Gaspard G, Jean Massiet et Hugo Décrypte réclament un financement public
Lors d’une audition au Sénat, les trois créateurs spécialisés dans l’information ont appelé au versement d’une aide du Centre national du cinéma et de l'image animée (CNC).
Gaspard G, Hugo Décrypte et Jean Massiet ont réclamé une aide du Centre national du cinéma et de l'image animée (CNC) pour soutenir leur modèle économique, lors de leur audition le 7 avril par la commission d'enquête du Sénat dédiée aux "zones grises de l'information". Devant le président de la commission de la culture du Sénat, Laurent Lafon (UDI, centre), les créateurs de contenus informationnels ont regretté l’absence de soutien financier de la part du Fonds d'aide à la création pour les plateformes sociales (ex-CNC fonds CNC Talent). Le dispositif qui a évolué en janvier est doté de 3 millions d’euros par an. Ces revenus sont distribués à quelques créateurs de contenus vidéos. Cible de vives critiques, le Fonds est suspendu depuis le 8 avril en raison d'une polémique qui " n’a cessé de croître en intensité sur les réseaux sociaux et dans certains médias, jusqu’à atteindre un niveau d’agressivité inédit, y compris sous la forme de menaces à l'encontre des membres de cette commission et d’agents du CNC", a indiqué dans un communiqué le président du CNC Gaëtan Bruel. La polémique remonte au 26 mars lorsque la vidéaste Ultia est démise de ses fonctions au sein du Fonds, après avoir affirmé soutenir des projets selon des considérations personnelles.
Avant l'annonce de cette suspension, Gaspard Guermonprez, alias Gaspard G, a regretté lors de son audition "que sur les 43 millions d’euros versés par Google et Meta au CNC, seuls 3 millions d’euros vont aux créateurs.” Il a également souligné que leurs modèles économiques les excluent des aides à la presse dédiées aux médias en ligne. Le vice-président de l'Union des Métiers de l'Influence et des Créateurs de Contenu (UMICC) se finance ainsi à 80% à l’aide de partenariats publicitaires et à 20% de la monétisation de ses vidéos. Mais ce système n’est pas stable. Il cite en exemple une enquête dédiée à la plateforme pour adulte OnlyFans. Diffusée sur YouTube, la vidéo a coûté 68 000 euros, dont 20 000 ont été financés par un sponsor. La vidéo n’a toutefois pas été monétisée en raison de son contenu.
Pour son confrère Hugo Travers, connu sous le pseudo HugoDécrypte, “pour être le plus accessible, il est compliqué de mettre un paywall, donc nous avons besoin de la publicité et de la monétisation, mais je ne peux pas payer 42 personnes juste avec la monétisation des vidéos perçues par les plateformes”. Sur l’ensemble de ses employés, 16 sont des journalistes disposant d’une carte de presse. “Il n’est pas normal que le CNC exclu de son aide ceux qui font de l’information et que nous soyons obligés d’aller se financer sur le marché privé”, insiste Jean Massiet, qui finance ses émissions sur Twitch principalement à l’aide des dons de sa communauté et quelques partenariats publicitaires. Pour lui, la fragilité du modèle économique des créateurs peut rendre perméable certains créateurs aux ingérences étrangères.
Un rejet de l’Arcom
Côté régulation, les trois créateurs se sont montrés réticents à un contrôle de l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom). “L’Arcom ne doit pas devenir le gendarme d’internet. Le régulateur des contenus d’internet existe, c’est le juge judiciaire, il faut garder un système ouvert pour que chaque citoyen puisse s’exprimer librement”, a déclaré dans son propos liminaire Jean Massiet. Pour lui et Gaspard G les règles de l’Arcom qui sont appliquées aux médias dits traditionnels ne conviennent pas à l’espace numérique. Ils pointent notamment le travail du régulateur lors des élections politiques.
Depuis l’adoption de la Loi contre la manipulation de l'information en 2018, puis du règlement sur les services numériques (DSA) en 2024, l’Arcom veille au respect de règles électorales par les plateformes en ligne. Bien qu’elles ne soient pas concernées par le pluralisme, comme le sont les médias audiovisuels, les plateformes doivent respecter le code électoral. Parmi les règles à respecter : la période de réserve ou encore la publication de “vrais” sondages. Des dispositifs qui ne sont pas adaptés au fonctionnement des réseaux sociaux critiquent Gaspard G et Jean Massiet.