Audiovisuel public : 70 millions € pour compenser les pertes de recettes pub

Roselyne Bachelot-Narquin

Roselyne Bachelot, ministre de la Culture, présente le volet culture du projet de loi de finances pour 2021, le lundi 28 septembre 2020

(© Thomas Moysan/CB News)

Roselyne Bachelot, nommée début juillet ministre de la Culture, présentait pour la première fois rue de Valois son budget pour l’année à venir, dans le cadre du projet de loi de finances (PLF) - volet culture. Dans son propos liminaire, la ministre a loué un budget « tout à fait exceptionnel par son ampleur » et des moyens « sans précédent ». Le budget de la Culture augmente de 4,8%, ce qui représente 167 millions de plus par rapport au budget 2020, une hausse qui concerne l’ensemble des champs d’action du ministère et « auquel s’ajoutera le volet cultuel du plan de relance », a précisé Mme Bachelot. Elle estime que « pour la culture, le monde d’après ne ressemblera pas au monde d’avant », la crise ayant révélée des « fragilités qui existaient avant ».

La collecte de la redevance toujours en réflexion

Le plan France Relance vient abonder le budget culturel avec 2 milliards d’euros - 1,6 milliard de crédits sur deux ans et 400 millions du programme d’investissements d’avenir (PIA) sur cinq ans. « Le projet de budget pour 2021 permettra au ministère de la Culture de disposer de moyens exceptionnels pour répondre à la nécessité de réparation et de refondation de nos politiques culturelles », a déclaré la ministre, qui veut adapter son action aux nouveaux enjeux : « l’enjeu n’est plus de démocratiser mais de décloisonner les pratiques culturelles ». Sur le périmètre des missions « Culture et Médias, Livre et Industries culturelles », le montant total de moyens budgétaires nouveaux atteindra 832 millions d’euros, dont 167 millions de mesures nouvelles dans le cadre du budget « classique » et 665 millions dans le cadre du plan de relance, soit un accroissement de +24% par rapport aux moyens prévus en LFI - loi de finances initiales - 2020.

« Le ministère de la Culture disposera ainsi de près d’un quart de budget en plus par rapport au budget dont il disposait avant la crise ». A noter : le budget du programme Presse et Médias sera de 289 millions d’euros, en progression de 8,2 millions ; l’ensemble des taxes affectées au Centre national du cinéma et de l'image animée (CNC) devrait atteindre un total de 668 millions, en baisse par rapport à 2020 (-8 millions d’euros). Le compte de concours financier lié à la contribution à l’audiovisuel public  - la redevance télé - atteindra 3.719 millions, en baisse de 1,8%. Le gouvernement continue de réfléchir à l'évolution de sa collecte - suite à la suppression de la taxe d’habitation - a indiqué la ministre.

70 millions pour combler les pertes publicitaires

Les moyens alloués à l’audiovisuel public « demeurent conformes à la trajectoire quinquennale définie en 2018 ». Mais l’économie de 80 millions prévue en 2021 est réduite de 10 millions « pour tenir compte du report de l’arrêt de France 4 à l’été 2021 » et « de manière à permettre d’accompagner sereinement la montée en puissance de Okoo et Lumni et la redéfinition de l’offre jeunesse sur les antennes linéaires de France Télévisions ». Une enveloppe de 70 millions est prévue dans le cadre du Plan de relance afin de compenser la chute des recettes publicitaires dans l’audiovisuel public. France Télévisions bénéficiera de 45 millions, Radio France de 20 millions (dont 15 millions en 2021 et 5 millions en 2022 « de sorte à prendre en compte les impacts durables de la crise sur les formations musicales de Radio France »), Arte France et l’Institut national de l’audiovisuel (INA) se verront octroyer chacune de 2 millions, TV5 Monde et France Médias Monde bénéficieront chacune de 0,5 millions d’euros.

Du côté de la presse, les aides progressent de 6,5%, passant de 110,9 millions à 118,1 millions d’euros pour 2021. Hors crédits habituels de soutien, la filière a subi la crise sanitaire ainsi que celle de la distribution de la presse imprimée vendue au numéro. Pour répondre à cet enjeu, « c’est un total de 483 millions qui sont déployés au titre du plan de filière presse », s’est félicitée la ministre. Un crédit d’impôt pour les abonnements à la presse d’information politique et générale est abondé de 60 millions de crédits. Les autres aides se voient créditées de 4 millions pour les services de presse en ligne et de 2 millions pour les titres ultramarins. Deux nouveaux fonds sont également créés : un fonds pour la transition écologique (8 millions par an en 2021 et en 2022) « mis en place pour financer des projets de recherche multi-acteurs afin de réduire l’empreinte carbone du secteur et pour accompagner la fin de l’éco-contribution en nature dont bénéficient aujourd’hui les éditeurs » ; et un fonds de lutte contre la précarité, doté de 18 millions par an en 2021 et en 2022, afin d’accompagner les acteurs les plus fragiles de la profession (pigistes, photojournalistes, dessinateurs de presse, etc). « Au-delà, s’ajoutera une augmentation de l’aide aux publications à faibles ressources publicitaires, avec un abondement supplémentaire de 1,2 millions d’euros ».

L’Arcom, seul rescapé du report de la réforme de l’audiovisuel ?

Enfin, le Fonds stratégique pour le développement de la presse du ministère de la Culture (initialement doté de 16,5 millions), qui permet de subventionner les dépenses d’investissement des éditeurs et des agences de presse, voit ses crédits augmentés à hauteur de 25 millions par an dans le cadre du Plan de relance (5 millions ont d’ores et déjà été votés en loi de finances rectificatives - LFR n°3 - pour l’année 2020). A noter que le montant de l’aide à la modernisation des diffuseurs de presse sera doublé en 2021 et en 2022 (+6 millions par an). Et, « afin de permettre aux structures industrielles de s’adapter à la baisse continue des flux et d’accompagner la transition écologique », un fonds de transformation des imprimeries de la presse régionale sera doté de 31 millions d’euros sur les deux prochaines années, en plus des 5 millions déjà votés en LFR n°3.

La ministre a confirmé l’abandon de la création d’une holding France Médias - composé des principaux acteurs du secteur audiovisuel public, mais aimerait conserver de la réforme de l’audiovisuel la fusion de la Hadopi et du CSA pour former l’Arcom. Seul hic, le temps législatif - 30 heures pour ce texte, « ce qui est considérable » - pourrait manquer. Interrogée par CB News sur l’encadrement de la publicité - souhaitée par sa collègue Barbara Pompili dans le cadre de la transposition législative des mesures proposées par la Convention citoyenne sur le climat - la ministre a renvoyé la balle en indiquant avoir « posé la question à Barbara Pompili » - la ministre de la Transition écologique devrait rencontrer les acteurs du secteur prochainement. « La négociation est ouverte (…), les critères ne sont pas arrêtés », a indiqué Roselyne Bachelot, qui ne souhaiterait par voir - une fois cette mesure votée et les médias impactés - « une nationalisation » de l’audiovisuel à coup d’aides publiques, a-t-elle plaisanté. Elle a déclaré comprendre « les inquiétudes » du secteur.

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