Maxime Saada confirme avoir demandé réparation à ce qu'il considère comme un préjudice. "J'ai imaginé par exemple, dit-il, la possibilité de co-diffuser l'affiche du dimanche soir sur une chaîne Canal+, sans contrepartie financière pour une ou deux saisons, avant une remise sur le marché par la LFP."
Le retrait de Canal+ intervient au soir de la présentation du calendrier de la saison 2025/26 de Ligue 1, avec une première journée programmée sur le week-end des 16-17 août. "Il y aura une chaîne Ligue 1 à la reprise du championnat", a promis Nicolas de Tavernost dans un entretien accordé à l'AFP le 11 juin. "On y travaille. On communiquera sur la façon dont on va procéder à la fin du mois de juin, puisqu'il faut être prêt pour le 15 août, date de la reprise du championnat", a-t-il ajouté.
Et maintenant ?
Faute d'un accord exclusif avec Canal+, LFP Média doit désormais trouver des partenaires disposés à payer les droits TV du foot français, qui n'en finissent plus de se déprécier. Selon plusieurs sources proches des négociations, la Ligue, qui s'était préparée au retrait de Canal+, se dirige vers une distribution non exclusive de sa chaîne. M. de Tavernost discute avec tous les acteurs du métier : les fournisseurs d'accès à Internet (FAI) Free, Orange, SFR, ainsi que les plateformes DAZN, Prime Video... L'ancien patron de M6 et des Girondins de Bordeaux avait dit qu'il lui faudrait être prêt au début du mois de juillet. Mais le retrait de Canal Plus annoncé par Maxime Saada va probablement retarder un peu l'échéance.
Une bataille de producteurs, aussi…
Quand il y a deux mois, Canal est revenu dans les négociations, les clubs professionnels qui dépendent beaucoup des droits TV ont repris espoir. Ils se retrouvent maintenant à nouveau sans distributeur et sans promesses de droits TV. Concernant le volet production de la chaîne de la Ligue 1, LFP Média a en revanche avancé et devrait boucler ce dossier dans le courant de cette semaine. La compétition fait rage entre 21 Production du groupe L'Équipe et Mediawan, la société dirigée par Pierre-Antoine Capton. Un seul des deux emportera les quatre lots, selon une source proche des négociations : la production des magazines, celle des avant et après matches, la gestion des multiplex et enfin la gestion des personnels éditoriaux. Selon la même source, le commentateur Xavier Domergue sera un visage parmi d'autres de la chaîne tout en restant à M6. Le groupe L'Équipe produisait déjà les matches en multiplex pour Prime Video lorsqu'Amazon détenait encore les droits de la Ligue 1 (2021-2024) après le fiasco de Mediapro. Mediawan est un groupe audiovisuel qui possède une vingtaine de sociétés à travers le monde, produisant notamment les magazines C dans l'air ou C l'hebdo.