Nice-Matin : remous et grève autour de l'entrée de Xavier Niel dans le capital

NiceMatin

L’imbroglio autour de Nice-Matin depuis vendredi. En effet, Xavier Niel, fondateur de Free (groupe Iliad) et copropriétaire du journal Le Monde, a annoncé la prise de contrôle des 34% de Nice-Matin détenus par le groupe belge Nethys, qu'ils se disputaient depuis plusieurs jours avec le magnat franco-libanais Iskandar Safa, le propriétaire de Valeurs Actuelles. Mais du côté des 456 salariés-actionnaires du groupe possédant 66% du capital de Nice Matin, via la société coopérative d'intérêt collectif (SCIC), une grève était décidée en Assemblée générale. Lors de celle-ci, 60% des votants, personnels administratifs et techniques principalement, se sont prononcés en faveur du projet de reprise présenté par M. Safa, tandis que le collège des journalistes s’était lui massivement prononcé en faveur du plan de M. Niel : 98,33% en sa faveur, par 137 voix contre 6.

Ambiance. L'officialisation du rachat de 51% d'Avenir Développement, la holding du groupe belge Nethys qui possédait ces 34% du quotidien régional depuis 2016, est survenue alors même que les salariés étaient réunis en assemblée générale à Nice. Dans son communiqué, via sa holding personnelle NJJ, M. Niel précise avoir convenu avec Nethys d'acquérir "dans un délai court" les 49% restant du capital d'Avenir Développement. Théoriquement, ce rachat offre à Xavier Niel à moyen terme l'intégralité du capital de Nice-Matin : en vertu du pacte d'actionnaires unissant Avenir Développement et la SCIC Nice-Matin, Avenir Développement devra en effet acquérir ces 66% restant au 1er février 2020, pour un prix d'environ 925.000 euros, précise un courrier de sa holding personnelle NJJ signé de l'homme d'affaires envoyé jeudi. A cette date, Xavier Niel sera donc potentiellement propriétaire de 100% du capital du journal.

... Préserver son indépendance éditoriale

Dans son courrier envoyé aux coopérateurs de la SCIC, à Jean-François Roubaud, le président du conseil de surveillance du groupe Nice Matin, et à Jean-Marc Pastorino, son président du directoire, M. Niel précise être "ouvert à une renégociation des termes de ce rachat, et notamment un prix supérieur". Il souligne de même que les salariés qui souhaiteraient rester actionnaires pourraient le faire, via la SCIC ou une autre structure, à hauteur de 10 à 20% maximum, et affirme sa volonté de "pérenniser le modèle économique de Nice Matin et de préserver son indépendance éditoriale".

NJJ s'engage pour 5 ans minimum

Sur ce dernier point, le patron de Free assure que les équipes de rédaction et leur direction seront conservées, avec en prime la création d'une société des rédacteurs. M. Niel explique prendre ces engagements dans le cadre d'un plan baptisé "Projet 75", en référence au 75ème anniversaire, en septembre, de la reprise du journal collaborationniste "Le Petit Niçois" par les hommes du groupe Combat. NJJ s'engage au passage à conserver le contrôle du groupe Nice-Matin pendant une durée minimale de cinq ans. Avec cette prise de contrôle d'Avenir Développement, M. Niel dispose également de 11% du capital du groupe La Provence, dont l'actionnaire majoritaire est Bernard Tapie.

Cette annonce de l'homme d'affaires mettait a priori fin vendredi à un feuilleton ouvert début mars avec l'ouverture d'une procédure de sauvegarde visant le journal, et ce à la demande de ses dirigeants, lassés des actionnaires belges de Nethys, qualifiés d'"absents". Au départ, c'est Iskandar Safa, très investi sur la Côte d'Azur, qui semblait tenir la corde pour succéder à Nethys. Mais les cartes sont rebattues mi-juin, quand Xavier Niel a annoncé être entrée en négociations exclusives avec Nethys. Un état de fait dont la direction de Nice-Matin assure le lendemain, le 17 juin, "ne pas avoir été informée". "Ce n'est pas la meilleure entrée en matière pour valider un nouvel actionnaire", affirme alors à l'AFP le PDG de Nice-Matin, Jean-Marc Pastorino: "Je n'ai qu'une seule offre en main (celle de M. Safa), pas deux", insiste-t-il. "Attention au mirage Niel, il faut rester prudent et obtenir des garanties", avait réagi de son côté le SNJ, observant "une certaine forme d'enthousiasme au sein de la rédaction" : "Il est plus que temps d'arrêter le jeu de dupes (...) Les journalistes n'ont pas envie d'être manipulés par un camp ou l'autre". Dans son courrier de jeudi à Nice-Matin, M. Niel assure lui avoir contacté "directement" les dirigeants du journal dès la mi-janvier. Puis mi-juin encore. Et mardi une dernière fois : personne "n'a retourné nos appels, ni répondu à nos messages", selon l'homme d'affaires.

La rédaction en grève

La rédaction de Nice-Matin, qui s'était mise en grève vendredi soir, empêchant la parution du quotidien, a tout de même repris le travail samedi, a-t-on appris auprès d'un représentant du Syndicat national des journalistes (SNJ) de la rédaction. "Les sites internet sont de nouveau alimentés et les éditions imprimées de Nice-Matin, Var-Matin et Monaco-Matin » devaient reparaitre dimanche », avait indiqué cette source à l'AFP, n'écartant pas la possibilité d'une nouvelle assemblée générale de la rédaction ce lundi. "Ce que je souhaite, c'est qu'on ne pénalise pas durablement les lecteurs et l'entreprise. Il y a eu un coup de semonce hier avec cette grève quasi unanime, pour marquer le coup. On va faire en sorte maintenant de ramener de la sérénité dans l'entreprise", a indiqué à l'AFP le directeur des rédactions du groupe, Denis Carreaux. "Mais on ne peut pas imaginer que se reproduisent les violences commises avant l'assemblée générale, qui ont obligé le CHSCT à alerter la direction", a-t-il averti. "Il faut que tout le monde soit raisonnable et que le journal retrouve son calme. Cela ne veut pas dire que tout est réglé et que la rédaction accepte ce qui se passe. Aujourd'hui, nous avons un nouvel actionnaire, Xavier Niel, mais la SCIC a manifesté un choix différent. Il faut voir maintenant ce que dit la justice et quelles sont les intentions des uns et des autres", a ajouté M. Carreaux. Théoriquement, Xavier Niel devait devenir majoritaire l'an prochain dans le groupe de presse, selon le pacte d'actionnaires signé par la SCIC avec Nethys. Mais ce vote en faveur de M. Safa "acte la volonté de dénoncer ce pacte", note M. Carreaux. "A la rédaction, on est inquiets, d'autant que nous avons eu des alertes du mandataire judiciaire (le journal est en procédure de sauvegarde depuis mars, NDLR) qui pointait des risques de redressement judiciaire" en cas de dénonciation de ce pacte, dit-il aussi.

Mécano politique ?

A un an des élections municipales, avec un possible duel entre Christian Estrosi, le maire LR de la ville, et son ancienne éminence grise, Eric Ciotti, la prise de contrôle de Nice-Matin est scrutée attentivement sur la côte d'Azur. Déjà candidat à la reprise de Nice-Matin en 2014, avec d'autres partenaires, M. Safa est lié à la famille Leroy, qui dirige la mairie de Mandelieu-La Napoule depuis près de 25 ans et incarne l'aile dure de la droite LR, la tendance du député Ciotti. M. Niel, lui, est souvent présenté comme proche d'Emmanuel Macron. M. Estrosi, étiquetté "Macron-compatible", a encore appelé les Républicains début juin à travailler dans des "coalitions avec la majorité présidentielle".

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