L’avis du CSA sur 4 ans de la présidence de Delphine Ernotte à France Télévisions

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(© Thierry Wojciak/CBNews)

Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) a mis en ligne lundi un « avis motivé » sur les résultats de France Télévisions, 4 ans après la nomination de sa présidente Delphine Ernotte-Cunci, d'ores et déjà candidate à sa propre succession . Un avis fondé sur le projet stratégique proposé par cette dernière lors de son audition par les Sages en avril 2015. Selon le document, le CSA considère que depuis son arrivée à la tête du groupe audiovisuel public, l’identité de ses chaines linéaires a été « renforcée » conformément au projet. Les lignes éditoriales de France 2 et France 3 se sont « progressivement » démarquées : France 2 comme chaine fédératrice, France 3 comme chaine de proximité « réaffirmée ». Pour l’instance, le groupe a également « conforté » le statut de France 5 comme chaine de la connaissance et du savoir, alors que le CSA prend acte de l’arrêt de France 4 et de France Ô l’été prochain. De même, elle pointe la réforme de l’organigramme de France Télévisions qui a « contribué à une meilleure harmonisation des différentes grilles ».

Si le CSA constate que le groupe a « tardé » à adapter son offre numérique, il concède que celle-ci est devenue « un des axes structurants » de sa stratégie, rappelant les lancements du volet numérique de franceinfo en 2016 et des plateformes France.tv, Slash, Lumni ou encore Okoo. Pour le CSA, ce travail est « vecteur de la reconquête des publics, dans une logique de média global », tandis que les premiers résultats de cette stratégie sont qualifiés d’« encourageants » par le CSA, même si son succès ne pourra être mesuré « que dans la durée ». Côté proximité, le CSA relève que la diversification des programmes des antennes régionales s’est « poursuivie », et ces derniers sont désormais « mieux valorisés » au sein de la programmation nationale de France 3. A l’exception « notable » des éditions d’information, souligne-t-il. Il indique en outre qu’il est pour l’heure « prématuré » de tirer un bilan sur le renforcement des décrochages régionaux, l’augmentation des prises d’antennes événementielles et le développement de synergies, dans certains territoires, avec le réseau France Bleu de Radio France lancé en 2019.

Pour le CSA, France Télévisions a fourni des efforts « significatifs » pour améliorer chaque année l’accessibilité de ses programmes aux personnes en situation de handicap. Elle n’est toutefois pas encore aussi développée et performante sur les offres de télévision de rattrapage (TVR) que sur les services linéaires, note-t-il. De même, en matière de représentation de la société française, « malgré les avancées enregistrées », explique l’instance, la proportion des personnes perçues comme « non-blanches » sur France 2 et France 3 demeure « sous la moyenne générale des chaînes mesurées dans le baromètre de la diversité du Conseil ». En outre, la représentation à l’antenne des personnes en situation de handicap aurait gagné à être « davantage renforcée ». De même, s’agissant de la défense des droits de femmes, France Télévisions a engagé des « actions significatives, au regard de celles des chaînes privées », et enregistré des résultats « positifs ». Toutefois, selon lui, « ces efforts ne lui ont pas permis d’atteindre les objectifs très ambitieux qu’il s’est fixés en termes de place des expertes sur ses antennes ».

Le genre policier "domine" la fiction

En matière de création audiovisuelle, le CSA est satisfait de l’exposition de la fiction mais tempère son enthousiasme en relevant que le genre « policier » domine. S’il se réjouit de la place de l’animation dans l’offre de France Télévisions, il constate aussi que cela se fait au détriment d’autres genres, comme la fiction, l’information ou encore les magazines. Et au détriment des « jeunes adolescents » alors que les 3-6 ans et les 6-12 ans sont bien lotis. Le CSA note également que les œuvres de cinéma restent « insuffisamment » mises en valeur sur les antennes linéaires du groupe, alors même qu’elles représentent un « investissement financier significatif », et que son engagement pour la diffusion de captations de spectacles vivants « reste insuffisant ».

Pour l’information, l’instance souligne que le groupe a « pleinement répondu » à l’exigence de diffusion d’une « information de qualité, diversifiée et disponible sur tous les supports ». Pour lui, il a même mis l’accent trois aspects essentiels : la lutte contre les fausses informations, l’investigation et le décryptage. Côté culture, le CSA constate un « élément fort de différentiation du service public » depuis 2015, mais il considère que les progrès ont été « insuffisants ». Il dit ainsi « regretter » que « les dispositions du cahier des charges du groupe relatives à la diffusion de programmes culturels n’aient pas été révisées par le Gouvernement afin de l’inciter à proposer une offre plus ambitieuse ». Le CSA aurait par ailleurs apprécié que le renouvellement des émissions de divertissement soit « amplifié ».

Le CSA met également en avant un vieillissement de l’audience de Franc 2, France 3 et France 5 composée d’individus de « plus de 50 ans ». Les performances des nouvelles offres numériques mises en place en 2018, quant à elles, ne pourront être appréciées « qu’à moyen terme », estime-t-il, alors que les premiers résultats, en particulier en télévision de rattrapage (TVR), « illustrent l’impact croissant » de la consommation non-linéaire. « Celle-ci revêt désormais une place centrale dans la stratégie de conquête des publics », note le CSA. Le Conseil salue aussi les « avancées significatives » accomplies en matière de transparence à l’égard du public et d’application des règles d’éthique et de bonne gestion internes. « Des marges de progression subsistent toutefois au regard des pratiques d’autres entreprises européennes de service public dans ce domaine (BBC, RTBF, ZDF) ».

Un assainissement des comptes "fragile"

Enfin, le Conseil indique que l’objectif de maîtrise de la masse salariale fixé par le COM 2016-2020 a été « respecté », alors que COM privilégiait le non-remplacement d’une partie des départs en retraite. « Ce sont au final les reliquats du plan de départs volontaires de 2015, la conclusion récente d’un accord de rupture conventionnelle collective (RCC) et la réduction du volume d’emplois non-permanents qui ont conduit à ce résultat », explique le CSA. Après le résultat net positif enregistré en 2015, la période 2015-2018 a été marquée par un retour à l’équilibre des comptes de France Télévisions, conformément à la trajectoire définie dans le COM, indique le CSA. L’exercice 2018 a été pourtant marqué par une « révision significative de la trajectoire des ressources publiques », à laquelle France Télévisions s’est adaptée par un plan d’économies comprenant notamment l’accélération de la baisse des dépenses de personnel. « Cet assainissement des comptes demeure fragile, notamment en raison de la dépendance de France Télévisions à l’évolution de ses ressources publiques. Il a permis un léger rééquilibrage des dépenses au profit de la grille de programmes, dont le coût a crû sur la période », conclut le CSA.

Ce rapport est remis aux commissions Culture du parlement, au gouvernement et à France Télévisions. Sa publication permet au CSA d'engager la procédure de nomination à la tête du groupe selon un calendrier qui n'a pas encore été annoncé.  Si la réforme de l'audiovisuel, qui doit être examinée par le Parlement en avril, est adoptée telle quelle, ce sera la dernière fois que le CSA nomme le responsable d'une entreprise de l'audiovisuel public.

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