Maxime Saada (Canal+) au Sénat : fusion, droits TV, SVOD...

Un éventuel rapprochement entre Canal+ et BeIN Sports serait probablement autorisé aujourd'hui, alors que l'Autorité de la concurrence les avait empêchés de s'allier en 2016, mais n'aurait en revanche plus de sens, a laissé entendre mercredi le président du directoire de Canal+ Maxime Saada. Lors d'une audition à la commission Culture du Sénat, le dirigeant a acquiescé lorsqu'on lui demandait si un hypothétique rapprochement entre les deux groupes "était redevenu possible" aujourd'hui, compte tenu de l'évolution du contexte concurrentiel qui les a vu perdre d'importants droits sportifs. "Pour nous, oui, sans ambiguïté", a-t-il répondu. "Malheureusement, la question est désormais : n'est-ce pas trop tard ?", a-t-il ajouté aussitôt. Depuis 2016, notamment en termes de droits sportifs, "nous (Canal+, ndlr) avons été affaiblis, mais BeIN Sports a été aussi énormément affaibli parce qu'il s'est produit avec la perte de la Ligue des Champions (remportée par Altice SFR) et la configuration du nouvel accord Ligue 1", qui vient d'être remporté par le groupe espagnol Mediapro, a observé le dirigeant. Face à l'irruption de ces deux nouveaux détenteurs de droits sportifs en France, Altice SFR et désormais Mediapro, "est-ce que c'est en fusionnant deux malades", que Canal+ et BeIN s'en sortiraient ? "je ne sais pas", a-t-il avancé, avant de conclure : "quand c'est plus tard, c'est souvent trop tard…".

"Je ne vois pas le modèle économique de Mediapro"…

Par ailleurs, M. Saada a précisé que son groupe n'avait pas encore décidé s'il allait contester en justice l'attribution à Mediapro des droits de diffusion de la Ligue 1 pour la période 2020-2024.   "Nous sommes encore en train d'examiner toutes les options", a affirmé le dirigeant, sans plus de précisions. Quoi qu'il en soit, "nous pensions qu'il y avait beaucoup de choses contestables dans la façon dont cela s'est passé et qu'il y a certainement des enseignements à en tirer pour la suite, ça c'est certain", a-t-il ajouté à propos de l'appel d'offres organisé par la Ligue de football professionnel (LFP). "On mise sans savoir vraiment ce que l'on achète, on a des mécaniques (d'attribution des droits, ndlr) qui sont abusives, avec un acteur qui est en position par définition monopolistique, et on aboutit à la cession de la totalité des droits à des acteurs qui ne sont pas franchement domestiques, ce qui repose la question de la souveraineté", a-t-il développé, en allusion notamment au propriétaire chinois du groupe Mediapro. Quoi qu’il en soit, M. Saada dit ne pas « voir » le modèle économique de Mediapro « sans les acteurs de la distribution des chaines avec eux ». Pour lui, en ne surenchérissant pas « nous avons fait le choix de la survie ». La président du directoire du groupe Canal+ n’en finit d’ailleurs pas de s’interroger sur Mediapro. « Ils ne paient rien pendant 2 ans (jusqu’en 2020, date de l’entrée en vigueur du contrat entre Mediapro et la LFP, ndlr). Quand seront fait les versements ? Quelles sont les garanties ? » s’interroge-t-il. Et de s’étonner au passage que Mediapro annonce 20 millions € de coûts de production pour une chaine. « Je ne comprends pas », assène-t-il, « c’est ce que nous dépensons pour la production de 3 matches alors qu’ils auront 8 productions par semaine à effectuer. Ils ne sont pas dans une logique de production spectaculaire comme ils aiment à la dire. J’ai des doutes ».

"CanalPlay, c’est terminé !"

Par ailleurs interrogé par la commission du Sénat sur la bataille menée contre les SVOD made in USA (Netflix, Amazon…), Maxime Saada n’y va pas par quatre chemins : « CanalPlay est passé de 800 000 à 200 000 abonnés. C’est terminé pour CanalPlay ». Il en profite pour appeler les pouvoir publics à alléger les contraintes réglementaires afin que son groupe puisse lutter à armes égales contre les cadors américains. « Aidez-nous », a-t-il plaidé. « De notre côté, avec Vivendi, nous avons les actifs et la volonté pour avancer », assure-t-il. Il rappelle ainsi que depuis 2012, les successifs changements dans la fiscalité des entreprises, et notamment la TVA, ont « coûté 150 millions € et a eu un impact négatif » sur les résultats du groupe Canal+. Puis, également, que « d’ici 2020 », Canal+ devra recandidater pour sa fréquence TNT, un terreau de « 600 000 abonnés » tout de même, souligne-t-il. De même, il indique ne pas avoir été « sollicité » pour être partie prenante dans le projet de plateforme SVOD Salto qu’ambitionnent de lancer TF1, M6 et France Télévisions. « Nous sommes en froid avec TF1 », sourit-il, faisant référence à l’assignation de TF1 envers Canal+ dans le conflit qui les oppose au sujet de la diffusion des chaînes de la filiale du groupe Bouygues. « Ceci explique cela ». Mais « je salue cette initiative de rapprochement d’acteurs français ». Enfin, Maxime Saada s’est dit conscient de l’émoi suscité par la disparition de programmes en clair emblématiques de la chaine depuis 2 saisons (Le Grand Journal, Les Guignols, L’Effet Papillon…), mais ceux-ci « ne rapportaient aucun nouvel abonné ». Aujourd’hui, « notre âme, c’est Groland », programme qui reconduit pour une nouvelle saison, a-t-il annoncé.

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