France Télévisions se réorganise : "pour remettre au cœur du sujet notre utilité", selon Stéphane Sitbon-Gomez
Il a également dénoncé une campagne "d’OPA hostile qui ne dit pas son nom” contre l'audiovisuel public.
France Télévisions change son organisation pour s’adapter à la “bascule numérique”. Le groupe public s’organise désormais par pôle d’activité autour de cinq missions : l’information, la création, le savoir, la jeunesse et la vie quotidienne (santé, témoignage…). Depuis 2020, celui-ci était organisé par genre (fiction, documentaire…), et avant cela, par chaîne. Le nouveau Pôle Actualités réunit Philippe Martinetti (directeur délégué du Pôle), Philippe Corbé (directeur de l'information, désormais en charge de l'ensemble des magazines d'actualité), Laurent-Eric Le Lay (directeur des Sports et des Evènements) ainsi que Christophe Poullain (directeur des Régions). Le second Pôle Contenus est composé de Sydney Poggi (directrice déléguée du Pôle), Anne Holmes (directrice de la Création), Manuel Alduy (directeur du Cinéma et des Séries Internationales), Tiphaine de Raguenel (directrice des Jeunes Publics), Florent Dumont, (directeur de la Vie Quotidienne) ainsi que Antonio Grigolini (directeur des Savoirs ).
Sans changer de périmètre d’action, le directeur des Antennes et des Programmes Stéphane Sitbon-Gomez devient pour sa part directeur général adjoint, chargé des Offres et de la Stratégie Editoriale. Lors d’une rencontre organisée par l'association des journalistes médias (AJM) lundi 11 mai, le dirigeant a précisé : “nous avons voulu nous organiser par mission pour remettre au cœur du sujet notre utilité. Le but est aussi de déléguer et de décentraliser. Les directeurs éditoriaux vont porter leur ligne éditoriale et leurs grilles. Nous préparons nos équipes au fait que le linéaire soit une activité secondaire ou seconde.”
Pour la première fois, France Télévisions se dote d’une direction de l’intelligence artificielle (IA) avec Encarna Marquez à sa tête. Chief Digital Officer depuis qu’elle a rejoint le service public en 2018, elle est nommée directrice de l'IA et de la Data. “L’IA est le plus gros défi que nous allons avoir ces prochaines années. Il n'y a pas un secteur de la télévision qui ne va pas être directement impacté”, commente Stéphane Sitbon-Gomez. Le directeur général adjoint a indiqué que France Télévisions est en discussion avec les différents acteurs de l’IA comme Mistral AI ou OpenAI. “Nous discutons avec tout le monde, notre sujet est comment être dans un moteur si nous ne sommes pas sourcés.” Parmi les autres nominations le Chief Technology Officer Skander Ben Attia devient directeur du Produit et des Technologies, Bruno Loutrel conserve la direction du marketing , Cyril Giraudbit est directeur des Médias, Laure Haguenauer nommée secrétaire générale des Offres puis Louisa André directrice des Publics et de la Prospective.
Se défendre face à “une OPA hostile”
L’audiovisuel public et notamment France Télévisions sont la cible d'attaques ces derniers mois émanant notamment du “rapport Alloncle”, le rapport de la commission d'enquête sur la "neutralité, le fonctionnement et le financement de l'audiovisuel public" rendu public la semaine dernière. Le document de 551 pages pointe par la voix de son rapporteur, le député UDR Charles Alloncle, un audiovisuel en "crise" qui ne répond plus aux "attentes des Français”. Au total, il préconise 69 recommandations, dont des suppressions de chaîne comme France 4 ou des fusions comme celle de France 2 et France 5.
“Nous sommes face à une campagne d’OPA [offre publique d'achat] hostile qui ne dit pas son nom”, dénonce Stéphane Sitbon-Gomez. Selon lui, cette histoire remonte à la précédente commission d'enquête sur la TNT en 2024 et au retrait de la fréquence TNT accordé par l’ARCOM à la chaîne C8 (groupe Canal+). “Je pense sincèrement que le but premier était la privatisation. Mais, chemin faisant, il y a une privatisation rampante qui a été dessinée. Nous avons le cas spécifique d'un groupe privé qui mène une campagne pour s'accaparer une partie du service public.” Pour mieux se défendre face aux critiques du rapport Alloncle, France Télévisions mise sur plus de communication et de transparence. Le groupe devrait répondre point par point aux 69 recommandations émises par le rapporteur.
Représenter “toutes les sensibilités”
Malgré les critiques, Stéphane Sitbon-Gomez défend la grille et les succès de France Télévisions. Parmi eux, “la meilleure saison depuis longtemps du JT de France 2. Nous avons passé 3 ans à avoir les audiences du JT qui baissent, et ça fait un an que ça remonte.” Une remontée soutenue notamment par la journaliste Léa Salamé qui a rejoint la chaîne à la rentrée précédente. “J'espère qu'elle reste le plus longtemps possible ”, a glissé le directeur adjoint. Interrogé sur le choix d’accueillir la journaliste du Figaro Eugénie Bastié au sein de l’émission L’Heure de vérité sur France 2, il a mis en avant sa volonté de “confronter des points de vue différents et divergents, d'avoir un regard qui dérange”. Le casting de l’émission qui sera de retour en septembre, en partie dévoilé par Le Parisien, sera partagé prochainement. “Vous verrez qu'on représentera tous les points de vue, toutes les sensibilités, et qu'on assume de porter le débat d'idées dans la campagne présidentielle”, a ajouté Stéphane Sitbon-Gomez.
Il a admis une note moins enthousiasmante au sujet de franceinfo. La chaîne d’information en continu se classe depuis son lancement derrière ses consoeurs, en part d'audience : BFMTV, LCI et CNews. “Nous ne sommes pas au rendez-vous. Nous n’avons pas réussi à opérer la bascule d'une partie des moyens et des équipes de la rédaction nationale.” Le groupe construit son offre avec un budget en baisse. “Quand j'ai pris mes fonctions en 2020, le budget du programme national était 1,75 milliard. Mon budget pour 2026 est de 852 millions, soit 225 millions d'euros de baisse dont 20% de baisse dans les contenus”, explique Stéphane Sitbon-Gomez. En 2026, une baisse de dotation d’environ 86 millions d’euros a plus globalement visé France Télévisions, Radio France, et l’Institut national de l’audiovisuel (INA). Une des réponses promue par France Télévisions est la fusion de l’audiovisuel public.