Mathieu Gallet (Majelan) : « je suis content d’être rattrapé par la réalité »

Mathieu Gallet Majelan

Mathieu Gallet est ancien PDG de Radio France et de l'INA.

Majelan - la plateforme de distribution et de production de contenus audio, lancée en juin 2019 par Mathieu Gallet et Arthur Perticoz - lance aujourd’hui une nouvelle version de son application. Au programme notamment, une ligne éditoriale qui pivote vers l’accomplissement personnel. Mathieu Gallet - cofondateur et CEO de Majelan - fait le bilan de l’année passée et dévoile à CB News les nouveautés à venir.

Que s’est-il passé chez Majelan depuis un an ?

L’année dernière au lancement, on avait 7 programmes originaux. Depuis, on en aura produit une quarantaine, c’est pas mal. On a une équipe qui s’est étoffée, notamment avec l’arrivée de Margaux Grancher en début d’année (nommée Chief Marketing Officer, ndlr). Ce n’est pas évident de ne pas avoir de direction marketing. Produire c’est bien, faire connaître c’est mieux. On a pu tester tous les formats : fiction, talks, livres audio, coaching, méditation, etc. Avec Arthur, on a décidé en fin d’année dernière, au moment du bouclage de notre seconde levée de fonds, de se recentrer. 

Nous avons sur la plateforme deux types d’utilisateurs : ceux qui utilisent l’agrégation et mais qui ne vont pas dans la partie payante. Et ceux qui sont abonnés (Majelan revendique une croissance de 30% chaque mois depuis septembre dernier, ndlr), qui écoutent nos programmes originaux, mais qui n’écoutent pas nos contenus agrégés. On a donc deux public pour deux usages différents, ce qui n’est pas bon pour un service. Tout ce qui est lié a l’entertainement est plus compliqué, avec un public plus infidèle. Par contre, tout ce qui est s’approche de l’inspirant et de l’apprenant fonctionne mieux. Tout ce qui est connecté au réel. Progressivement on a vu qu’il y avait une simplification à faire. On n’avait pas de ligne éditoriale. Les mois de confinement nous ont permis de bien avancer sur ce pivot.

Pourquoi avoir choisi l’angle du développement personnel ?

C’est ce qui fonctionnait le mieux sur la plateforme, c’est aussi une attente par rapport au public que l’on touche : des urbains CSP++, qui sont en quête de sens et ont besoin d’être inspirés par des personnalités. La période que nous venons de vivre n’a fait que renforcer cette attente-là.

Quid des critiques sur l’agrégation, notamment celles de Radio France ?

Ces critiques étaient surtout là au début, quand on s’est lancé. Je pense que si cela n’avait pas été moi, personne n’aurait émis ces critiques. Mais ce n’était pas un sujet pour nous. On avait regardé le droit, on était dans les clous. Le point positif, c’est que cela a obligé Radio France à questionner aussi son rapport aux autres agrégateurs, pour que tout le monde soit traité à la même enseigne. Mais depuis longtemps, cette question n’était plus un sujet pour nous.

Pourquoi n’avoir pas cherché un second souffle via l’activité studio ?

Notre chiffre d’affaire n’a qu’une source, l’abonnement. Notre studio tourne déjà à plein régime, avec un quarantaine de programmes originaux produits par environ 27 personnes. C’est un gros rythme. Produire pour d’autres n’est pas notre modèle, ni celui de Netlifx. On produit nos contenus pour nous-mêmes. Par ailleurs, il y a eu un boom des studios de production de podcasts en 2019, il y a eu une vraie dynamique. Eux viennent pour proposer leurs contenus aux plateformes. Notre modèle à nous est de vendre, de distribuer. 

Quelles ont été vos intentions pour cette nouvelle version de l’application ?

En un mot : simplicité. On voulait une application très simple d’utilisation, très claire. On doit pouvoir facilement écouter les contenus. Il y a aussi l’idée de progressivité, car on peut visualiser la progression de l’écoute. Cela répond à la question de l’apprentissage.

Pourquoi avoir installé une fonction accélérer et ralentir ?

Ce type de fonction a toujours existé, sur toutes les plateformes audio. La nouvelle génération, les plus jeunes utilisateurs, veulent que ça aillent vite. Il y a une course pour maximiser son temps. Il y a pas mal de personnes qui écoutent les podcasts en vitesse accélérée.

On peut également partager l’audio sur d’autres appareils : une demande des utilisateurs ?

Ces sont les usages des uns et des autres, notamment ceux de notre directeur produit Gabriel Szanto - qui est également un podcasteur - qui ont amené à ajouter ces nouvelles fonctionnalités. Et pourtant, on a réduit au maximum les fonctionnalités pour pouvoir en ajouter d’autres - prévus dans la roadmap à venir.

Les épisodes se téléchargent tout seul : vous n’avez pas peur de saturer la bande passante des utilisateurs ?

C’est hyper important. Comme chez Netflix, pour que nos utilisateurs bénéficient de la meilleure expérience, nous faisons en sorte que le chargement des épisodes ait toujours un temps d’avance, pour ne pas avoir de rupture au moment de la diffusion. Ainsi, dans le train, le métro, partout où la 4G est faible, les épisodes s’écoutent normalement.


Vous dévoilez dans un film manifesto votre nouvelle signature. Pourquoi « Feed your soul » ?

L’idée est d’avoir des paroles et des voix inspirantes qui vont nous nourrir, dans leurs expériences, leurs réflexions - pour nous élever, trouver dans ces paroles des raisons de se developper dans une forme de « soi » enrichie. La signature - en anglais - peut nous servir à l’international. Elle s’est imposée assez naturellement, par rapport à nos objectifs.

Comment ce film manifesto sera diffusé ?

On souhaite le faire vivre sur les réseaux sociaux, pour exposer notre nouvelle promesse. C’est vraiment le message. Ce n’est pas vraiment une campagne pour expliquer ce qu’est l’application, c’est une première étape. On fera vivre le film progressivement cet été en organique, avec sans doute une campagne avec plus d’impact à la rentrée.

Où en êtes-vous du côté du financement ?

On a effectué notre dernière levée de fonds en décembre - qui doit nous financer sur la partie production, avec la constitution d’un catalogue, mais aussi le marketing, pour nous faire connaître, tout en dépensant de manière efficace. Selon le rythme de croissance, une startup comme la nôtre doit lever des fonds régulièrement.

Vous avez publié votre livre « Le nouveau pouvoir de la voix » le 25 juin dernier chez Débats Publics. Pourquoi ce format plutôt qu’un podcast ?

Je n’ai pas eu le temps de faire les deux ! Heureusement qu’il y a eu le confinement pour avoir le temps de finir le livre. Mais pourquoi pas faire une version résumée en audio. Je voulais porter des convictions un peu anciennes. Pour moi, la prochaine révolution numérique serait celle de la voix. C’est pourquoi on s’était lancé sur les assistants vocaux quand j’était chez Radio France. A la fin de l’année dernière, j’ai réalisé la force d’un livre : c’est un objet qui reste. Mais je ne pensais pas que les tweets audio arriverait si vite… Je présente ce scénario et aussi celui d’un réseau social basé entièrement sur l’audio. Aujourd’hui, « Clubhouse » se lance aux Etats-Unis. Je suis plutôt content d’être rattrapé par la réalité.

Qu’est ce qu’on peut souhaiter à Majelan pour la rentrée ?

Qu’on ait de plus en plus de talents qui nous rejoignent, de plus en plus d’utilisateurs sur cette nouvelle version. Mon plus grand bonheur, c’est quand les gens me disent : ce qu’est j’ai écouté sur Majelan m’a fait voir les choses différemment, m’a questionné sur des croyances, m’a renforcé dans mes convictions… La plus belle des récompenses, c’est d’avoir un impact sur les croyances de nos utilisateurs.

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