Les journalistes du Monde appellent Daniel Kretinsky à « garantir leur indépendance »

Daniel Kretinsky

Les journalistes du Monde ont sommé mardi dans une tribune leur nouvel actionnaire Daniel Kretinsky de "garantir leur indépendance" en leur donnant un droit de regard sur les changements de contrôle capitalistique du groupe. Un des deux actionnaires majoritaires, Xavier Niel, a signé ce droit de regard lundi. La quasi-totalité des journalistes du Monde demande désormais à l'autre actionnaire majoritaire Matthieu Pigasse et à son nouvel associé, l'homme d'affaires tchèque Daniel Kretinsky, de "cosigner cet accord" avant le 17 septembre. "C'est l'occasion pour ce dernier de joindre le geste à la parole", soulignent les journalistes. Dans une de ses rares déclarations publiques, Daniel Kretinsky avait expliqué jeudi à Paris dans le cadre des Rencontres de l’UDECAM que ses investissements étaient motivés par "l'ambition de soutenir le journalisme traditionnel", "l'ambition de soutenir la démocratie européenne et de lutter contre la manipulation et le populisme". "Le Monde vit un moment crucial", poursuivent les journalistes. "Pour la première fois de son histoire, il pourrait être contraint d'accueillir dans son capital un nouvel actionnaire sans que sa rédaction ait été consultée. Il y va de notre liberté éditoriale".

"La signature du droit d'agrément est un préalable à l'ouverture de discussions pour connaître les réelles intentions de M. Kretinsky. Ce serait également un premier signe que l'industriel comprend la singularité du groupe Le Monde", concluent les plus de 450 journalistes du Monde, rejoints par les salariés de Courrier International. En 2010, le pôle d'indépendance du journal, qui regroupe les salariés, journalistes et la société des lecteurs, avait choisi parmi plusieurs offres de repreneurs celle du trio Bergé-Niel-Pigasse. Depuis, le groupe (Le Monde, Télérama, Courrier international, La Vie...) a retrouvé l'équilibre financier.

Daniel Kretinsky tisse sa toile en France

En octobre 2018, l'investisseur Daniel Kretinsky, cinquième fortune tchèque, était entré au capital du Monde à la faveur d'une alliance inattendue avec M. Pigasse, suscitant l'inquiétude du pôle d'indépendance. Celui-ci avait obtenu de Xaviel Niel et Matthieu Pigasse qu'ils s'engagent sur la mise en place d'un "droit d'agrément", sur lequel les négociations n'ont pas encore abouti. M. Kretinsky a investi dans plusieurs autres médias français l'an dernier (les magazines Marianne, Elle, Ici Paris et Public, parmi d'autres), réunis dans le groupe CMI France, présidé par l'ancien homme fort de Lagardère, Denis Olivennes. Son groupe vient également d'acquérir deux centrales à charbon françaises - pourtant promises à la fermeture d'ici 2022 par l'exécutif Macron - et de mettre un pied dans la grande distribution, avec une petite prise de participation au capital de Casino. En outre, Daniel Kretinsky et Matthieu Pigasse négocient depuis des mois le rachat des parts du groupe espagnol Prisa, qui leur permettraient de passer de 26% à 46% dans Le Monde Libre (LML), la société qui contrôle 75% du capital du quotidien.

Le tandem Pigasse-Kretinsky a assuré agir "dans le seul intérêt du groupe Le Monde Libre et de ses collaborateurs, avec pour unique objectif de conforter le plein respect de son indépendance éditoriale et rédactionnelle et de préserver ses équilibres ainsi que le pluralisme et la diversité de son actionnariat". Mais ce mouvement suscite l'inquiétude au sein des salariés car, justement, il romprait selon eux "l'équilibre" qui prévalait depuis la recapitalisation en 2010 par le trio Niel-Bergé-Pigasse. Xavier Niel l'avait qualifié de son côté d'"agression" contre les rédactions du Monde et lui-même.  Mardi, les journalistes ont également appelé Madison Cox, l'ayant droit de Pierre Bergé, à signer lui aussi cet accord, "en fidélité aux engagements moraux que Pierre Bergé avait pris de son vivant envers Le Monde". "Ce n'est pas une déclaration de guerre" adressée à Daniel Kretinsky, a souligné à l'AFP Jérôme Fenoglio, le directeur du journal. "On demande un geste qui montre qu'il met ses actes en conformité avec ses déclarations". "Ce texte, c'est de la pédagogie, c'est la meilleure arme qu'on ait", a indiqué Paul Benkimoun, président de la société des rédacteurs du Monde. Au cas où il n'y aurait pas d'accord, "on explore les voies de recours juridiques", a-t-il expliqué.

Les texte de la tribune des journalistes :

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