Arte : la rentrée d’une «chaîne libre »

Arte

Véronique Cayla, présidente d'Arte France.

La chaîne franco-allemande Arte tenait jeudi sa conférence de presse de rentrée afin de présenter les grands axes de la saison à venir. Sa présidente en France Véronique Cayla a dans son discours regretté l’actuel « déferlement de contenus » qui fait naître un « sentiment de nous appauvrir culturellement ». Pour elle, il s’agit de « revenir à une certaine forme de lenteur pour stimuler l'éveil et l'attention de chacun ». Cette lenteur, Arte veut la développer en s’appuyant sur ce que la chaîne sait faire : les documentaires continueront à occuper 50% du catalogue diffusé, avec une nouvelle enquête sur la révolution cubaine, une soirée spéciale sur l’indépendance de l’Algérie ou un documentaire de Laetitia Masson sur les féminicides.

Le numérique, « un média à part entière »

« Arte est un point d’appui pour ceux qui créent et innovent », a insisté Véronique Cayla, qui souhaite que la chaîne soit la maison des auteurs, « libérée du carcan de la programmation ». La présidente d’Arte France veut également généraliser le service de preview proposé par la plateforme arte.tv, « un média à part entière avec sa propre temporalité » : la diffusion anticipée (7 ou 30 jours avant, ou davantage) réunit déjà près d’un tiers de l’audience. Véronique Cayla s’est aussi félicitée du lancement de la filiale Arte Education, qui propose un service de SVOD professionnelle, à destination des enseignants et de leurs élèves. « Arte est prête à faire sa révolution copernicienne, sans jamais renier ce qu’elle est ».

Une nouvelle offre audiovisuelle à venir

Parmi les projets à venir, la création d’une offre audiovisuelle commune, avec Arte Allemagne, France Télévisions et la ZDF notamment. En charge du projet, Régine Hatchondo, vice-présidente d'Arte au niveau européen et directrice générale d'Arte France : « des groupes de travail ont été mis en place avec les différents acteurs. Dans un premier temps, il s’agira d’une collection commune hébergée sur chaque site partenaire ». Dans un deuxième temps, Arte ouvrira la collection à la fiction et au cinéma. Mais pour l’instant, aucun modèle économique n’a été trouvé : « c’est beaucoup trop tôt », indique Régine Hatchondo. Le contenu sera enrichi en quatre langues (français, allemand, espagnol, anglais).

« La pluralité doit l’emporter sur l’uniformisation »

Arte continuera cette saison de travailler avec les autres acteurs de l’audiovisuel public en France. Avec France Télévisions, Arte co-produira trois documentaires, donc « La fabrique de l’ignorance ». Avec Radio France, Arte travaillera sur l’année Beethoven. « Il faut être attentif aux publics (…), nous avons de plus en plus besoin de nous retrouver », a continué Véronique Cayla, citant les dix ans d’Arte Concerts, ainsi que la tournée de karaokés géants organisée par la chaîne. « Arte sera toujours aux côtés des œuvres », a rappelé la présidente d’Arte France. « La pluralité doit l’emporter sur l’uniformisation, le politique doit l’emporter sur le numérique », a-t-elle souhaité.

Une indépendance « cruciale »

Avant de décliner les nouveautés pour la saison prochaine, le patron du Groupement Européen d'Intérêt Economique de la chaîne (GEIE : Arte France et Allemagne, ndlr) Peter Boudgoust a rappelé qu’Arte « était née d’une volonté politique, celle d’Helmut Kohl et François Mitterrand. « C’est notre Airbus culturel », a-t-il lancé, provoquant des rires dans la salle. Peter Boudgoust a orienté son discours sur les principes fondamentaux de la chaîne, notamment son indépendance, « cruciale », qui selon lui est assurée côté allemand. Dans sa ligne de mire, la réforme de l’audiovisuel en France, qui pourrait voir intégrer Arte à la holding qui réunirait les différentes chaînes publiques. « Arte est une chaîne libre », a-t-il prévenu.

« L’éloge de la dissidence »

Le directeur éditorial d’Arte France Bruno Patino a ensuite décliné les différents programmes qui rythmeront la saison à venir, bâtie sur trois valeurs : « la différence, le temps et l’Histoire ». Bruno Patino veut placer « le temps du récit face à l’accélération », en évoquant l’interface arte.tv, « qui n’a plus rien à voir avec un site de rattrapage » et qui offre des cycles dans leur intégralité. Le directeur éditorial veut faire « l’éloge de la dissidence » : accompagner les grandes expositions, mettre en avant des collections d’œuvres qui ont marqué leur temps et les créateurs, continuer la politique de partenariats avec les concerts. « 1000 spectacles et concerts inédits sont diffusés chaque année sur Arte ».

Du docu et du digital

Parmi les documentaires qu’Arte a co-produit et va diffuser cette saison : « Travail, salaire, profit » à partir d’un texte fondateur de Marx, six épisodes dont deux uniquement disponibles sur le numérique ; « Décolonisations », en trois épisodes de 52 minutes ; « Goulag, une histoire soviétique » ; « La révolution cubaine face au monde » ; un documentaire sur un chef d’œuvre de Léonard de Vinci redécouvert ou encore sur Jane Birkin. Si Véronique Cayla a indiqué vouloir « renforcer les co-productions européennes », elle souhaite aussi continuer la politique de création numérique de la chaîne : « Gloomy Eyes », une fiction VR interactive en animation 3D, sera mise en ligne sur l’écosystème Arte et les plateformes VR (HTC Live et Oculus) ; une bonne dizaine de web-séries, notamment sur le thème des réseaux sociaux, seront publiées prochainement ; « FAQ », un nouveau magazine en format show snapchat de la chaîne co-produit avec Upian ; etc. 

Le podcast toujours présent

Il s’agit de « produire pour chacun des réseaux de façon pertinente », souligne Bruno Patino. Côté podcast, « cela fait 17 ans qu'on est dessus, j'ai envie de dire ‘prem’s !’ », a plaisanté le directeur éditorial. Arte Radio, ce sont cette année six productions, dont « un podcast à soi », sur les questions féministes et animé par Charlotte Bienaimé. Bruno Patino souhaite mettre en avant « le craquement du monde : quel monde avons-nous reçu et quel monde nous allons laisser ». Au menu : de nombreux formats d’investigation sur l’économisation du monde et les sujets environnementaux - à l’image de « Main basse sur l’eau », un documentaire de Jérôme Fritel sur la financiarisation de la ressource en eau -, de grands récits ou des aventures humaines - par exemple la fiction documentaire sur le procès de Marie-Antoinette.

Un budget encore inconnu

La « chaîne de la cinéphilie », ce sont 25 films produits ou co-produits par Arte chaque année, rappelle Bruno Patino, selon lequel « le présent des salles, c’est le futur des antennes ». Concernant les fictions en séries, Arte diffusera la saison 5 de Peaky Blinders à partir du 24 octobre ou « Mytho », une série en six épisodes sur le mensonge en famille diffusée les 10 et 17 octobre prochains. La famille et la transmission : ce sera le fil rouge de la fiction sur Arte cette saison. Une saison financée par un budget dont l’arbitrage n’a pas encore été rendu, « mais ça ne saurait tarder », a déclaré Véronique Cayla.

Pour consulter la programmation dans son ensemble, c’est par ici.

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