Les propositions du think tank Terra Nova pour un audiovisuel public numérique

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Le think tank « progressiste » Terra Nova vient de publier une série de propositions à l’attention de l’audiovisuel public, à l’heure où le projet de loi de refonte de celui-ci, initié par le ministère de la Culture, semble reporté sine die. Intitulé « Audiovisuel public : tous ensemble vers le numérique (acte 2) », ce texte signé Louis-Cyrille Trebuchet fait suite à un premier rapport datant de… 2015, qui prônait déjà le travail « main dans la main » de France Télévisions, Radio France, France Médias Monde, l’INA, Arte et TV5 Monde. Avec l’ambition, à l’époque, de permettre le développement de projets communs et la recherche de « synergies utiles ». Cinq ans plus tard, le projet de loi en panne « risque de conduire au ralentissement voire à l’abandon des initiatives communes au profit d’un recentrage quasi exclusif sur les questions internes », craint Terra Nova d’entrée. Mais il veut croire à un sursaut avec le développement « sans attendre » d’offres numériques communes dédiées d’une part à la culture et à l’information en régions, notamment. Des offres locales qui, selon l’auteur du rapport, contribueraient à « équilibrer la présence des médias entre Paris et les régions, dans un pays parfois jugé trop centralisé, à valoriser les territoires à travers leurs artistes et les spectacles vivants, à travers les initiatives sociales et politiques, les événements sportifs professionnels et amateurs ».

Une agence dédiée à la connaissance des usagers et à la relation client

Le rapport appelle également à la mise en place d’une offre dédiée à la création et destinée aux jeunes adultes. Car l’audience de l’audiovisuel public « vieillit », il faut stimuler la créativité de ceux-ci par la découverte et le développement des jeunes talents, de ressources pédagogiques, de services d’accompagnement à la création et d’auto-production, liste M. Trebuchet. Ce dernier plaide en outre par la création d’une agence dédiée à la connaissance des usagers et à la relation client parce que l’audiovisuel public n’a pas su « inscrire le marketing et la relation client dans (son) ADN d’entreprise ». Pour lui, dans le monde numérique, il faut en effet « connaitre ses usagers, les conquérir, engager une relation particulière et personnalisée avec chacun d’entre eux ». En rassemblant les connaissances en la matière de France Télévisions, de Radio France, de l’INA et de France Médias Monde en une seul et unique filiale, cela « renforcerait considérablement la pertinence de l’offre proposée ». Le rapport propose par ailleurs le regroupement « progressif » des plateformes de l’audiovisuel (hors Salto) type France.tv, Madelen ou encore Arte.TV, garantissant ainsi « pour les années à venir l’accès à toutes les offres de l’audiovisuel public et leur valorisation », mais concédant néanmoins qu’une étude approfondie mesurant « les conditions et la trajectoire de cette convergence progressive semble nécessaire ».

Terra Nova se pose également en défenseur de France 4 dont la fin annoncée sur la TNT reste pour l’heure en suspens. Le think tank a observé la chaine pendant toute la période de confinement et y a vu « un exemple éclairant sur la façon dont cette ressource pourrait être utilisée de façon agile, en fonction des besoins de la société, et en mobilisant potentiellement les efforts de tous les acteurs de l’audiovisuel public ». Selon lui, « alors que jusqu’à aujourd’hui les services numériques étaient pensés comme des compléments ou prolongements des offres linéaires, il est temps d’inverser la tendance : la fréquence de France 4 pourrait par exemple constituer le prolongement hertzien des offres numériques communes dédiées à la création, à la jeunesse, à l’éducation ». Pas une mince affaire, tempère Louis-Cyrille Trebuchet, notamment d’un point de vue règlementaire que cette gestion « partagée et agile d’une partie des capacités de diffusion hertzienne de l’audiovisuel public ». Pour autant, « cette piste nous semble pouvoir être creusée plus en profondeur par les médias publics, sous l’autorité du Conseil supérieur de l’audiovisuel », plaide-t-il encore. De même, la négociation des droits numériques doit accompagner les « plusieurs vies » des œuvres avec systématiquement de « nouvelles perspectives de valorisation ». Et de citer quelques exemples : France Télévisions pourrait tenter d’intégrer les droits d’exploitation par l’INA des extraits des œuvres dans leurs contrats de co-production ; Radio France et l’INA pourraient négocier conjointement avec les producteurs et éditeurs phonographiques pour obtenir les droits d’exploitation par extraits des concerts ou des émissions musicales diffusés sur les chaînes publiques, etc.

Une instance de gouvernance commune animée par l’autorité de tutelle

Le rapport met également en exergue la « prochaine révolution », celle de l’intelligence artificielle (IA). Une technologie qui permettra à l’audiovisuel public de « conduire une politique ambitieuse et déterminée, renforcera sa capacité à anticiper, à s’adapter, à saisir les opportunités offertes » par celle-ci. Enfin, concernant la gouvernance alors que la création de la holding commune France Médias semble aujourd’hui abandonnée, Terra Nova propose la mise en place « absolument nécessaire » d’une instance de gouvernance commune animée par l’autorité de tutelle. Cette instance, composée a minima des présidents de l’audiovisuel public, sous le pilotage du ministère de la Culture, pourrait se voir attribuer des fonctions telles que le développement d’une vision commune pour l’audiovisuel public, la définition d’un part de redevance audiovisuelle attribuée à la réalisation de cette vision commune, la détermination des modalités d’inscription de ces objectifs communs dans les contrats d’objectifs de moyens (COM) des entreprises et dans leur trajectoire financière ainsi que la supervision de la mise en œuvre de cette feuille de route commune. Quoi qu’il en soit, relève le think tank, l’intervention « résolue » de l’État, « stratège, financeur et actionnaire », sera « déterminante au côté des entreprises pour faire émerger une vision et une feuille de route partagée, et pour en superviser la mise en œuvre ».

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