Presstalis : quand le gouvernement s’en mêle…

Presstalis

Le gouvernement a confirmé jeudi qu'il prenait part à des discussions au sein de la filière de la presse écrite en vue de sauver le principal distributeur de journaux au numéro, Presstalis, en grande difficulté. Dans un communiqué commun, les ministères de la Culture et de l'Economie ont indiqué que la mission confiée à Gérard Rameix, ancien président de l'Autorité des marchés financiers, sur la distribution de la presse, avait "confirmé la situation dégradée de la messagerie Presstalis, et le risque pesant sur l'ensemble des acteurs de la filière". "Visant à circonscrire ce risque et donc à assurer la pérennité de Presstalis, qui distribue près de 75% des volumes vendus au numéro, des discussions entre la messagerie, les coopératives d'éditeurs et l'État sont en cours dans le cadre d'une conciliation pour permettre à la messagerie de faire face aux difficultés qu'elle traverse", confirment Bercy et la rue de Valois, sans détailler les pistes envisagées. Selon une source proche du dossier, une légère hausse du prix des journaux est à l'étude, pour financer un fonds de sauvetage du groupe. "Des propositions seront également formulées dans les prochaines semaines afin d'engager une réforme nécessaire de la loi Bichet (le texte qui réglemente la distribution de la presse française depuis l'après-guerre, ndlr), de nature à restaurer les conditions d'équilibre de la filière. Des consultations seront rapidement menées en ce sens", indiquent encore les deux ministères.

Presstalis est le premier distributeur de la presse au numéro en France, et achemine 4 000 titres jusqu'à 22 500 points de vente sur tout le territoire.  Sauvé in extremis de la faillite fin 2012 par ses actionnaires éditeurs et l'Etat, moyennant plusieurs dizaines de millions d'euros d'argent public, et malgré une énième restructuration engagée en 2013, le groupe se retrouve de nouveau au bord du gouffre, du fait de la baisse continuelle des ventes de la presse papier et de fragilités internes. Il a été contraint début décembre de geler jusqu'à fin janvier une partie de ses paiements aux éditeurs de presse, pour combler un besoin de trésorerie de 37 millions d'euros, au grand dam de certains éditeurs indépendants. La nouvelle PDG de Presstalis Michèle Benbunan, nommée fin 2017 et épaulée par une spécialiste du sauvetage d'entreprises, Hélène Bourbouloux, doit présenter dans les semaines qui viennent les grands axes d'un plan de redressement.

Le SAEP s’insurge…

Dans un communiqué, le Syndicat de l’Association des Éditeurs de Presse (SAEP) s’est insurgé contre le plan de redressement de Presstalis qui aurait reçu l’aval des pouvoir publics. Citant une information de La Correspondance de la Presse qui a récemment indiqué que Presstalis se verrait accorder un prêt de « 190 à 200 millions € » pour éviter le dépôt de bilan, le SAEP pointe la contrepartie imposée par l’Etat à tous les éditeurs et messageries confondues qui prendrait notamment la forme d’une « contribution exceptionnelle » de 2,25% sur le montant de leurs recettes prix fort « jusqu’en juillet 2022 ». Dans ce contexte, le Syndicat dit  « refuser catégoriquement » cette mesure. Pour lui, ce plan est un « hold-up » à la fois « illicite, anti-concurrentiel » et « néfaste pour la filière ». Pour lui, les mesures envisagées ne « sont qu’un dispositif temporaire de survie, et n’ont pour objet que d’acheter le temps nécessaire aux quotidiens nationaux pour achever de mettre en place leur mutation vers le numérique et vers un système de distribution résiduel de leurs publication imprimées, en parteneriat avec la PQR », martèle-t-il. Le SAEP demande donc la « dissolution immédiate » du Conseil Supérieur des Messageries de Presse, parmi les responsables selon lui de la crise en tant qu’organe de contrôle de la filière de distribution de la presse. Il appelle de ses vœux, en outre, la « tenue immédiate » d’une assemblée générale extraordinaire de la Coopérativede Distribution des Magazines, où le conseil d’administration devra rendre compte de ses choix devant la collectivité des éditeurs-coopérateurs. À défaut, Insistent le SAEP, les éditeurs indépendants « saisiront la justice pour constater la violation du contrat de distribution » existant entre Presstalis et la Coopérative de Distribution des Magazines afin d’obtenir réparation du préjudice causé à leurs entreprises.

Les MLP aussi…

Pour sa part, les MLP ont indiqué jeudi que ce « sauvetage » envisagé de Presstalis « ne devrait concerner que (ses) organes de gestions, ses coopératives, ses éditeurs et les pouvoirs publics ». En imposant aussi ces mesures aux éditeurs des MLP, la messagerie souligne que cela lui apparait « totalement inapproprié et injuste ». Les MLP rappellent en effet que la situation financière de Presstalis et des MLP sont « sans commune mesure », arguant de fonds propres positifs. Rappelant n’avoir « jamais » perçu d’aides d’Etat contrairement à Presstalis. Pour les MLP, les mesures visent à « affaiblir » ses éditeurs « en les privant de leurs marges et de leur trésorerie sous prétexte de solidarité ». Pour elles, « mettre en difficulté les éditeurs coopérateurs, et donc la filière, au profit des messageries est une mesure contre-productive, inique et disproportionnée ». La messagerie compte ainsi maintenir « ferme (sa) détermination » à peser sur le sauvetage de la filière « qui ne saurait être réduit au seul sauvetage de Presstalis ». Le communiqué plaide donc pour que « l’organisation de la filière ne doit pas se faire sans une remise en cause du rôle dominant de Presstalis, appuyé par les avantages que lui confèrent les dispositifs législatifs et réglementaires mis en œuvre par le CSMP, bras armé d’une seule messagerie : Presstalis ». Et de marteler que pour « éviter le risque systémique auquel conduisent de mauvaises décisions de restructuration, il est désormais incontournable de supprimer la mainmise des messageries sur les recettes des éditeurs provenant des dépositaires en ne leur permettant plus d’exercer ces mandats au-delà d’un seuil raisonnable ».

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