L’HADOPI pointe la complexité de l’ecosystème des sites pirates

La consommation illicite de films, séries, musique et autres biens culturels alimente un écosystème de plus en plus complexe, avec de multiples intermédiaires qui fournissent des prestations techniques et financières aux sites pirates, selon une étude publiée mardi par l'Hadopi. Dans cette étude, réalisée avec le cabinet EY et le ministère de la Culture, la Haute Autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur internet a exploré les services qui gravitent autour des principaux acteurs du "piratage" des œuvres. Ces acteurs centraux sont eux-mêmes de plus en plus variés, puisqu'au-delà des réseaux peer-to-peer et des sites de téléchargement direct, de multiples technologies cohabitent, comme les bouquets IPTV (sites qui diffusent en direct les flux de chaînes payantes) ou des boîtiers préconfigurés (type Kodi). Tous dépendent de nombreux prestataires techniques ou financiers, dont l'activité est souvent parfaitement légale et légitime mais qui se sont parfois bâtis autour d'eux. "Au fil des années, l'écosystème illicite s'est complexifié avec de plus en plus d'acteurs qui y jouent un rôle direct ou indirect", a résumé Raphaël Berger, directeur des études de l'Hadopi, en présentant cette étude à la presse.

Car "un site, qu'il soit licite ou illicite, a à peu près les mêmes besoins pour fonctionner", complète son collègue ingénieur Didier Wang. Par exemple, un site pirate doit faire appel à un gestionnaire de nom de domaine, à des sociétés spécialisées dans le stockage des fichiers, ainsi qu'à des services pour optimiser son trafic de données et sécuriser ses connexions. En outre, les sites pirates vivent de revenus tirés d'abonnements ou de la publicité, ce qui impose de passer par des sociétés de paiement en ligne et des régies publicitaires. Plus inattendu, l'Hadopi relève aussi qu'une partie de cet écosystème s'est développée au service des adeptes du piratage. Comme les VPN, ces réseaux privés virtuels tout à fait légaux mais qui peuvent être utilisés pour contourner les mesures anti-piratage, ou les "seedbox", des serveurs de partage qui peuvent permettre d'utiliser les réseaux P2P sans être repérés. Pour l'Hadopi, instituée il y a 10 ans, qui met en œuvre la "riposte graduée" contre le piratage via les réseaux peer-to-peer, mais qui est largement démunie face aux autres technologies, la lutte contre le piratage devra s'intéresser de plus en plus à cet écosystème. Car assécher les flux financiers et/ou techniques permet d'isoler et d'affaiblir les sites pirates. Des mesures en ce sens ont déjà été prises ces dernières années, comme une charte signée en 2015 par les grandes régies publicitaires.

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